Philippe Sauze, directeur d'Electronic Arts France : « Le jeu en ligne sera bénéfique pour tous »

Numéro un mondial du jeu vidéo, l'éditeur américain Electronic Arts est de toutes les innovations qui traversent le secteur. Philippe Sauze, patron de la filiale France, souhaite convaincre les distributeurs d'accompagner sans crainte les grands changements qui s'annoncent.

Le petit monde du jeu vidéo s'agite beaucoup ces temps-ci autour des idées de jeu en ligne ou en réseau, de téléchargement et de vente par internet. Où en est-on vraiment, et vers quoi se dirige-t-on ?

Il faut bien distinguer jeu en réseau et jeu en ligne. En réseau, il existera toujours, mais il réunit des groupes de joueurs limités. En ligne, il est beaucoup plus prometteur. Le principe : le consommateur achète un package qui contient à la fois le jeu et une offre d'abonnement à internet. Cela lui permet de se connecter et de jouer avec des milliers, voire avec des millions de personnes sur la planète. C'est le futur du jeu, cela va entraîner la création de communautés, de grandes aventures. Le seul bémol, aujourd'hui, ce sont les problématiques de réseaux et de serveurs. La France est en retard en termes d'équipement informatique et de connexion à internet, il faut donc commencer par remédier à cela. Mais ce problème résolu, le potentiel sera fabuleux. Est-ce que cela multipliera le marché par 100, par 1 000, par un million ? C'est impossible à dire, mais il est clair que la progression sera énorme.

Ira-t-on, à terme, vers la dématérialisation totale des jeux qui ne seraient plus vendus que par téléchargement ?

Non, surtout pas ! Nous savons bien que c'est la crainte des distributeurs. Leur inquiétude est légitime, mais ils font erreur ! L'activité en ligne est un créneau supplémentaire, une extension, mais elle ne remettra pas en cause ce qui est et restera notre activité principale : vendre des boîtes. Les éditeurs créent actuellement des filiales web, mais ce sont des portails de jeu. Le e-commerce ne fait pas partie de nos priorités à court terme. Le jeu en ligne sera bénéfique pour tout le monde, mais il faut que la distribution nous aide. Aujourd'hui, on peut dire que quatre sociétés éditent réellement ce type de jeux : Cryo, Microsoft, Sony et nous-mêmes. Et toutes les quatre souffrent d'un manque de visibilité en linéaires, où il est difficile de maintenir un produit en référencement. Nous souhaitons que les jeux en ligne disposent d'un emplacement spécifique et identifié dans les rayons.

Autre sujet de discussion dans le secteur : la préréservation de la PlayStation2. Partagez-vous l'opinion de Sony selon laquelle il faut révolutionner le marketing du jeu vidéo ?

Les réticences exprimées à l'occasion de l'arrivée de la PlayStation2 sont bien françaises. Les distributeurs font de plus en plus de marketing direct, mais ils n'autorisent pas leurs fournisseurs à en faire. Nous devrions croiser nos bases de données, échanger. Si les distributeurs refusent cela, le danger est de voir les éditeurs se tourner vers le e-commerce, et se charger du métier de leurs distributeurs. Mais ce serait l'hypothèse pessimiste. Nous souhaitons vraiment partager nos données avec eux.

Sony domine très largement le marché. Pensez-vous que le rapport de forces puisse évoluer avec l'arrivée des futures consoles ?

Le marché est devenu bizarre. Une nouvelle console n'a plus le temps de s'installer car l'attention se porte déjà sur les rumeurs concernant les prochaines. Il faut se calmer ! Aujourd'hui, tout le monde se focalise logiquement sur la PlayStation2. C'est compréhensible, d'autant que Sony a réussi quelque chose d'extraordinaire avec la première version. Ensuite, la Dreamcast est une machine technologiquement performante. Malheureusement, l'image de Sega a été trop ternie par l'échec de la Saturn. Enfin, Nintendo restera fidèle à son univers privilégié : le portable et les enfants. En fait, la vraie menace pour Sony viendra de la XBox de Microsoft. Ce lancement sera aussi important que celui de la PlayStation. On va assister à une nouvelle transition.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1701

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous