Pierre Castel, le défenseur du vin mass-market

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RENCONTRE - Le patron fête cette année les 60 ans de son groupe viticole, numéro trois mondial. À 82 ans, ce défenseur du vin mass-market regorge de projets : développement des vins en Val de Loire, via le plus grand site d'embouteillage d'Europe, production d'huile d'olive au Maroc, mais aussi conquête en Russie et en Chine.

Le point commun entre Castel et « Paris Match » ? Tous deux fêtent cette année leurs 60 ans. À cette occasion, Pierre Castel, le patron éponyme du groupe, numéro trois mondial du vin, a reçu quelques journalistes à Blanquefort, dans la banlieue de Bordeaux. Là, sur 11 hectares, sont plantées les bases de son empire viticole. Un chai de 40 000 barriques, une unité d'embouteillage, une autre de stockage et quelques bureaux. Seule fantaisie architecturale : une tour comme on en trouve dans les aéroports. Sauf qu'ici elle renferme les salles de dégustation... très fréquentées par Pierre Castel qui goûte avec ses équipes tous les assemblages, qu'il s'agisse du vin de table Vieux Papes ou de son graves Château Ferrande.

Sans concession

À peine a-t-il serré toutes les mains qu'il peste sur les chercheurs qui voudraient assimiler vin et cancer. « C'est grave », lance-t-il devant une assemblée de convaincus. À 82 ans, le patron prouve ainsi qu'il ne perd rien de son dynamisme et de son franc-parler, lui qui ne craint ni les soubresauts de la Bourse ni des actionnaires chatouilleux ni le milieu feutré des viticulteurs bordelais. « Si les grands crus baissent de 50 %, ils seront encore chers », explique ce propriétaire de 14 châteaux bordelais acquis entre 1957 et 1995. Pour lui, pas un vin ne devrait se vendre au-dessus de 100 E. D'ailleurs, son élixir le plus cher, Château Ferrande, est proposé moins de 15 E chez Nicolas, la chaîne de cavistes qui lui appartient. Son truc, c'est plutôt les marques qu'il a conçues et fait avancer en visionnaire : Roche Mazet (numéro un des vins de pays de cépage ; 20,4 millions de cols), Baron de Lestac (numéro un des bordeaux ; 8,3 millions de cols), Vieux Papes (18,2 millions, numéro un des vins de table), Les Ormes de Cambras (10,6 millions de cols, numéro trois des vins de pays de cépage). « À terme, les marques supplanteront les appellations », prédit-il.

À énumérer ces succès marketing, on pourrait croire que le vin a gonflé le portefeuille de Pierre Castel. Eh bien non. La branche forte de son groupe est définitivement... la bière qu'il brasse partout en Afrique. « Notre résultat avoisine les 350 millions d'euros. Le vin n'y contribue qu'à hauteur de 7 à 8 % », calcule le patron qui, parfois, fait des choix inattendus.

Pourquoi pas un retour dans les eaux

Ainsi, quand il a revendu sa participation de 60 % dans le groupe Alma (eaux Cristalline, St-Yorre, etc.) au japonais Otsuka pour 1,3 milliard d'euros, soit un an de chiffre d'affaires, les analystes ont jugé que la raison en était la déconfiture du marché. Pas du tout. « J'étais agacé par certaines habitudes de Pierre Papillaud [NDLR : qui détient 40 % du groupe Alma et le dirige], explique le patriarche. Mais je ne m'interdis pas de revenir dans les eaux. » En attendant, cette somme complétera le cash du groupe et lui permettra d'investir en Afrique : « J'ai encore des choses à faire sur ce continent qui n'est pas touché par la crise financière, si ce n'est qu'il reçoit moins l'argent de la diaspora. »

En revanche, rien en Europe et plus particulièrement en France, où il ne compte plus investir dans le vin. Et pour cause. Présent dans toutes les grandes régions viticoles, Pierre Castel a récemment fait le plein dans le Val de Loire, un territoire prometteur, notamment à l'export, depuis que le critique Robert Parker a encensé quelques vouvrays et autres savennières. En 2007, le groupe a mis la main sur deux pépites locales : la société nantaise Friedrich, numéro un français du Bag-in-Box (avec un chiffre d'affaires de 85 millions d'euros), puis Sautejeau-Beauquin (32 millions de cols, 38 millions d'euros), premier opérateur des appellations du Val de Loire. En mai, il inaugurera le plus grand site européen d'embouteillage à la Chapelle-Heulin (Loire-Atlantique), là où il a réuni les deux entités. Montant de l'investissement : 30 millions d'euros pour une capacité de 200 millions de bouteilles. Avec un tel volume, le groupe confirmera sa place de plus gros opérateur de Loire.

Monsieur Afrique

Hors d'Europe, Pierre Castel se contentera de faire monter en gamme ses vins. La filiale marocaine a lancé Excellence de Boulaouane, le fruit de plusieurs années d'essai d'assemblages, et s'apprête à sortir un autre grand cru affiné en barriques. Le Maroc ? Un eldorado du vin où il n'a nul besoin d'immobiliser des capitaux dans l'achat de vignobles. Dans ce royaume, les terres agricoles appartiennent au souverain qui signe les contrats d'exploitation pour trente-six ans renouvelables.

Castel y a fait ses premiers pas en 1992, suite au rachat de la Société des Vins de France à Pernod-Ricard. Dans la corbeille, la signature Boulaouane. Aujourd'hui, il cultive 1 400 hectares et produit aussi le Sidi Brahim (suite au rachat en 2003 des vins Malesan au bordelais Bernard Magrez), Halana et Domaine de Sahari. Mais, comme le patron fourmille toujours d'idées, il s'est aussi lancé dans la production d'huile d'olive en repiquant 700 hectares des variétés arbequina, arbosana et koronciki. « Un bon complément au vin dans un pays musulman », s'amuse-t-il. De plus, c'est un produit dont la consommation mondiale bondit de 20 % par an. Pierre Castel promet de lancer une marque dès 2010 en grande distribution française. Ses autres projets ? Développer les vins produits sur 125 hectares en Éthiopie. « J'y suis allé à la demande du président Meles Zenawi [NDLR : de 1991 à 1995] », explique Pierre Castel, qui connaît tout le gratin africain et participe de longue date à tous les voyages élyséens sur ce continent.

Du côté commercial, le patron mise sur la Russie et la Chine, « deux pays où tout est à faire, contrairement aux États-Unis ». En Chine, où ce Bordelais a doublé ses ventes en 2008 (5,4 millions de cols), le groupe n'exclut pas d'ouvrir quelques Nicolas, histoire d'avoir la main sur la distribution.

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Article extrait
du magazine N° 2084

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