Paul Pageau (E.Leclerc Reims) : "L’expérience que nous vivons a le mérite de décloisonner les services"

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Dossier Adhérent E.Leclerc à Saint Brice Courcelles, à proximité de Reims, Paul Pageau a repris il y a deux ans l’un des magasins fondés par son père, après un long parcours au sein de l’enseigne. A la tête de plus de 500 salariés, répartis entre un hypermarché, le drive et les concepts non alimentaires, il explique à LSA comment il gère l’activité dans cette période particulière. Qui s’est traduite par la mis en place des dispositifs exceptionnels pour assurer la sécurité des équipes, tout en absorbant un flux énorme de commandes dans son drive, qui est l’un des plus importants de France.

Paul Pageau, adhérent E.Leclerc à Saint Brice Courcelles (51)
Paul Pageau, adhérent E.Leclerc à Saint Brice Courcelles (51)

LSA : Comment abordez vous cette période ?
Paul Pageau : Tout d’abord, nous vivons une situation exceptionnelle et avons pris conscience que nous n’étions pas préparés à cela. Cela nous a obligés à revoir nos priorités qui sont de garantir la sécurité des personnels et leur emploi. Car en tant que patron c’est un devoir d’assurer un emploi aux 535 personnes qui travaillent avec nous, et de le maintenir quoi qu’il arrive. Notre autre priorité, c’est aussi de garantir la sécurité des clients.

LSA : Comment vous êtes vous organisé depuis le début des mesures de confinement ?
P.P. : La première mesure a été de protéger tous les postes situés en première ligne. Les caisses ont bénéficié dès le vendredi 13 de l’installation de plaques de plexiglas de 2m sur 2m, avec ajout d’un deuxième écran le long du tapis. En parallèle, nous avons fermé les stands réservés aux produits traditionnels, et toute la gamme trad a été placée en libre service. Un filtrage a été mis en place, avec un doublement du service de sécurité. L’hyper fait 13300 m², et nous acceptons un maximum de 150 personnes en même temps. Sur le nettoyage, nous avons augmenté le nombre d’heures des prestataires de 50%. Et surtout ils s’occupent des parties qui n’étaient pas spécialement nettoyées auparavant, comme les portes des services du personnel. Toutes les 2 heures nous aspergeons aussi nos 1500 chariots pour les désinfecter.

LSA : Vous disposez de tous les équipements nécessaires ?
P.P. : Au quotidien nous sommes assez sereins car nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir, voire même plus que les préconisations. Nous avions des gants, et déjà un peu en stock de masques, et avons réussi à en avoir en plus. Une onglerie située à 600 mètres du magasin a fait œuvre de générosité en nous offrant 1000 masques en tissu lavables. Il y a aussi les moutardes Clovis, une entreprise de la région, qui ont transformé une ligne de production et réorienté une partie des ingrédients comme le vinaigre pour produire du gel hydroalcoolique, et nous en offrir autant que nécessaire. Pour rassurer notre personnel, nous affichons tous les jours l’état des stocks et des commandes pour ces matériels sanitaires indispensables.

LSA : Et quelles sont les adaptations sur les équipes ?
P.P. : Sur 535 salariés, entre l’hypermarché, le drive et les différents concepts en galerie, aujourd’hui je suis à 150 absents. Car il y a des gens en congés payés, d’autres en garde d’enfants, et des arrêts de travail pour les profils à risque, comme les diabétiques, asthmatiques, etc. Il y a aussi une quinzaine de personnes en confinement, mais aucun cas grave. Je fais régulièrement un point avec toutes ces personnes au téléphone. Depuis 15 jours j’ai embauché une psychologue clinicienne présente de 9 à 12h00, elle appelle aussi les confinés chez eux. Et j’ai la chance d’avoir deux directeurs qui font un boulot de dingue. Il s’agit de la directrice commerciale, et du directeur technique et sécurité. Ils sont sur le pont en permanence. Tous les matins j’organise à 8h30 une réunion avec les quinze chefs de service et ces deux directeurs. On fait le point sur les absents, on donne des nouvelles, et on fait un point sur les équipements de sécurité restants. Nous sommes très transparents avec les équipes. Et ensuite on parle de l’activité et des besoins.

Exemple de communication mise en place à l'adresse des salariés :



LSA : Comment compenser le manque de personnel ?
P.P. : Nous avions déjà un certain nombre d’étudiants qui travaillaient avec nous 10h par semaine, ils ont quasiment tous accepté une augmentation de leur nombre d’heure. Cela arrange tout le monde, eux et nous. Et tous les jours 40 à 50 personnes viennent en renfort au drive. Ce sont des gens qui viennent des concepts fermés en galerie (Auto, Manège à bijoux, etc.), des rayons trad, ou des rayons non alimentaires (textile, bazar, etc.)

LSA : Quelle est l’évolution des ventes en magasin et sur le drive ?
P.P. : Depuis le début du confinement mi mars je fais entre -20 et -30% sur l’hypermarché, et entre +80 et +100 % sur le drive. Le 16 mars, juste après les annonces gouvernementales, c’était l’équivalent du jour de Noel en magasin. Au final depuis le confinement je suis à 0. Mais si l’on raisonne sur le mois de mars en intégralité, le chiffre d’affaires hypermarché + drive est en progression de 7%, avec un hypermarché à -10% et un drive à +63%.

LSA : Comment absorber la progression du drive en termes d’organisation ?
P.P. : C’est déjà un drive très conséquent, avec 24 pistes et un entrepôt de 5500 m². En mars il a représenté 31 000 commandes et 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et surtout 2500 nouveaux clients nos ont rejoint ! Pour tenir compte de cette demande encore plus forte que d’habitude, nous avons décidé de mettre en place les 3x8 sur la base du volontariat. Il faut savoir que sur le mois écoulé, le drive a représenté 33% de nos ventes ! Les plages horaires ont été étendues, et il ouvre désormais de 5h à 23h00. Les créneaux 5h00-8h00 et 20h00-23h00 représentent 10% des commandes, ce n’est pas négligeable. En complément, sur le Drive Relais Reims-Libergier, en centre ville, nous sommes à +65%. Avec 300 commandes par jour et un panier moyen de 50 euros.

LSA : Quels enseignements pouvez déjà tirer de cette période ?
P.P. : Je pense que tous les salariés ont pris conscience qu’ils font partie d’une entreprise et pas seulement d’un service. Cette expérience a le mérite de décloisonner les services. On est comme une équipe de rugby : il y a une multitude de profils : des grands, des petits, des costauds, des rapides, etc. Nous communiquons beaucoup en interne, cela libère le débat. Nous avons renforcé le management participatif, la collectivité y est favorable. Je suis fier de mon entreprise. Nous sommes flexibles et capables de nous adapter au changement, en trouvant des ressources insoupçonnées!

Propos recueillis par Morgan Leclerc

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