Pierre Cuilleret: "Je laisse un Micromania serein et rentable"

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Le président du leader français du jeu vidéo (30% de part de marché) quitte un Micromania en bonne santé. Retour sur neuf ans de présidence.  

Pierre Cuilleret
Pierre Cuilleret© DR

LSA : Dans quel contexte quittez-vous la présidence de Micromania ?

Pierre Cuilleret : Dans un contexte planifié et consensuel. Pour la petite histoire, j’ai failli partir il y a deux ans mais le marché était alors très turbulent et j’ai pensé que ce n’était pas le bon moment pour lâcher la barre. Aujourd’hui le contexte est favorable. Les ventes de Noël ont été très bonnes, un nouveau cycle de croissance s’amorce dans le jeu vidéo avec les nouvelles consoles, je peux quitter sereinement la société. Je suis un homme d’aventure : après sept ans de The Phone House où on a vécu l’explosion du mobile et neuf ans de Micromania avec celle du jeu vidéo, je pense qu’il est temps pour moi de trouver de nouveaux challenges.

 

LSA : Comment se porte Micromania aujourd’hui ?


P.C. : Très bien. Nous avons triplé le chiffre d’affaires depuis 2008 (à 600 millions d’euros), bien maillé le territoire avec l’ouverture de 250 magasins en neuf ans, embauché 800 salariés (1500 au total) et pris le virage du e-commerce (avec l’ouverture du site marchand, le développement du multicanal, du m-commerce et des contenus dématérialisés). Surtout, nous n’avons jamais perdu d’argent à la différence de certains de nos concurrents qui se sont parfois lancés dans des guerres de prix et des ouvertures irraisonnées.
 

LSA : Le rachat de Micromania par le géant américain GameStop (9 Mrd$ de CA en 2013) a-t-il permis à Micromania de résister à la tempête des années difficiles ?

P.C. : Micromania est une entreprise qui a eu beaucoup de chance. Car si les actionnaires ont changé au cours des années, elle n’a eu finalement que deux présidents en 30 ans. Et c’est cette stabilité dans le management qui a fait son succès. Concernant le rachat par GameStop, là aussi on tire un bilan positif. Nous leur avons apporté notre culture de service (avec nos cartes de fidélité, notre SAV…) et eux nous ont apporté leur culture smartphone et tablettes que nous vendons désormais dans nos magasins ainsi que la stratégie autours de vente de jeux dématérialisés qui représente 1 milliard de dollars sur les 9 milliards de chiffre d’affaires du groupe.

 

LSA : Justement comment voyez-vous l’avenir du jeu vidéo avec le dématérialisé, les jeux sur tablettes et smartphones qui échappent pour une immense partie aux circuits classiques de distribution ?

P.C. : Je reste confiant sur l’avenir du jeu vidéo, en témoigne l’éclatant succès des consoles de nouvelle génération que sont la PS4, la Xbox One et la Wii U. Avec la multiplication des offres, les gens ont besoin de plus en plus de conseil et c’est dans nos magasins qu’ils viennent le chercher. Ensuite, il y a le marché de l’occasion. Vous ne pouvez pas revendre un jeu acheté sur le magasin en ligne d’un fabricant de console à la différence d’un jeu acheté en magasin. Tant qu’il y aura un marché de l’occasion, il y aura un avenir pour les boutiques de jeu vidéo.

LSA : Comment voyez-vous votre avenir personnel après Micromania ?

P.C. : Aujourd’hui je vais continuer mes activités hors-Micromania : je suis administrateur de Dia en Espagne et je préside le comité de rémunération. Je vais être prochainement administrateur d’une autre société espagnole. Je n’ai pour le moment pas signé ailleurs, je veux me laisser le temps de réfléchir. Mais j’ai déjà eu une chance immense de vivre deux révolutions que furent celles du mobile et du jeu vidéo. C’est rare dans le vie d’un entrepreneur.

 

Pierre Cuilleret, la bio


Agé de 47 ans, l’homme d’affaires français a déjà vécu plusieurs vies dans le business hexagonal. Diplômé de HEC (promotion 1991) et de la Business School de Berkeley en Californie, il débute sa carrière chez Bouygues en Angleterre avant de rejoindre Gemini Consulting où il conseille les opérateurs mobiles. C’est fort de cette expérience qu’il crée The Phone House (la première enseigne d’indépendants du mobile) en 1996 avec Geoffroy Roux de Bézieux. Il en assurera la direction générale jusqu’en 2001 avant de monter au management du britannique Carphone Warehouse à qui il a vendu ses parts de The Phone House.  Après le mobile, le jeu vidéo. En 2005, le fond L Capital (propriété de LVMH) lui propose la présidence de Micromania, le leader hexagonal du jeu vidéo. Succéder au fondateur Albert Loridan, pas facile sur le papier. Et pourtant avec sa gestion au cordeau (« on a toujours fait en sorte d’être rentable »), l’adossement en 2008 au géant américain GameStop et il faut l’avouer une pointe de chance (l’explosion du marché du jeu vidéo à la fin des années 2000), Pierre Cuilleret a transformé la petite enseigne (200 M€ de CA et 200 magasins en 2005) en acteur de poids de la distribution (600 M€ en 2013 et 440 magasins en 2013). Après le mobile et le jeu vidéo, la suite reste à écrire pour le jeune ex-PDG.
 

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