Philippe Peyrard (Atol) : "la relocalisation avait vivement intéressé Arnaud Montebourg"

Philippe Peyrard, directeur général délégué d’Atol, expose à LSA sa politique de relocalisation de fabrication de lunettes et le sens de la présence du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, à l'inauguration de l'extension d'un site à Beaune.

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Philippe Peyrard (Atol) :

LSA : Vous inaugurez l’extension d’un site pour Atol lundi. La politique de relocalisation de fabrication de lunettes que vous avez mise en place depuis 2005 fonctionne ?

Philippe Peyrard : Oui, assurément. Nous menons cette politique chez Atol depuis 2003. A l’époque, je cherchais des fabricants en France pour une marque sous licence Ushuaia, et il était impossible d’en trouver un seul et nous avons dû faire appel à des sous-traitants chinois. Mais le niveau qualitatif n’était pas suffisant, il a fallu petit à petit recréer une grappe de sous-traitants dotés aujourd’hui de machines- outils ultra modernes. Nous en avons désormais une dizaine, très pointus. En 2007, nous avons créé le site de Beaune, avec 35 salariés pour l’assemblage et la logistique. Ils sont aujourd’hui 100 et l’extension du site que nous inaugurons lundi permettra l’embauche de 30 personnes supplémentaires qui assureront la finition des lunettes. A cette occasion, une dizaine de salariés handicapés d’un CAT voisin viendront travailler sur le site, ce qui est une première, pour favoriser leur insertion dans la société. Aujourd’hui, la relocalisation est un modèle économique qui fonctionne, nous avons désormais des coûts de revient compétitifs par rapport à l’Italie – où l’industrie des lunettes reste très forte – et la Chine. Et nos sous-traitants français se sont renforcés en fonds propres et en rentabilité. Mais nous avons aussi profité du renforcement du réseau – passé de 200 à 800 magasins – et du succès des lunettes personnalisables dont les branches se changent comme des bracelets de montre, que nous avons lancé en 2008.

LSA : Quel est le sens de la présence du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, à cette inauguration ?

Philippe Peyrard : Notre politique de relocalisation n’était pas passée inaperçue en 2006, la presse s’en était fait l’écho. Arnaud Montebourg m’a appelé, il avait été vivement intéressé, notamment par le modèle du capitalisme coopératif qui est celui d’Atol. Il s’est déplacé pour nous rencontrer. Il a même consacré une page à Atol dans son livre ! Je ne suis ni de droite, ni de gauche, Christian Estrosi s’est aussi intéressé à notre démarche, mais sa présence parmi nous lundi n’est pas étonnante. J’en profiterai pour lui dire que tout n’est pas si facile. Nous avons beaucoup de difficultés à trouver de la main d’œuvre qualifiée. Il faut se donner les moyens de former des gens.

LSA : Quelle est la part de la production française dans vos ventes ?

Philippe Peyrard : Pour les verres, on achète à 90 % français puisque nos fournisseurs sont Essilor et Carl Zeiss, qui sont des entreprises françaises. Pour les montures, nous réalisons 15 % des ventes avec notre propre production made in France, et dans les 85 % qui proviennent de nos fournisseurs, 25 % sont aussi des produits français. Autrement dit, nos opticiens écoulent des lunettes françaises pour 40 % de leurs ventes, soit trois fois plus que les enseignes d’optique concurrentes.

LSA : Pourquoi les opticiens Atol, qui sont des indépendants, vous suivent-ils dans cette démarche ?

Philippe Peyrard : Ils bénéficient notamment du fait que notre collection de lunettes est unique, tant en terme de modèle que de qualité, et c’est évidemment bénéfique pour eux. Mais ils suivent aussi la démarche sociétale de l’entreprise parce que nous sommes une coopérative et que l’homme y reste au centre de nos préoccupations. Nos magasins sont présents uniquement en France, et il est logique de vouloir acheter local. Pas seulement des lunettes, nous venons de nous équiper d’un ERP, nous l’avons acheté à Lille, pas à un groupe américain. Notre centre d’appels est aussi en France. Ce qui n’empêche pas que nous avons 15 nationalités au siège, dont deux… d’origine chinoise, pour la maintenance informatique !

Propos recueillis par Sylvain Aubril

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