Pertes et gaspillage : l’opportunité de développer une économie souhaitable pour l’agroalimentaire [Tribune]

Agriculture et alimentation ont pour la première fois occupé une place prépondérante dans les débats de la COP 27. Mais un sujet reste important à traiter tant par son impact sur l’équilibre nutritionnel global que sur le prélèvement des ressources : les pertes et gaspillages alimentaires. Explications de Arnaud Baloche, Manager chez Kea & Partners.

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Pertes et gaspillage : l’opportunité de développer une économie souhaitable pour l’agroalimentaire [Tribune]
Arnaud Baloche, Manager chez Kea & Partners

En France, environ 10 millions de tonnes de produits alimentaires sont jetés par an. Résoudre ce problème est un choix de société fort, dont l’enjeu est triple : éthique, économique et écologique. De nombreuses sources de gaspillage peuvent être évitées, si tous les acteurs se réunissent autour d'un projet collectif pour définir et déployer des actions de prévention, de réduction et de valorisation des déchets.

Pertes et gaspillages alimentaires, de quoi parle-t-on ?

Le pacte national "anti-gaspi" de 2013 définit le gaspillage alimentaire comme : "toute nourriture destinée à la consommation humaine qui, à une étape de la chaîne alimentaire, est perdue, jetée, dégradée ". L'ensemble des sources de pertes ou gaspillage doit être considérée tout au long de la chaîne : on parle plutôt de pertes en amont lors des étapes de production et de transformation soumises à des contraintes particulières, et de gaspillages lors des étapes de distribution et consommation.

On estime à 18 % de la production à destination de l'alimentation humaine perdus, jetés ou dégradés chaque année. Cela représente 15,3 millions de tonnes d'équivalent CO2 (Mteq) rejetés dans l'environnement, soit environ 3 % des émissions totales et 16 milliards d'euros de valeur commerciale théorique. Le sujet est important par sa valeur éthique ('équité de l'accessibilité alimentaire) mais aussi économique et environnementale.

A date, l'aval (la distribution et la consommation représentant 47 % du gaspillage mais aussi 40 % de la valeur commerciale et 70 % des émissions carbone) affiche une maturité plus avancée sur le sujet, car traité à travers des collaborations naissantes entre distributeurs, start-ups et acteurs du RHD (Réseau Hors Distribution) par des initiatives de prévention (acculturation du consommateur), de réduction (utilisation totale des matières premières en RHD) et de valorisation (méthanisation/compostage des denrées). Trop souvent pointé du doigt, l'aval représente pourtant moins de la moitié du volume total du gaspillage (53 %). Or, les pertes et gaspillages alimentaires concernent l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur.

Comment mieux identifier les sources de pertes et gaspillages pour les limiter ?

Dans l'équation globale des pertes et gaspillages alimentaires sur l'ensemble de la chaîne de valeur, il est important de distinguer la part évitable pour identifier les causes et inscrire des plans d'action précis et judicieux au sein d'un projet collectif. "Une carotte tordue, c'est bon pour la soupe !" rappelle le conférencier Bruno Parmentier. En effet, certaines denrées alimentaires ne quittent pas le champ à cause de normes strictes sur l'aspect et le calibre établies entre les différents acteurs. Pourtant ces normes pourraient être revues pour acculturer le consommateur final (cf. le succès de la campagne Les fruits et légumes moches) et lui donner le choix. Ces produits pourraient aussi être introduits dans des circuits de valorisation spécifiques (cf la start-up Bon et Rebond). Un dispositif de pilotage commun et transverse des prévisions de vente entre les acteurs permettrait de diminuer la surproduction et/ou d’équilibrer cultures excédentaires vs en pénurie. L’incitation des acteurs par la création de valeur et l’impact sociétal pour identifier et déployer de nouveaux circuits de valorisation créerait ainsi de nouveaux débouchés.

D’un autre côté, certaines sources de pertes et gaspillages sont plus difficiles à traiter notamment sur les maillons amont, comme les pertes liées à la mécanisation dans les étapes de production et transformation ou encore celles liées à des aléas logistiques (rupture de la chaîne du froid, casses).

Accélérer la réduction des pertes et gaspillages alimentaires grâce aux écosystèmes intégrés.

Limiter les pertes et gaspillages alimentaires aura des bénéfices incontestables sur la société et la planète : réallocation des ressources vers des aboutissements à plus forte valeur, accessibilité de denrées pour les plus démunis, meilleur équilibre alimentaire, diminution des émissions carbone... Les acteurs de la chaîne alimentaire doivent réconcilier impact positif et valeur économique dans une logique "produire moins mais mieux". Des éléments créateurs de valeur peuvent rentrer dans l’équation, comme la contribution à leurs engagements RSE, la sécurisation de certaines matières premières face à la pénurie, l’augmentation de l'attractivité auprès des clients et salariés, la valorisation de l’entreprise sur les aspects extra financiers, ou encore la création de nouveaux canaux de valorisation.

Cette économie souhaitable émergera si et seulement si des coalitions, sous forme d’écosystèmes intégrés, se forment entre acteurs. Les entreprises capables d'hybrider leurs organisations traditionnelles avec des écosystèmes intégrés gagneront en résilience et en performance globale. Les alliances autour de projets d'intérêt collectif règleront les sujets par la mise à l'échelle de leurs ressources complémentaires (expertises, actifs matériels, ressources financières). Ces écosystèmes intégrés sont susceptibles de « dérégler les règles » obsolètes (norme de qualité et d'aspect des denrées), d’identifier et déployer de nouveaux canaux de valorisation (vente directe ou transformation de fruits et légumes moches), affiner la collaboration dans les prévisions de vente.

En réalité, cette urgence alimentaire est un cas d’usage idéal pour promouvoir le concept d’écosystème intégré et de le déployer sur d’autres enjeux clés du secteur. Il y a cependant des prérequis dans la réussite opérationnelle : le cadrage d’un projet collectif commun, la clarification des rôles et responsabilités, la définition d’une gouvernance sur les pouvoirs décisionnels et un dispositif d’évaluation objectif.

A propos de l'auteur :
Arnaud Baloche est ingénieur, diplômé d’AgroCampus Rennes et titulaire d’un MBA de Hult International Business School. Après plusieurs années d’expérience dans des entreprises de l’agroalimentaire, il a rejoint en tant que manager le cabinet de conseil en stratégie Kea & Partners, référent dans le secteur des Marques & Enseignes. Il intervient sur les projets stratégiques et de transformation profonde des acteurs des biens de grande consommation.


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