Perturbations sur les salaires

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

La rémunération variable ne permet plus de rattraper le fixe. Toutes les fonctions patinent, à l’exception des métiers du digital. Fait inédit, les dirigeants voient pour la première fois leur salaire baisser en 2014.

Nul n’est à l’abri, ni même les dirigeants, dont les salaires annuels atteignent 195 000 €. Pour la première fois depuis longtemps, ils doivent se serrer (un peu) la ceinture. Leur rémunération baisse en effet de 3,8%. « Les grands groupes réalisent de moins bonnes performances à l’étranger, comme en Russie, au Japon ou dans certains pays d’Amérique du Sud, explique Éric Gandibleu, président du cabinet de recrutement Mæsina. Les patrons avec des profils internationaux ont donc vu leur variable fondre. » Un variable qui peut aller jusqu’à représenter la moitié de leur rémunération globale. L’obscurité n’est peut-être donc que passagère.

« Pour la première fois depuis cinq ans, le marketing connaît un tassement »

Pour les autres, les cadres du marketing et des services commerciaux, ce n’est pas la fête. Les premiers sont presque un tiers (28%) à avoir subi un ralentissement des augmentations. + 3% pour les dirigeants et les managers, + 4% pour les équipes. « Pour la première fois depuis cinq ans, le marketing connaît un tassement », note Éric Gandibleu. Une petite proportion (un cinquième) de cette population bénéficie des augmentations les plus fortes, supérieures à 8%. Les responsables de marketing direct ou CRM bénéficient, eux, d’une augmentation de 6,6%. En revanche, les pauvres responsables merchandising n’enregistrent que + 0,2%.

À côté des fonctions marketing, les commerciaux sont bien plus malheureux. Près de la moitié (45%) doivent supporter une baisse de leur salaire global. En particulier les dirigeants et les managers. Pour ceux qui ont eu droit à une augmentation, elle est bien plus modérée que les autres années. Après une année 2013 fastueuse (+ 9%), les dirigeants doivent se contenter de moitié moins en 2014. Les managers ont droit à 2,8% d’augmentation en moyenne. L’explication ? « Compte tenu des bons résultats de 2013, leurs objectifs ont été revus à la hausse pour 2014, précise Éric Gandibleu. Et la situation économique a été morose, voire en décroissance sur certains marchés en Europe. » Les métiers du terrain, de leur côté, tirent leur épingle du jeu. Ils bénéficient d’une enveloppe équivalente à 2013, à + 3,6%.

Au milieu de ce marasme (relatif), les troupes du digital s’en tirent bien, comme d’habitude. Certes, il n’y a plus de profil laissant espérer une hausse de 10%, mais avec 5 à 6% d’augmentation, tous niveaux confondus, le moral reste bon. Les entreprises prennent conscience de l’importance stratégique de ces postes et leur ouvrent les portes des comités de direction.

L’année du Big Data

Directeur du digital, directeur e-commerce, tous ont droit à une forte revalorisation de leur salaire (+ 7 à + 10%). Et 2015 sera l’année du Big Data et de la « connaissance clients ». Chief data officer, data scientist ou encore business analyst, ces profils récents restent encore assez méconnus pour correspondre à une grille de salaire. « Les cadres du digital sont de plus en plus gérés comme les autres, constate Éric Gandibleu. C’est d’autant plus vrai que les fonctions classiques ont besoin aussi de compétences digitales. » N’importe quel métier, que ce soit au marketing ou au merchandising, a une dimension digitale. D’où les « e-merchandisers » ou les « e-marketers ».

Enfin, la différence de salaires entre hommes et femmes n’a pas l’air d’exister dans ces secteurs. Qui eût cru qu’une responsable du marketing direct pouvait gagner plus qu’un responsable du marketing direct ou une directrice des achats plus qu’un directeur des achats ? Seuls les métiers de cat man et de responsables merchandising échappent à la règle avec un avantage aux hommes. Le mode de calcul choisi par Mæsina explique cette égalité. Le cabinet a calculé l’écart « net », en neutralisant les effets dus à des différences d’âge, d’ancienneté, de poste ou de localisation géographique.

un tiers des dirigeants et managers des services marketing voient leur salaire baisser

Évolution des rémunérations (fixe et variable) dans les fonctions marketing, en %, de 2010 à 2014

 

 

 

 

 

 

 

Source : Mæsina

28% exactement des « marketers » ont subi une baisse de leur salaire en 2014 ; ils étaient 20% en 2013. Celle des dirigeants et des managers n’atteint pas 3%, soit moitié moins qu’en 2012. Seules les équipes résistent avec une augmentation de 4%.

Les commerciaux doivent se contenter de moins

Évolution des rémunérations (fixe et variable) dans les fonctions commerciales en %, de 2010 à 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Mæsina

Contrairement à 2013 où les dirigeants avaient connu la plus forte augmentation (à plus de 9%), les équipes terrain sont récompensées avec plus de 6% d’augmentation en 2014. La forte chute chez les managers s’explique par des objectifs revus à la hausse, compte tenu des bons résultats de 2013.

Les métiers du digital préservés

Évolution des rémunérations (fixe et variable) dans les fonctions digitales en %, de 2010 à 2014

 

 

 

 

 

 

 

Source : Mæsina 

Les responsables e-business ou les data-analysts profitent encore des augmentations de salaire. Quand ils sont à des hauts postes, comme directeur e-commerce ou directeur du digital, c’est parce qu’ils franchissent les portes des comités de direction ; sur d’autres profils, ils tirent parti de leurs compétences rares et méconnues.

Des écarts de salaires hommes-femmes moins importants qu’ailleurs

Écart de salaires (fixe + variable) des femmes par rapport à ceux des hommes, en %

 

 

 

 

 

 

 

Source : Mæsina

Mæsina a calculé les écarts « nets » de salaires entre hommes et femmes pour les fonctions marketing et commerciales. Nets, c’est-à-dire en ayant neutralisé les effets dus à des différences d’âge, d’ancienneté, de poste, de localisation géographique. Le résultat est étonnant : dans certaines fonctions, comme directeur des achats ou responsable des études marketing, les femmes gagnent plus !

Tous les fixes à la hausse pour les hauts salaires

Salaires médians, en €, et évolutions, en %, des dirigeants 

 

 

 

 

 

 

Source : Mæsina

C’est le poste de directeur général qui souffre le plus en 2014, avec une baisse de près de 4 % de leur rémunération. C’est le résultat d’un tassement de leur variable, notamment pour les profils à dimension internationale. La fonction digitale connaît toujours un essor important, même si les augmentations sont moins importantes. « Il n’y a plus de profil permettant une hausse de 10 % », constate Mæsina.

Méthodologie

Les analyses sont basées sur les données de 3 135 titulaires issus de 232 entreprises. Mæsina a ciblé 22 fonctions, parmi lesquelles celles de directeur général, directeur marketing, chef de produit, directeur e-commerce…

Réagir

Pseudo obligatoire

Email obligatoire

Email incorrect

Commentaire obligatoire

Captcha obligatoire

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2355

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA