Paris, symbole de la bataille autour du dimanche

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La tension augmente, alors que la commission d’élus désignée par Anne Hidalgo va lui rendre son rapport le 16 décembre. Celle-ci n’est pas pour l’ouverture le dimanche, contrairement au ministre Emmanuel Macron, qui prône une libéralisation.

A Londres, Selfridges ou Harrods ouvrent le dimanche ; à Berlin, les grands magasins ont le droit d’ouvrir dix dimanches par an. Et à Paris? Cinq dimanches sur autorisation du maire. Peut-être plus dans quelques années, peut-être pas. Tout dépend qui, entre Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, et Anne Hidalgo, maire de la capitale, l’emportera. Car la bataille autour de l’ouverture dominicale, entamée il y a six mois, fait rage depuis que le contenu du rapport de la Mission d’information et d’évaluation (MIE), qui a écouté plus de 80 experts, est peu ou prou connu.

Nommée par Anne Hidalgo en juin dernier, cette mission présidée par Bernard Gaudillère, adjoint au maire du Xe arrondissement, va rendre un avis le 16 décembre pour le moins réservé, voire négatif, sur la nécessité d’ouvrir les boutiques le dernier jour de la semaine. « Nous considérons que la proposition du rapport Bailly de douze dimanches par an, dont sept décidés par le maire, constitue un équilibre acceptable. » Pas plus.

 

Portée économique minimisée

Pour le reste, tous les arguments avancés par les défenseurs d’un assouplissement le dimanche sont battus en brèche. Partant du constat que 20 à 25% des commer­ces ouvrent ce jour-là et couvrent la totalité des besoins de la vie courante, les quinze élus de la MIE minimisent la portée économique de la mesure. L’effet sur la consommation? Là où l’UCV (Union du commerce du centre-ville), le lobby des grands magasins, évalue l’impact sur le chiffre d’affaires à 160 millions d’euros par an (5% de plus), la MIE estime qu’il ne s’agirait que de « reports d’achats de la semaine sur le dimanche, la consommation globale restant inchangée ».

L’effet sur les touristes, brimés dans leur élan d’achats, selon les défenseurs de l’ouverture dominicale? « La durée moyenne de séjour d’un touriste étranger varie de quatre à six jours. Les touristes ne sont en rien gênés par la fermeture le dimanche, ils ont largement le temps de s’y rendre un jour d’ouverture. » Selon l’UCV, quatre grands magasins parisiens sur quatorze sont intéressés par l’ouverture le dimanche et réalisent 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec les touristes. « Les sept zones touristiques parisiennes n’ont pas changé depuis trente ans!, s’exclame Claude Boulle, président exécutif de l’UCV. Or, le commerce doit pouvoir jouer un certain rôle dans le tourisme urbain et culturel qui se développe. Le village gaulois devra s’adapter un jour à son rayonnement planétaire de ville monde. » « Il n’y a pas de Chinois le dimanche au Printemps, rétorque Bernard Demarcq, élu CGT du grand magasin. Ceux-ci viennent tôt le matin en semaine. Et la profitabilité des revenus issus du tourisme ne cesse de diminuer, plombée par les commissions versées aux guides. »

 

« Rien n’est joué »

Quant aux retombées sur l’emploi – 2 000 créations de postes selon l’UCV –, la MIE semble être sur la même longueur d’onde que les syndicats et anticipe un effet négatif sur le petit commerce.

Le projet de loi sur l’activité, présenté en Conseil des ministres le 10 décembre, pourrait résoudre le conflit. Emmanuel Macron propose de classer, par arrêté, Paris en zone touristique internationale. Les magasins seraient alors libres d’ouvrir tous les dimanches. Mais sans repos compensateur ni doublement de salaire. D’ici au 9 février, date du vote du Conseil de Paris, Anne Hidalgo prendra aussi d’autres avis. « Rien n’est joué », tempère-t-on à la mairie. Les syndicats, eux, appellent à manifester à la capitale, le 16 décembre.

Les dispositions de la loi Macron

La principale concerne un pouvoir d’injonction à revendre des magasins accordé à l’Autorité de la concurrence. Elle pourrait s’appliquer lorsqu’une enseigne se trouve en situation de position dominante dans une zone de chalandise, et ce, sans qu’il ne soit nécessaire d’apporter la preuve qu’elle en abuse pour augmenter ses prix. L’Autorité avait déjà obtenu ce pouvoir dans les Dom-Tom, sans jamais s’en être servi d’ailleurs.La seconde disposition vise à faire vérifier par l’Autorité que les dispositions encadrant le droit d’installation des magasins ne contiennent pas de clauses anticoncurrentielles, afin de faciliter l’arrivée de nouveaux acteurs. Avec, à la clé, davantage de recettes fiscales pour les collectivités territoriales…

S. Aubril

 

Les français, fans du dimanche pour les magasins

Une large moitié (56,2%) des Franciliens pensent que les grands magasins devraient pouvoir ouvrir 52 dimanches par an. À l’échelon national, la proportion passe à 73,06%.

 

 

 

 

 

 

Nombre de répondants (sur 1 500) et taux de réponse ( %) à la question : « Êtes-vous favorable ou défavorable à l’ouverture des magasins le dimanche dans ces lieux ? »
Source : Toluna QuickSurveys

 

Les faits

  • La Mission d’information et d’évaluation (MIE) nommée par Anne Hidalgo doit remettre son rapport le 16 décembre. Chargée de rendre un avis sur l’opportunité ou non d’ouvrir le dimanche dans la capitale, la Mission conclut que l’évolution de l’ouverture dominicale ne peut être que « limitée ». Pour elle, ce n’est pas un bon calcul, ni économique ni pour l’emploi.
  • Le Conseil de Paris devrait s’appuyer sur ce rapport pour rendre un avis en février.
  • Le projet de loi sur l’activité d’Emmanuel Macron s’inscrit en porte-à-faux, puisqu’il ferait de Paris une « zone touristique internationale », sur simple arrêté ministériel.

 

25,6% estiment que les grands magasins devraient avoir plus d’autorisations le dimanche

11,3% des Français pensent que les grands magasins parisiens devraient être moins ouverts les dimanches

Source : Toluna QuickSurveys

 

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Article extrait
du magazine N° 2346

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