Photo : L'explosion numérique redessine le secteur

À l'image du DVD ayant supplanté la VHS, les ventes d'appareils photo numériques vont dépasser celles des modèles traditionnels cette année. Mais, tant chez les industriels que dans les rayons, la transition technologique ne se fera pas sans heurts.

Ce fut l'une des grandes fusions de janvier 2003. Pour répondre à l'explosion mondiale des ventes d'appareils photo numériques, deux groupes majeurs du secteur, les japonais Konica et Minolta, ont annoncé leur prochaine intégration au sein d'une entité unique. Diversement commentée (certains y voyant l'éclosion d'un géant, d'autres une ultime manoeuvre de survie), cette fusion pourrait, en tout cas, en annoncer d'autres dans un secteur où, de l'avis général, les marques et les modèles sont en surnombre à ce jour.

Si l'explosion du numérique est une réalité (deux millions de piè-ces prévues en France en 2003), ils sont aujourd'hui nombreux à vouloir se partager le gâteau. Chez Kodak, Hervé David, directeur des ventes numériques, estime l'offre actuelle à « 20 marques et 250 modèles ». Outre les acteurs historiques de la photo, la convergence technologique a vu arriver des constructeurs issus de l'électronique classique (Sony, Matsushita), de l'informatique (HP, Epson), voire de la téléphonie mobile, avec le succès des modèles à fonction photo qui se multiplient sur le marché.

Le poids pris en quelques années par Sony témoigne de la réalité de la redistribution des cartes. Sans historique sur la photo, le groupe japonais est parvenu - en passant quelques partenariats, notamment avec Carl Zeiss pour les optiques - à devenir l'un des acteurs majeurs du numérique. Selon Gildas Pelliet, vice-président de Sony Digital Imaging Europe, le fabricant serait aujourd'hui numéro un du numérique dans le monde (avec 20 % du marché) et numéro deux en Europe (14 %).

Sony, seul fabricant non issu du monde de la photo

« Le numérique a redistribué les cartes, parce qu'il exige d'autres compétences que celles que nous, spécialistes de la photo argentique, possédions, résume Pierre Quilain, président d'Olympus France. En plus de l'optique et de la mécanique, il faut maîtriser l'électroni-que, les capteurs CCD Il est donc logique que les groupes issus de l'électronique grand public et de l'informatique viennent prendre leur place. Aujourd'hui, le marché est dominé par six fabricants, dont un seul n'est pas issu du monde photo, Sony. » En France, les groupes majeurs ont pour nom Canon, Nikon, Fuji, Olympus, Kodak et Sony.

Pierre Quilain ne partage cependant pas l'avis selon lequel de nouveaux fabricants (beaucoup parlent des coréens) pourraient émerger rapidement : « Je ne dis pas que les positions sont figées, mais il va tout de même devenir de plus en plus difficile de prendre des places. La croissance devrait être de 50 % cette année, ce qui est énorme, mais les pics à + 100 % sont derrière nous. Ceux qui veulent entrer maintenant sur la photo numérique ont forcément du retard en recherche et développement, en capacités de production. Il me semble que la lutte se joue plutôt entre les cinq ou six acteurs majeurs du secteur. » À charge pour les postulants de faire mentir ces prévisions. Avec une large gamme et des tarifs étudiés, Samsung espère bien forcer les portes. Et peut mettre en avant son antériorité sur les marchés asiatiques, mais aussi une maîtrise technologique que personne ne conteste.

Plus modeste, l'américain Polaroid annonce, pour cet été, un retour sur le créneau numérique, avec une stratégie particulière. « Nous avons fait une incursion sur le numérique d'entrée de gamme il y a deux ans, note Christophe Valentin, directeur marketing France. Nous y revenons cette année avec trois modèles, car c'est un marché incontournable. Mais l'objectif principal est de transposer notre concept de l'instantané au monde numérique, avec des bornes de développement utilisant un procédé exclusif, que nous mettrons en place en juillet aux États-Unis et en fin d'année en Europe. »

Le monde PC se réveille

Si les fabricants d'appareils photo cherchent tous à profiter de la manne numérique tant qu'elle perdure, ils sont loin d'être les seuls. Outre les téléphones mobiles à fonction photo déjà évoqués précédemment, la concurrence, du moins à la marge, pourrait aussi venir des caméscopes. Beaucoup de modèles proposent déjà une fonction photo, à la résolution un peu limitée de 1 MégaPixel (avec stockage sur une carte mémoire), mais Sony lancera, cette année, des modèles 2 MégaPixels, bien plus en phase avec les exigences des consommateurs.

Quant à Packard Bell, spécialiste du PC grand public, il ne cherche pas encore à concurrencer directement son grand rival HP sur les appareils photo. Mais il refuse de voir l'explosion du marché lui échapper totalement. Proposant depuis plusieurs années des PC spécialement conçus pour la gestion des photos numériques, le fabricant a fait un pas de plus en début d'année, en lançant une vaste opération de séduction à destination des revendeurs spécialisés. « Ce réseau représente un potentiel de 5 000 points de vente, auxquels nous pourrions avoir vocation à faire vendre des PC multimédias, explique Fabrice Raoult, directeur général France. Nous avons donc commencé à communiquer dans leur presse spécialisée, nous avons fait visiter notre usine d'Angers à leurs acheteurs, nous leur communiquons les chiffres du marché. Notre discours est simple : avec la convergence numérique, la photo et l'informatique ont vocation à se parler. J'ajoute qu'il est temps, pour les spécialistes photo, de se décider, car le reste de la distribution les rattrape. »

Mieux informer les consommateurs

Mais si les petits distributeurs spécialisés doivent s'interroger sur leur avenir, les secousses liées à l'éruption numérique touchent toute la distribution. Christine Fildier, directrice générale des produits grand public chez Kodak France, l'a longuement expliqué dans nos colonnes (LSA n° 1808) : la photo numérique recèle un vaste potentiel de services, inexploité ou presque. Comme son rival Fuji, l'autre grand spécialiste des travaux photo, Kodak fait donc tout pour évangéliser la distribution, la convaincre d'adopter, et de mieux mettre en avant, les innombrables services de développement rendus possibles par le numérique. Partie émergée de l'iceberg : les bornes de tirage numérique que les deux groupes se battent pour installer sur tous les comptoirs photo. « Nous avons bâti une offre de tirages numériques comparable à ce qui existe en argentique, assure Benoît Barron, directeur marketing des laboratoires Fuji. Nous communiquons, autant que possible, sur le fait que, contrairement à une idée reçue, le tirage numérique revient moins cher que l'argentique. Mais je rejoins Kodak sur un point : les consommateurs ne sont pas encore assez informés. » Une question de temps, estime-t-il. En 2005, les tirages de photos numériques devraient être aussi nombreux que les retirages argentiques. En attendant de s'imposer complètement.

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Article extrait
du magazine N° 1811

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