Plan de la dernière chance pour Fly

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Fragilisé depuis plusieurs années, le groupe Mobilier européen (Fly, Atlas, Crozatier) vient d’être placé en procédure de sauvegarde. Six mois d’un répit fragile pour boucler un plan de reprise global, ou bien marque par marque. L’avenir n’a jamais été aussi incertain…

Pris dans le double étau de la conjoncture et de la concurrence, le groupe Mobilier européen n’a eu d’autre choix que de demander à être placé en procédure de sauvegarde le 18 juin. Un crève-cœur pour les membres de cette entreprise, propriété de la discrète famille Rapp, qui exploite les enseignes Fly, Atlas et Crozatier. Mais à y regarder de plus près, la décision n’est pas si surprenante tant le groupe est fragilisé depuis plusieurs exercices. La faute à un marché du meuble déprimé (- 2,9% en 2013, et - 3% en 2012) fortement concurrentiel. Fly, son enseigne phare, n’a cessé de voir ses ventes fondre depuis plusieurs années.

« Sécuriser l’environnement juridique »

La où elle flirtait avec les 700 millions d’euros avant 2008, elle est redescendue depuis à 450 millions d’euros… Résultat des courses, la maison mère Mobilier européen a beaucoup maigri, avec une perte de 17 millions d’euros sur l’exercice 2012-2013, et de plus de 20 millions d’euros pour 2013-2014. La procédure de sauvegarde, validée par le tribunal de grande instance de Mulhouse, offre un répit de six mois avec la nomination de deux administrateurs judiciaires. Pendant cette période, la direction a garanti au personnel qu’il n’y aura ni licenciement ni fermeture de magasins.

« Nous ne sommes pas en cessation de paiement, mais avons demandé la procédure de sauvegarde pour sécuriser l’environnement juridique, et discuter plus sereinement avec des investisseurs, qu’ils soient industriels ou financiers, explique Nicolas Finck, le directeur financier du groupe. Nous allons essayer de trouver une solution, qu’elle soit globale, marque par marque, ou par magasin. » Le problème de Mobilier européen est que son attractivité n’a cessé de décliner. Quatrième acteur du meuble, il n’a pas pu suivre la course à la taille entamée par ses concurrents. Et Fly paie comptant la guerre qui se joue sur le « jeune habitat », pris en sandwich entre Ikea et Alinéa. « Or, il n’est pas sûr qu’il y ait de la place pour trois enseignes sur ce créneau », juge sans ambages un spécialiste de l’ameublement, qui ajoute, lapidaire : « En période de crise, les gros maigrissent, et les maigres meurent. »

Silence radio de Conforama

Pourtant, tout a été fait pour rester dans la course. Fin décembre, le groupe annonçait la mise en place d’un partenariat stratégique avec Conforama. Mutualisation des achats et de la logistique était au programme, ainsi que la possibilité pour Conforama de monter au capital de Fly France. Ces accords de coopération commerciale sont effectifs depuis peu, mais nécessitent au moins un an avant de donner leurs premiers résultats. Conforama, qui se refuse à tout commentaire, a pour le moment racheté Fly Suisse (19 magasins), huit Atlas et un Fly en France, ce que prévoyait l’accord. La vente de cette poignée de magasins a permis à Mobilier européen de récupérer quelques liquidités. Mais qui voudra reprendre le reste du réseau ou investir, à l’heure où les Français sont loin de se précipiter dans les magasins de meubles

Conforama pourrait être intéressé par une partie du parc (ou pas !) pour compléter son maillage, tout comme But. Placée en embuscade, Alinéa, l’enseigne d’ameublement du groupe Auchan, s’est très opportunément ouverte à la franchise en début d’année. Un mouvement destiné à attirer sous son nom des franchisés Fly, qui représentent environ la moitié des 119 magasins. Le 19 juin, alors que nous mettions sous presse, aucune marque d’intérêt n’avait encore été formulée auprès du groupe Mobilier européen pour tout ou partie de ses activités. Cependant, l’adossement à un partenaire ou des cessions sont inévitables pour tenter de relancer l’activité. La guerre des prix, des promos et de la pub à laquelle s’adonnent les grandes enseignes n’est plus accessible à Mobilier européen, qui n’a « plus la force de frappe nécessaire pour affronter les leaders », concède Nicolas Finck.

Dans un marché en pleine contraction, plusieurs voix prédisent que d’autres secousses pourraient encore toucher des acteurs de moindre envergure. La recomposition du secteur est en marche. 

Fly, une enseigne en chute libre

  • 2008 675 M € de CA
  • 2011 600 M € de CA environ

Février 2012 Fly recrute Marc Daeffler. C’est la première fois que le directeur général n’est pas issu de l’entreprise

  • 2012 500 M € de CA environ

Octobre 2013 Marc Daeffler quitte Fly. La direction est reprise en direct par Michel Rapp, dont la famille possède le groupe Mobilier européen

Décembre 2013 Négociations pour un partenariat entre Conforama et Mobilier européen (rachat d’une trentaine de magasins Fly et Atlas par Conforama, mutualisation des achats et de la logistique).

  • 450 M € de CA

Juin 2014 Procédure de sauvegarde de Mobilier européen

un groupe distancé par les leaders

Mobilier européen est largement distancé par ses concurrents. D’autant que le groupe Alinéa, au positionnement similaire à Fly, est au coude-à-coude avec 504 M € de CA en 2013, et un actionnaire aux reins solides, le groupe Auchan.

Mobilier européen en chiffres

  • 744 M € de CA 2013-2014
  • + de 20 M € de pertes sur l’exercice
  • 213 magasins,dont 103 en propre
  • 2 147 salariés (3 800 en incluant la franchise)
  • 3 enseignes très majoritairement implantées en France

(Fly, avec 119 magasins, Atlas et Crozatier)

Source chiffres : Mobilier européen

« Ce qui nous manque, c’est la puissance d’achat, la logistique et la communication. Nous n’avons plus la force de frappe nécessaire pour affronter les leaders de l’ameublement. »

Nicolas Finck, directeur financier de Mobilier européen

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1 commentaire

SkReDi

20/07/2014 14h32 - SkReDi

Disons plutôt que le concept "grande distribution" était une erreur politique et commerciale. Nous avions des petites surfaces de ventes très rentable. La direction prise par les nouveaux PDG du groupe (à savoir les enfants des pères fondateurs) ne correspondaient pas à l'attente client. De la proximité, pas de "circuit" a effectuer, des produits et un concept différenciant... Ce qui existait déjà en 2000...

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Article extrait
du magazine N° 2326

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