Marchés

PlayStation 2 : Sony mène le marché par le bout du nez

Réservation payante obligatoire, report d'un mois de la date de disponibilité, tarif jamais vu dans le monde du jeu vidéo. Pour le lancement européen de sa PlayStation2, Sony impose ses conditions de commercialisation. Les détracteurs parlent d'arrogance, la direction française répond gestion de la pénurie.

Pour les fanatiques du jeu vidéo, la rentrée scolaire qui s'annonce a des allures de dernière ligne droite. Après une trop longue attente, la PlayStation2 (PS2) de Sony va enfin débarquer sur le marché européen. Pas le 26 octobre, comme promis jusqu'au début de l'été, mais le 24 novembre.

Un report dont on murmure déjà qu'il ne serait pas le dernier, et qui est dû à l'appétit insatiable des marchés japonais (où les stocks sont aujourd'hui à zéro) et américain (qui exige au moins 620 000 pièces disponibles le jour du lancement). Le prix, conforme aux prévisions les plus pessimistes, frisera les 3 000 F pour une machine capable de lire des jeux vidéo et des films sur DVD. Mais pour devenir l'heureux propriétaire de l'une de ces consoles encore faudra-t-il avoir versé un acompte et s'être préenregistré.

Cette obligation de réservation, payante qui plus est, est une première dans l'univers de l'électronique de loisir et une exception sur l'ensemble des biens de consommation en grande distribution. Contraignante pour les clients, elle réduit les distributeurs au rôle peu gratifiant de pousseurs de cartons. Sony explique sa décision par la nécessité de canaliser une demande qui devrait largement dépasser l'offre. En clair : éviter au maximum d'engorger les magasins et de mécontenter les clients. Une explication justifiée, mais pour le moins incomplète. En imposant sa loi aux distributeurs et aux consommateurs, Sony fixe son prix à sa guise, se paie le luxe de faire signer une « charte » aux enseignes acceptant de jouer le jeu et, bien entendu, se constitue gratuitement une base de données qualifiée (remplie lors de la réservation) recensant tous les possesseurs de PS2 !

« Nous nous constituons un fichier, certes, mais les enseignes en bénéficient aussi, nuance Georges Fornay, PDG de Sony Computer Entertainment France. À elles d'exploiter les adresses qu'elles auront récupérées. » Selon lui, les enseignes françaises n'ont d'ailleurs pas rechigné plus que de raison. « Nous prenons tout en charge, nous leur assurons un gros chiffre d'affaires, elles optimisent leurs ventes et leur stock Avec une demande aussi forte, nous aurions pu privilégier la vente directe, mais ce n'est pas notre philosophie. Bien sûr, certaines enseignes discutent, mais, en fait, leur principal souci est de recevoir le maximum de machines. »

Une affirmation difficile à vérifier. Dans les hypermarchés ou chez les multispécialistes, aucune information n'est encore disponible. Seuls les spécialistes du jeu vidéo ont déjà pris les devants. Dès juillet, Score Games proposait de préréserver la machine dans ses magasins moyennant un acompte de 200 F. Une procédure dont on peut se demander quelle valeur elle aura aux yeux de Sony. Quant à la chaîne Micromania, elle semble attendre septembre pour se lancer mais a déjà mis en place, pour les porteurs de sa carte de fidélité, un concours avec dix PS2 à gagner. Pour Jean Maincent, responsable commercial de l'enseigne, les états d'âme face à la politique de Sony ne sont pas de mise. « Le commerce est une affaire de rapports de force, libre à nous d'adhérer ou de ne pas adhérer au processus proposé par Sony, tranche-t-il. Nous allons suivre de notre plein gré, en développant notre propre politique marketing. Mais à nos yeux, l'attitude de Sony n'est ni illégale ni même irrévérencieuse ! Ils auraient pu faire de la vente directe, ce qui aurait été bien plus grave pour nous ! »

Des propos apaisants qui contrastent avec le ton de certains sites internet spécialisés, qui ont déjà lancé appel au boycott et pétitions de protestation. Pas contre le système de préréservation, mais contre le niveau de prix - 2 990 F -, jugé aberrant par certains.

Un prix bien accepté?

Serein, Georges Fornay déplore un tarif imposé par le cours défavorable de l'euro face au yen, mais assure que selon les sondages, ce prix est bien accepté grâce à la fonctionnalité de lecture des DVD vidéo.

En Grande-Bretagne, pourtant, la campagne anti-Sony bat son plein, emmenée par les quotidiens populaires comme le « Sun » ou le « Daily Star ». À 299 £ (plus de 3 200 F au cours actuel), la PS2 anglaise sera la plus chère du monde, et certains n'apprécient pas du tout. À commencer par l'enseigne Asda, propriété de l'américain Wal-Mart et championne des prix bas, qui a décidé de ne pas référencer le trop cher jouet ! De quoi remonter un peu le moral de Sega, dont la Dreamcast est la première cible de la PS2, en attendant la sortie des Dolphin de Nintendo et XBox de Microsoft.

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