Les jeunes pousses fleurissent au rayon fruits et légumes

MARIE CADOUX |
, |
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Riches de leurs expériences à l’étranger, de leur savoir-faire technique ou juste de leur passion, des entrepreneurs nouvelle génération tentent de faire bouger les lignes du rayon.

LA FERME A JULES INSTALLE LE GRIGNOTAGE DE LÉGUMES EN RAYON

DATE DE CRÉATION 2010

IMPLANTATION UN SITE DE TRANSFORMATION A ROCHEFORT (17)

C’est au cours d’un voyage aux États-Unis que Jules Becquet découvre les baby carrots et prend conscience du potentiel de développement du snacking sain. Le fondateur de La Ferme à Jules lance le produit à peu près en même temps que la marque Florette. Les carottes transformées par La Ferme à Jules sont fournies par des producteurs implantés dans les Landes. Largement cultivée en Californie, la variété imperator est pour la première fois développée dans le Sud-Ouest de la France. Ses caractéristiques  Une carotte longue, fine et sucrée, idéale pour être taillée en baby carotte. Depuis le lancement des baby carottes, La Ferme à Jules a complété son offre de snacking de légumes, avec notamment des sachets de radis et de tomates cerise.

Des haricots verts d’Égypte, des asperges du Mexique, de la noix de coco et de la mangue soigneusement préparées en barquettes tout droit venues du Ghana… Sur la plate-forme logistique d’IDS, située à Saint-Laurent-Blangy, en périphérie d’Arras, c’est un petit tour du monde que Jean-Baptiste Lédé, fondateur de l’entreprise, propose aux visiteurs. Spécialisée dans le sourcing et la logistique de légumes et de fruits frais, IDS, créée en 2001, commercialise la marque C’Zon dans le rayon IVe gamme de la GMS. Son catalogue compte une soixantaine de références actives. Des légumes prêts à cuire proposés selon différents usages de cuisson (vapeur, four à micro-ondes, wok…), mais également des graines germées et des fruits.

Depuis 2012, IDS dispose de sa propre plateforme logistique ­– 2 000 m², dont 1 000 m² de froid –, où sont réceptionnés les produits tous acheminés par avion après avoir été cueillis et transformés dans les soixante-douze heures. « Nous travaillons en direct avec une vingtaine de producteurs dans le monde. Notre ambition est de proposer toute l’année des produits de pleine saison, cueillis à maturité, d’une qualité constante à un prix fixe et, surtout, prêts à l’emploi », explique Jean-Baptiste Lédé.

De fait, le sourcing est réalisé à partir d’une dizaine de pays. Pas question pour IDS de vendre ce que les producteurs cultivent, mais plutôt d’imaginer les produits que les consommateurs auraient envie de goûter dans leur assiette et de trouver les producteurs capables de répondre à leurs attentes. À l’image de C’Zon, plusieurs acteurs semblent déterminés à faire bouger les lignes des fruits et légumes en GMS. « Ce rayon C’est comme un paquebot très difficile à manœuvrer et, surtout, peu enclin à naviguer dans des eaux inconnues », résume un professionnel sous couvert d’anonymat. Un constat qui se traduit pour la troisième année consécutive par une contraction de la part de marché des hypermarchés (- 0,2% en valeur) et des supermarchés (- 0,3%), selon les données du bilan 2015 des achats de fruits et légumes frais de Kantar Worldpanel.

Convaincre les moins de 35 ans

Sanction plus inquiétante, les foyers de moins de 35 ans se révèlent être des petits acheteurs de fruits et légumes. L’étude menée en juillet 2016 par Kantar Worldpanel montre, en effet, que les dépenses de fruits et légumes pèsent 12,8% dans leur budget, contre 19% pour celles de produits de grande consommation au rayon frais libre-service. Les moins de 35 ans réalisent 43 actes d’achat par an de fruits et légumes versus 66 actes pour un acheteur moyen. Dans ce contexte, les jeunes entreprises du rayon fruits et légumes n’ont-elles pas une carte à jouer. Mais qui sont-elles ? Et où puisent-elles leurs idées ? « Si vous voulez voir des choses intéressantes au rayon des fruits et légumes, allez donc faire un tour en Grande-Bretagne », suggère Jean-Baptiste Lédé. Le fondateur d’IDS a fait ses études en Angleterre et ses débuts professionnels auprès des distributeurs britanniques. L’ouverture sur les marchés extérieurs est une caractéristique que partage cette nouvelle génération d’entrepreneurs.

C’est, par exemple, en revenant d’un voyage aux États-Unis que Jules Becquet a décidé en 2010 de se lancer dans la transformation des carottes pour une consommation de snacking. Son entreprise, La Ferme à Jules, dont l’atelier de transformation est situé à Rochefort (Charente-Maritime), propose au rayon IVe gamme des sachets de baby carottes, transformées à partir de carottes imperator des Landes.

Cueillir directement ses légumes

C’est également en observant ce qui existe aux États-Unis, mais aussi en Asie, que Pascal Hardy, fondateur d’Agripolis, est revenu en France avec l’idée d’implanter des fermes urbaines sur le toit des immeubles et des magasins de la grande distribution. En installant des colonnes de cultures suspendues en hauteur, Agripolis offre la possibilité de produire sur place, et donc de cueillir les produits à maturité. Après plus d’une année de R & D, la start-up a mis au point ses propres matériaux prêts à être installés sur une surface plane d’au moins 150 m², et également un système de monitoring d’exploitation pour une maintenance à distance de l’installation. Selon la technique de l’aéroponie, les cultures sont développées sans terre et sans substrat, mais reçoivent toutes les quinze minutes un spray de nutriments organiques.

Et si, demain, les tomates vendues en rayons venaient pour partie du toit des magasins ? Et si celles-ci étaient cueillies directement par les consommateurs « Agripolis est actuellement en cours de discussion avec deux distributeurs », avance, prudent, Pascal Hardy.

Ces jeunes pousses du rayon fruits et légumes puisent aussi leurs idées dans leurs expériences passées ou se laissent guider par leur passion. Après avoir importé pendant des années des champignons frais d’Irlande et des Pays-Bas, la société Lou ­Légulice a décidé, en 2015, de lancer sa propre production. Un sacré pari lorsqu’on sait que près de 70% des champignons frais consommés en France sont importés de Pologne, des Pays-Bas et d’Espagne, et qu’il n’existe quasi plus de champignonnières en France. Pour restaurer le savoir-faire de la collecte de champignons frais de Paris, Lou Légulice s’est appuyée sur ses partenaires irlandais, dont certains salariés sont venus sur le site de Poilley, en Ille-et-Vilaine, pour former les cueilleurs français. Une centaine d’emplois ont été créés.

Investir sur de nouvelles préparations

Sur les barquettes de Lou, l’origine France figure bien en place sur une majorité de références, tout comme l’usage que l’on peut en faire (à farcir, en fricassée, pour l’apéritif…). « Le marché des champignons frais pèse 60 000 tonnes et affiche une croissance de plus de 4% depuis sept ans. 20 à 25% des besoins en France ne sont pas satisfaits », note Fabrice Chapuzet, associé de la société aux côtés de sa femme, Emmanuelle Roze, et de son beau-frère, Benoît Roze.

Des places restent assurément à prendre sur des marchés en cours de développement. Celui de la fraîche découpe initié par les Anglo-Saxons, il y a plus de dix ans pourrait bien, selon les prévisions de Pierre Bergougnoux, dirigeant du cabinet PB Conseil, représenter 300 millions d’euros d’ici aux cinq prochaines années. Une manne qui ouvre l’appétit. Après avoir implanté en tant que conseil le rayon de la fraîche découpe dans de nombreuses enseignes, Pierre Bergougnoux a décidé de devenir lui-même un acteur de ce marché. Sa nouvelle société, Frais Concept, née en janvier 2015, dispose de son propre outil industriel à Arras et de sa propre marque, C’too frais.

Aux côtés de cette offre en fort développement dans certaines enseignes, comme Auchan et Carrefour, certains protagonistes ont fait le pari du saut technologique. C’est le cas de PP Fruits, entreprise créée en avril 2014, par Marc Pajotin. Cet ingénieur, issu de l’École supérieure d’agricultures d’Angers, s’est très tôt intéressé à la technologie de la pasteurisation à froid par haute pression. Après avoir réalisé son mémoire de fin d’études sur le sujet et après différentes expériences, le Français est revenu à sa passion, celle de variétés anciennes de tomates cultivées en pleine terre.

Impulser de la technologie

Le marché des tomates de pleine terre représente moins de 4% de la production française. Pour que ces tomates soient disponibles tout au long de l’année et, surtout, qu’elles puissent être cueillies à maturité, Marc Pajotin a eu l’idée de les transformer en dés et en jus, et de les pasteuriser à froid par le système de haute pression. Une technologie qui, en raison de son coût, est encore peu développée dans l’univers des produits frais et, de surcroît, inexistante dans celui des fruits et légumes.

Bien loin de la guerre des prix et des opérations promotionnelles, ces acteurs, qui n’ont pour seules armes marketing que leurs savoir-faire techniques, leur ouverture sur les marchés internationaux, ou leurs capacités à comprendre les attentes des consommateurs, pourraient bien apporter un nouveau souffle au rayon…

MARIE CADOUX

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA