Philippe Mangin (Coop de France) : «L’Etat a une stratégie à dix ans, quand on sera mort »

|

Dossier Le président de Coop de France, Philippe Mangin, fustige le gouvernement qui n’apporterait rien au secteur coopératif en matière de compétitivité, lequel régresse avec les fermetures d’usines et d’abattoirs. Il dénonce les charges qui s’alourdissent, s’inquiète du projet de loi de finances et dénonce la véritable usine à gaz que constitue la nouvelle écotaxe transport.

Philippe Mangin

Le président des coopératives agricoles et agroalimentaires, Philippe Mangin, n’est pas content. C’est ce qui ressort de la conférence de presse tenue ce matin pour faire le point sur les problématiques du secteur, et les craintes pour de nouvelles taxes et impositions, « alors que nous sommes en régression dans la volaille, les bovins, le porc. La production chute de 1 % par an, les abattoirs sont en surcapacité, l’Allemagne nous mène une concurrence et nous n’obtenons rien pour rendre nos activités compétitives, bien au contraire »

Le néant

Alors que le ministre de l’Agriculture vient de présenter sa loi d’avenir, Philippe Mangin dénonce un texte « superficiel, pas une ligne sur la recherche, l’innovation, les biotechnologies. C’est le néant. Alors que partout dans le monde, l’agriculture pète le feu, c’est le secteur qu’il faut mettre en marche, celui dont l’humanité a besoin ». Grosse colère aussi concernant le CICE. Le dispositif échappe aux entreprises coopératives « qui emploient beaucoup de monde à moins de 2,6 fois le SMIC », seuil pour y prétendre. «Bercy doit obtenir le feu vert de Bruxelles, mais vu le résultat, nous pensons que le ministère ne fait pas montre d’un grand empressement ». Le Premier ministre a assuré la semaine dernière à Philippe Mangin qu’il débloquerait la situation, mais chat échaudé…

Une usine à gaz

«Il n’y a rien non plus a attendre de la PAC, enfermée dans la redistribution des aides, mais qui ne tient pas compte de la compétitivité, sans vision sur les vrais enjeux ». L’agriculture va perdre plus d’un milliard de subventions par an. Quant aux nouvelles taxes, la fameuse écotaxe transport s’avère « une usine à gaz qui va pénaliser les circuits courts , l’économie régionale et favoriser les importations, sans gain écologique. Les bras nous en tombent. Qui a pu inventer des modalités d’une complexité aussi incroyable ? Elle est coûteuse à collecter, distorsive, injuste entre régions. Nous demandons l’exonération pour les secteurs les plus fragilisés ». Il craint aussi, dans le projet de loi de finances présenté sous peu pour la niche fiscale dont dispose les coopératives et dont la Cour des comptes avait, fait rare, valide l’utilité. Voire d’autres taxes car «énormément d’hypothèses circulent »… Il n'a pas été tendre non plus pour le ministre de l'Agroalimentaire, Guillaume Garot, qui vient de missionner son administration pour élaborer une stratégie à dix ans pour l'agroalimentaire. "Mais dans dix ans, on sera morts !". Une légère exagération due à l'exaspération, mais il est vrai que le secteur des filières animales a connu un nombre de dépôts de bilan et de destruction d'emplois sans précédent depuis l'an dernier...

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Nos formations