Plus ouverts, plus verts, bientôt «cyber »

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Depuis quarante ans, les « gros » centres commerciaux ont fait une cure de légèreté en s'ouvrant au jour et à la vie, en spécialisant et harmonisant leurs équipements, en s'orientant vers l'économie et l'écologie du développement durable. Et s'ils allaient jusqu'à l'offre hybride avec le e-commerce ?

«Le centre commercial est né de l'histoire d'amour entre l'Homme et sa voiture », raconte Jean-Louis Solal le « père des centres commerciaux ». On lui doit Parly 2, Vélizy 2 ou Évry 2, les premiers grands temples de la consommation édifiés au coeur d'immenses parkings quand il dirigeait la Société des centres commerciaux (SCC). Étrange retournement du progrès quarante ans plus tard : c'est plutôt sur un « désamour » entre l'Homme et ses engins à énergies fossiles qu'il faut tabler pour imaginer les centres de demain. D'autant qu'en dématérialisant les achats, le commerce électronique contribuerait à rendre facultatives nos antiques voitures individuelles usitées pour la seule capacité de leur hayon arrière ! Et (presque) réaliste l'utopique vision de centres écocitoyens fréquentés en transports en commun.

69, année héroïque

Massif et destiné aux masses. Tel fut le centre commercial quand il apparut en 1969. Année héroïque qui vit naître Cap 3000 et Parly 2 à quinze jours d'intervalles. Mais aussi la première galerie d'hyper à Auchan-Anglos (Nord). Où poussera aussi le germe des parcs d'activités commerciales ! Mais ces centres pionniers conçus selon les préceptes architecturaux très cloisonnants de l'époque ressemblaient encore à des bunkers fermés à la lumière et à la vie, où le chaland était plus captif que... captivé.

L'ouverture sera donc le nouveau bond évolutif de nos centres. Ouverture au jour par des verrières installées dans les centres neufs ou rénovés, et à la cité par des malls connectés à leurs quartiers.

Après une première génération de centres relégués aux périphéries de villes, le Polygone de Montpellier (Socri) en 1975 sera le premier site de taille installé en coeur de ville. Et, aujourd'hui toujours, « l'avenir des centres commerciaux passe par une reconquête des centres-villes, estime Marc Vaquier, PDG de Bouwfonds Mab Development France. Mais en prenant exemple sur nos voisins néerlandais, allemands ou britanniques, qui, en n'hésitant pas à reconstruire des quartiers entiers, ont une capacité à régénérer leurs villes que nous sommes loin d'égaler ». Parallèlement les centres se « démassifient » en se spécialisant. En nouveaux pôles de magasins d'usines dès 1984 à Roubaix ou en centre thématique dédié à la maison, avec Domus en mars 2006 en région parisienne. Dont Maisonément, ouvert le 23 octobre dernier à Boissénart est le pendant à ciel ouvert.

Une nouvelle « morale »

En même temps qu'ils s'humanisent les équipements se « moralisent ». Aux parcs d'activités poussés sauvagement en entrées des villes, on prétend substituer le « vertueux » retail-park rangeant harmonieusement les boîtes commerciales autour d'un parking unique. Que consacrera en 2006 la création du label Valorpark décerné par le Conseil national des centres commerciaux (CNCC) aux réalisations exemplaires. L'autre grande mutation de l'immobilier commercial est sa conversion aux principes du développement durable et aux énergies alternatives (LSA n° 2066). Immobilière Frey a ouvert la marche inaugurant son prototype de Green Center en novembre 2007.

Plus ouvert, plus vert que reste-t-il comme territoire de conquête au centre commercial ? Devenir cybercentre !

Locataires virtuels

« Nous sommes encore de purs " brick and mortar ", lance Maurice Bansay, PDG d'Apsys. Il nous faut intégrer cette dimension du e-commerce, qui, en même temps que les notions de temps et de distance, s'affranchit aussi de celle de zone de chalandise. » « Les enseignes qui ont prospéré dans nos centres vont être sérieusement concurrencées par ce nouveau circuit générationnel ouvert 24 heures sur 24, continue Jean-Michel Silberstein, délégué général du CNCC. Ce qui obligera les centres à proposer de nouveaux services et expériences pour attirer et retenir leur clientèle. Tandis que les développeurs de sites internet pourraient devenir locataires virtuels des portails de centres commerciaux, créant ainsi des interfaces de mutualisation de leurs clientèles. » « Le centre commercial de demain pourrait devenir un lieu d'exposition et même d'exhibition de marques, un véritable show-room où l'on viendrait voir, mais pas forcément acheter sur place », prédit Christian Dubois, directeur général du cabinet Cushman et Wakefield. La suite... dans l'histoire d'amour bien engagée entre l'Homme et son ordinateur !

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Article extrait
du magazine N° 2070

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