Pas de trêve pour les grandes manoeuvres industrielles

|

Les rachats de sociétés de grande consommation se sont poursuivis à grand train pendant l'été. Ces opérations consacrent la sortie de fonds d'investissement au profit d'industriels en quête de synergies.

Les rachats d'entreprises continuent de battre leur plein dans le secteur de la grande consommation. Le mouvement, déjà bien engagé, comme le soulignait LSA début juillet en rappelant les cessions de France Champignon, Orangina-Schweppes ou Rolland, a poursuivi sur sa lancée cet été. Avec des opérations d'envergures différentes : cession de MW Brands à Thaï Union Group, OPA de Reckitt Benckiser sur SSL International, reprise de Salaisons Moroni par Aoste... « À une époque où la croissance interne est difficile, la meilleure façon de développer du résultat est de réaliser une acquisition présentant des synergies de coûts et de revenus », décrypte Jean-Daniel Pick, associé-gérant d'OC et C Strategy Consultant. Pour les fonds, la période est propice aux arbitrages de portefeuilles ; pour les industriels, elle est favorisée par des « valorisations redevenues raisonnables et un marché de la dette qui s'est ranimé ». Dernière rumeur en date : l'américain Campbell Soup étudierait le rachat de la branche biscuits d'United Biscuits. Tour d'horizon des transactions annoncées ou bouclées pendant la trêve estivale. O. COSTIL

Petit Navire va battre pavillon thaïlandais

C'est un parfait inconnu sur les rivages européens, Thaï Union Frozen Products Group (Tuf), qui a emporté la mise du rachat de MW Brands, propriétaire de la conserverie Petit Navire, numéro un français des conserves de produits de la mer, qui possède aussi des activités fortes au Royaume-Uni et en Italie. Cet inconnu n'en constitue pas moins une puissance sur le marché des produits de la mer surgelés ou en boîte avec un outil intégré de la pêche à la transformation. Coté à la Bourse de Bangkok, le groupe thaïlandais se présente comme le numéro trois mondial du secteur, avec un chiffre d'affaires de l'ordre de 2 milliards de dollars états-uniens et une rentabilité nette de 4,8 %. Pour mettre la main sur MW Brands, Tuf devra débourser 680 millions d'euros. Un montant jugé raisonnable par les observateurs : il s'établit à 8,2 fois l'Ebitda de MW Brands, qui s'établit à 83 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 448 millions. Tuf, dont la capitalisation dépasse le milliard de dollars, entend financer l'opération par endettement. Le fonds Blackstone et l'industriel néerlandais Bolton (marques Saupiquet, Uhu, Rogé Cavaillès...) étaient aussi candidats au rachat.

« Plus qu'une cession, il s'agit d'un mariage qui va nous permettre de nous étendre dans le futur », a déclaré David Sankowicz, secrétaire général de MW Brands. Le groupe Tuf vise à diversifier ses approvisionnements, en complétant les quatre usines de MW Brands (France, Portugal, Seychelles et Ghana) aux cinq qu'il exploite (Thaïlande, Indonésie, Vietnam et États-Unis). Surtout, il a pour objectif d'accéder aux marchés européens et de porter la part de ceux-ci de 11 % à 33 % de son chiffre d'affaires à terme. « Il y a un regain d'intérêt pour l'Europe de la part d'opérateurs, notamment asiatiques », commente Jean-Daniel Pick. Si les marchés émergents croissent vite, les marchés mûrs sont en effet plus solvables et solides... O. C.

Repères

- Acquéreur Thaï Union Group, premier producteur et exportateur de produits de la mer surgelés et en conserve thaïlandais (CA de 2 Mrds $)

- Cible MW Brands, numéro un européen des produits de la mer, avec les marques Petit Navire et Hyacinthe Parmentier (France), John West (Grande Bretagne), Mareblu (Italie), réalisant un chiffre d'affaires de 444 M €.

- Montant de la transaction 680 M €

 

 

Reckitt Benckiser mise sur Scholl et Durex

Le fabricant britannique de produits d'entretien et de médicaments Reckitt Benckiser lance une OPA amicale à 3 milliards d'euros sur le groupe SSL, fabricant des sandales orthopédiques Scholl et des préservatifs Durex. Avec Scholl et Durex, Reckitt, qui compte déjà 17 marques phares en ajouterait deux autres bien établies à son portefeuille. Durex, avec une part de marché de 30 %, est le numéro un mondial des préservatifs, Scholl, de son côté, est considéré comme acteur numéro un sur le soin des pieds dans de nombreux marchés. Reckitt, qui réalise un chiffre d'affaires de 9,2 milliards d'euros par an, compte ainsi gonfler de 36 % l'activité de sa division santé et soins de la personne pour représenter ainsi le tiers de son activité globale. Cependant, l'affaire n'est pas encore bouclée, des contre-offres pourraient émaner des concurrents Johnson et Johnson et GlaxoSmithKline. C. H.

Repères

- Acquéreur le groupe Reckitt Benckiser (9,2 Mrds € de CA)

- Cible SSL International propriétaire de Scholl et Durex (CA de 802,5 M £)

- Montant 3 Mrds €

 

Aoste en passe de s'offrir Cesar Moroni

Basée à Albi, dans le Tarn-et-Garonne, l'entreprise familiale Cesar Moroni est dirigée depuis seize ans par Jean-Louis Perrazi. C'est le numéro un français du chorizo, avec une production de 3 800 tonnes en 2009. Aoste, qui possède 11 usines en France et est déjà présent sur le marché de la charcuterie sèche avec des marques phares comme Aoste, Cochonou et Justin Bridou, trouve l'occasion d'élargir sa gamme sur un marché en forte croissance - les ventes en volume de chorizo ont augmenté de 7 % entre 2007 et 2009 - et avec une marque leader. Ce rapprochement va également permettre à Aoste de profiter de l'engouement des consommateurs français pour la charcuterie espagnole. Sa marque fille, Aoste Sélection, propose du jambon serrano et du chorizo depuis quelques mois. De nouvelles références qui sont le fruit de synergies avec le groupe espagnol Campofrio depuis sa fusion en 2008 avec Groupe Smithfield, la filiale européenne de l'américain Smithfield Foods. M. C.

Repères

- Acquéreur Aoste, leader français de la charcuterie (CA de 600 M €)

- Cible Salaisons Moroni (CA de 18 M €)

- Montant NC

Et aussi

> Danone reprend 51 % du capital du fabricant suédois de boissons aux fruits Proviva et finalise l'acquisition d'Immédia, n° 3 français des smoothies.

> Alfesca conclut le rachat des surgelés Brossard pour 24,5 M €. Deux sites industriels et 400 salariés sont concernés par la vente de cette branche qui réalise un chiffre d'affaires de 68 M €.

> Castel acquiert, auprès de Diageo, Barton et Guestier, plus ancienne maison de vins de Bordeaux (CA de 25 M €).

> La Martiniquaise est entrée en négociations exclusives avec le groupe Belvédère pour le rachat de Marie Brizard (150 M € de CA dans les spiritueux).

> Activa Capital, ING Parcom et Aviva, actionnaires de Mom, lancent la vente du fabricant de compotes et crèmes desserts (Materne, MontBlanc).

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2146

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous