« Pauvres » classes moyennes

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Elles représentent 60% de la population et font tourner l'économie. Frappées par les crises, les classes moyennes envisagent l'avenir avec prudence en restreignant certaines dépenses et en changeant d'habitudes de consommation.

Dix ans que les classes moyennes européennes vivent au rythme des crises, qu'elles soient économiques ou financières. C'est en partant de ce contexte que l'Observatoire Cetelem a voulu évaluer le moral de ces classes moyennes, soit environ 60% des habitants. « Nous avons écrêté par le haut et le bas, en enlevant dans chaque pays les 20% le plus pauvres et les 20% le plus riches, explique Pascal Roussarie, directeur de la communication chez Cetelem. En France, les classes moyennes gagnent entre 1 000 et 2 000 € par mois. »

Premier constat : les classes moyennes ont bien le moral en berne. « Il baisse pour la quatrième année consécutive et touche un point bas », poursuit Pascal Roussarie. Sur une échelle de 1 à 10, les Européens de l'Ouest donnent un petit 4 (4,2 en 2010) à leur situation générale. Ceux de l'Est donnent 3,7 (3,9 en 2010).

 

La situation du pays inquiète davantage

 

Signe de leur inquiétude : ils épargnent beaucoup, l'équivalent de 15,6% du revenu disponible, par exemple, pour les Français. « Mettre de côté est un réflexe. L'épargne est utilisée pour augmenter son niveau de vie », assure Pascal Roussarie. Excepté pour les Britanniques (5,5% de taux d'épargne) qui, culturellement, épargnent peu. Toutefois, si les classes moyennes européennes sont inquiètes, elles font le distinguo entre la situation de leur pays et leur situation personnelle. En notant moins bien la première (4,1/10 pour les Français) que la seconde (5,3/10). Néanmoins, seuls 37% des Européens (33% en France) considèrent que celle-ci s'est améliorée. A contrario, 46% des Français pensent qu'elle s'est dégradée. Les raisons ? La hausse du coût de la vie en général (pour 41% des Français, 38% des Européens), la baisse des revenus (24%, 29%) et l'augmentation des dépenses de santé (23%, 20%). Ensuite, les dépenses contraintes (29% en 2000, 32% en 2010) ont augmenté au détriment des dépenses plaisir, qui stagnent à 22% de leurs dépenses totales.

Pour autant, tout n'est pas désespérant dans cette étude. Les classes moyennes jugent, pour 56% des Français sondés et 61% des Européens, que leur train de vie est meilleur que celui de leurs parents. C'est toutefois un peu moins vrai pour les moins de 35 ans que pour leurs aînés.

 

Plutôt réduire son train de vie que travailler plus

Pour maintenir leur niveau de vie, TNS Sofres a proposé deux solutions aux Européens : travailler plus ou réduire ses dépenses. Hormis l'Allemagne, tous les pays d'Europe de l'Ouest (76% des Français, 70% des Européens de l'Ouest) envisagent de réduire leur train de vie, ce qu'ils ont déjà fait en 2010. Notamment pour 38% des moins de 35 ans, 60% des 35-50 ans et 66% des plus de 50 ans. « Le fait que les seniors réduisent leurs dépenses est nouveau, détaille Flavien Neuvy, responsable de l'Observatoire Cetelem. Leurs enfants partent de plus en plus tard dans la vie active et ils doivent parfois financer leurs propres parents. »

Dans quels budgets coupent-ils ? L'habillement (39% des Français), les loisirs (37%) et l'alimentation (27%) arrivent dans le trio de tête. Les dépenses dans les deux derniers domaines - loisirs et alimentation -, ainsi que celles en électronique (TV, hi-fi, informatique, etc.), sont toutefois les plus dures à diminuer. Au-delà des réductions de dépenses, les consommateurs changent leurs comportements : ils tentent d'économiser l'eau et l'énergie (73% des Français), achètent des marques de gamme inférieure (59%) et fréquentent plus volontiers qu'avant les magasins de discount (54%). Reste une dépense que les Français ne se résoudront jamais à annuler : celles qui concernent les études de leurs enfants. 30% d'entre eux font déjà des sacrifices pour financer des cours particuliers à leurs enfants.

MÉTHODOLOGIE

TNS Sofres a interrogé, en novembre et décembre 2011, 6 500 Européens de 18 ans et plus issus de 12 pays : Espagne, France, Italie, Portugal, Allemagne, Royaume-Uni, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Russie. Les analyses et prévisions ont été réalisées par l'Observatoire Cetelem, en partenariat avec le Bipe.

 

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Article extrait
du magazine N° 2219

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