Pas de stigmatisation !

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer
YVES PUGET EDITO
YVES PUGET EDITO© © laetitia duarte

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet d’étiquetage nutritionnel, inscrit dans le projet de loi de la ministre de la Santé, ne fait pas l’unanimité ! Sur le fond comme sur la forme, Marisol Touraine a braqué contre elle bien des professionnels. Certains évoquent un simulacre de concertation. Pour eux, si une réunion a bel et bien eu lieu, elle s’est tenue dans la précipitation. Quel dommage qu’un tel sujet ne puisse pas être abordé avec plus de sérieux et que de basses considérations priment sur de vastes ambitions. Car si la manière est quelque peu indélicate, que dire du contenu ? Certes, rien ne devrait être imposé. Les industriels pourront apposer ou non la fameuse étiquette. En revanche, s’ils veulent se lancer, ils n’auront visiblement guère le choix, puisqu’une seule solution sera retenue.

Il se dit en effet que la ministre pencherait du côté de l’étiquetage « simpliste » et « stigmatisant », selon les mots de l’Ania. Il s’agirait d’apposer des codes couleur selon les taux de graisse, de sucre ou de sel contenus dans les aliments. Du rouge pour le camembert, du vert pour les boîtes de légumes, du jaune, de l’orange et du rose entre les deux. Le système théorisé par le professeur Hercberg serait, selon ses thuriféraires, une arme scientifiquement indiscutable, et surtout très efficace contre le marketing nutritionnel des industriels, qui monte en épingle artificiellement une qualité nutritionnelle (moins de sel, ou moins de gras), sans tenir compte de la qualité nutritionnelle globale du produit.

Évidemment, les fabricants concernés sont outrés. Est-il vraiment nécessaire d’expliquer aux Français qu’un kilo de carottes sera toujours plus sain qu’un bon cassoulet ? Qu’il est préférable de boire du lait au petit déjeuner que d’engloutir un bloc de foie gras ? Ou qu’une bouteille d’eau minérale sera toujours plus saine que plusieurs canettes de cola ? Voilà pourquoi certains répondent que ce projet est tout aussi simple que… simpliste. Ils pestent contre ce principe qui montre du doigt certains produits et stigmatise ces dizaines de milliers de salariés qui, chaque jour, font tout pour faire le meilleur produit possible. Ils assurent qu’un tel étiquetage ne résoudra au final pas grand-chose de l’épidémie d’obésité. Industriels et distributeurs préfèrent mettre en avant la taille de la portion consommée, le moment et la fréquence de consommation, et l’association entre aliments. C’est pourquoi ils prônent un principe de pictogrammes basé sur les portions.

Avant l’été, l’Anses, l’Agence nationale de ­sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, devrait donner son avis. Celui-ci pourrait fortement inspirer la future loi, en espérant qu’un consensus soit trouvé. Il est urgent que certains comprennent que les prises de poids sont multifactorielles, notamment le manque ­d’activité physique – d’où la campagne intelligente de Michelle Obama aux États-Unis, à laquelle adhèrent les industriels américains. Que le grignotage, l’absence de repas, le stress, sont tout autant des facteurs néfastes pour la santé. Et que chacun admette que les messages et photos sur les paquets de cigarettes n’ont eu aucun effet sur le tabagisme, ni la loi Évin sur l’alcoolisme. Encore une fois, ce n’est pas par la stigmatisation que ce problème se réglera, mais avant tout par de la prévention et de l’éducation. 

Le problème de l’obésité se réglera avant tout par de la prévention et de l’éducation.

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2361

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA