Marchés

Philippe Mangin (Coop de France) : «beaucoup d’inquiétudes pour la filière viande»

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Le président de Coop de France, Philippe Mangin, qui représente la moitié de l’industrie de l’alimentation en France, s’est dit très inquiet sur «l’avenir du secteur de l’élevage et sur les filières viandes rouge et blanche, qui souffrent à la fois de la flambée des matières premières, de structures de coûts trop élevés et de relations avec la grande distribution déplorables».

Philippe Mangin

Les deux filières les plus en crise sont celles de la volaille et du porc, mais des entreprises du secteur laitier sont également en grande difficulté, de même que des coopératives d’abattage et transformation.  Le président de Coop de France veut même installer un comité de veille des entreprises en difficulté, afin de prévenir des risques de faillite « qui ne vont pas manquer » et éviter la défaillance désastreuse que « connaît le groupe Doux ».

Prises en étau

Les coopératives, comme les entreprises privées du secteur, sont prises en étau entre un coût de la matière première qui s’envole – «le prix du soja a doublé » et  l’impossibilité pour les éleveurs et les transformateurs de répercuter les hausses de prix à la grande distribution. La hausse des matières premières agricoles provient aussi «de la dérégulation des politiques agricoles qui a supprimé les stocks, attirant les spéculateurs qui alimentent la volatilité», a accusé Philippe Mangin.

Production mondiale inférieure à la consommation

Pour la première fois, la production mondiale de céréales sera « inférieure à la consommation » de 20 millions de tonnes, en raison du changement climatique, de la démographie et de l’évolution de la demande des pays émergents. Le déséquilibre devient ainsi structurel.

Céréaliers accusés

De son côté, Hubert Grallet, président de Coop de France « Métiers du Grain», se défend de l’accusation de spéculation des céréaliers et du manque de solidarité avec la filière animale. «La récolte en cours a été vendue par anticipation au mois d’avril, bien avant l’envolée des prix mondiaux, a-t-il précisé. Par ailleurs, nous avons proposé la contractualisation à la filière de l’élevage, mais les éleveurs n’en voulaient pas car nul n’avait anticipé que les prix allaient à nouveau s’envoler à partir de l’été, tout le monde pensait même qu’ils allaient baisser ».  Conscients de la nécessité de rebâtir des stocks pour éviter les mouvements d’affolement, les céréaliers ont mis en réserve 3 millions de tonnes de céréales, avec un objectif de cinq millions de tonnes, mais qui reste une goutte d’eau par rapport à la production mondiale.

Réouverture des négociations avec la distribution

Le résultat qui en découle est une envolée du prix de l’alimentation animale. Michel Prugue, trésorier de Coop de France et président de la Confédération de l’aviculture, ne voit de solution que dans la réouverture immédiate des négociations avec la distribution pour permettre à la filière de s’en sortir, tandis que Dominique Chargé, président de Laita, fait état de grandes difficultés dans la filière laitière en raison de la surproduction de lait de consommation qui pèse essentiellement sur les coopératives.

Surproduction laitière

« Les groupes privés ont réduit leur collecte et ce sont les coopératives qui ont récupéré les volumes sans avoir les débouchés, précise Dominique Chargé. Nous sommes passés de 50 % à 60 % de la collecte de lait en France en cinq ans ». La crise sévit aussi dans le yaourt, devenu un basique sans valeur ajoutée en premier prix et MDD. Il prédit une réduction rapide de la production de lait (et donc de viande), les éleveurs en difficulté pouvant choisir de basculer dans la production de céréales, actuellement beaucoup plus rémunératrice.

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