PILOTER À COURT ET MOYEN TERME

Acquisitions stratégiques pour développer les réseaux, tactiques de repositionnement pour contrer la concurrence, programmes de promotions transversales, les débats ne manquent pas dans ces instances. Même si chaque groupe a son fonctionnement propre.

Les échanges sont permanents entre le président, la direction générale et les membres du comité exécutif ou de direction, ainsi qu'entre le président et le conseil d'administration. Délicat de déterminer avec précision la répartition des rôles des uns et des autres. « Le comité de direction du groupe définit la vision et les grands axes stratégiques, suit la mise en oeuvre des politiques pays, arbitre les investissements, alloue les ressources et nomme les dirigeants, indique-t-on chez Auchan. Et le conseil de surveillance, présidé par Gérard Mulliez, valide. » La plupart des groupes de distribution fonctionnent selon ce schéma. « Les membres du comex " respirent " le marché, apportent les idées au président qui, pour les grands investissements, en réfère au conseil d'administration ou à son comité stratégique », ajoute Bernard Demeure, consultant chez Mercer Management.

Des pratiques variables

En effet, les comex s'intéressent en premier lieu aux acquisitions pour déployer les réseaux ou les filiales dans des régions ou des pays - Chine, Amérique du Sud ou Europe de Nord. Ainsi, le rachat potentiel du réseau de magasins Ahold en Amérique du Sud fait l'objet d'un suivi attentif de certains comex en ce moment même. Celui du réseau Norgesgruppen en Norvège par Carrefour a surtout été mené il y a quelques mois par Joël Saveuse, patron de l'Europe et membre du comité exécutif. En revanche, l'ouverture du énième magasin Fnac en Espagne ne relève plus que de l'enseigne et n'est même pas évoquée au comex de PPR !

Tout ce qui touche à la tactique de vente des magasins concerne aussi les comités de groupe. La politique d'assortiment, par exemple. Si Carrefour décide de baisser les tarifs dans ses hypermarchés, ou que Casino révise de 5 % une gamme de 250 de ses produits, la réunion du comité exécutif se révèle le lieu approprié pour que les autres réseaux comme Dia ou Leader Price se repositionnent, participent à la bataille ou gèrent les effets induits.

Les stratégies de marketing et les campagnes de communication y font aussi l'objet de présentations. Le concept Clio (client obsession), une opération transversale à toutes les filiales « retail » de PPR, a été déterminé à l'occasion de rencontres du comité exécutif. « Ce plan visait à conquérir des parts de marché et chaque enseigne - Printemps, Fnac, la Redoute, Conforama - a ensuite alloué les moyens nécessaires », confie Thomas Kamm, chez PPR.

Un rythme de réunions au fil des urgences

L'instance réfléchit aussi « à l'hypermarché tel qu'il sera dans dix ans », selon un analyste. Ainsi, le concept de magasin Magellan, qui vise à « renforcer l'alimentaire dans les magasins Géant », a fait l'objet de discussions dans ce co-mité impliquant les achats, les rencontres avec les fournisseurs. Parfois, les échanges touchent aux systèmes d'informations, à la logistique...

Le type de débats détermine en partie le rythme des réunions. Les six mem-bres du nouveau comité de direction générale de Casino se réunissent deux à trois heures par semaine, auxquelles s'ajoutent des réunions extraordinai-res : l'instance est très opérationnelle, orientée gestion, « avec vocation à ce que les prises de décision soient très rapides ». Tesco applique le même fonctionnement, avec une réunion formelle hebdomadaire. Le comité se réunit deux fois par mois « au minimum » chez Ahold, pour faire le point sur le programme de cessions : la stratégie de repli doit s'opérer dans une relative urgence. Chez Auchan, le comex débat une fois par mois : la réflexion peut se situer à un terme plus long. Le rythme est le même chez PPR, avec d'autres rencontres en cas de besoin, et un « séminaire de réflexion de deux jours et demi par an », explique Thomas Kamm. Ici, compte tenu de la forte délégation de pouvoirs dans les filiales, le rôle opérationnel du comité est plus limité.

Cette instance ne vote pas. Après les débats, le président ou le directeur général - Daniel Bernard chez Carrefour, ou Christophe Dubrulle chez Auchan - tranchent. « Le président peut être contesté dans un conseil d'administration, pas par son comité exécutif, explique Jean-Marie Pinel, commissaire au comptes, associé chez KPMG et auteur d'un rapport sur la gouvernance d'entreprise. C'est cohérent, puisque ce dernier a pour fonction d'exécuter la stratégie déterminée par le conseil d'administration. Même si celle-ci est élaborée à partir de l'information que les managers du comité exécutif rap- portent. »

Le comex s'appuie aussi sur d'innombrables instances. Ainsi, Auchan est organisé en « fédérations de pays, chacun managé par un comité de direction et chapeauté par un conseil de surveillance ». Chaque structure remonte à son tour l'information vers son représentant au comex. En octobre, Casino a créé sept autres comités clés (France, international, ressources humaines, communication financière...), présidés par Christian Couvreux, Pierre Bouchut, Jacques-Édouard Charret et Jacques Tierny. Ces derniers se réunissent à des rythmes très différents, de hebdomadaire à semestriel. Enfin, Carrefour s'appuie sur deux directeurs exécutifs qui ne siègent pas au comex. Les managers de haut vol, qui servent à la fois de garde rapprochée du président et de cheville ouvrière de l'exécution, bénéficient de beaucoup de courroies de transmission pour mettre en oeuvre la feuille de route qu'ils élaborent pour leur groupe.

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Article extrait
du magazine N° 1841

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