Poires : un début de campagne chaotique

· Cueillies début août avec deux semaines d'avance, les poires d'été françaises, Guyot et Williams, ont subi la concurrence des produits d'importation. · De qualité inégale, elles peinent à stimuler une consommation en déclin.

Difficile démarrage pour la poire française. Dans son dernier bulletin, le Service central des enquêtes et études statistiques du ministère de l'Agriculture (SCEES) indique que le produit de la cueillette de poires dans l'Hexagone - 248000 tonnes sont annoncées - devrait être inférieur cette année de 31% à celui de 1996. Aux gelées d'avril, premières responsables de ce coup de frein à la production, ont succédé la sécheresse du printemps, puis les fortes précipitations des mois de juin et juillet, qui ont accéléré le développement des fruits encore sur l'arbre.

Une image trop familiale

La cueillette des poires Guyot, première variété de l'été avec la williams, a eu lieu début août avec deux à trois semaines d'avance selon les régions. Les premières poires du Sud-Est se sont donc télescopées dans les rayons avec les limoneras espagnoles et les packhams argentines ou chiliennes.

Pis : les médiocres rotations des premières livraisons n'ont pas incité les producteurs à la récolte, effectuée souvent à un stade de mûrissement avancé. Le phénomène est identique pour la williams, particulièrement fragile, entraînant dans certains cas des difficultés de stockage.

Dans les centrales, les acheteurs se sont contentés de gérer au mieux l'arrivée de la poire française. Parfois avec quelques grincements de dents : « La plupart des campagnes de poires d'été commencent ainsi mal, explique l'acheteur d'une chaîne d'hypermarchés. Les produits sont de qualité médiocre, trop mûrs pour la williams ou pas assez pour la guyot, que l'on est obligé de proposer verte et dure. Le problème, c'est que la guyot est la première variété française de l'année. Elle doit annoncer la rupture avec les fruits d'importation. Pour le consommateur, c'est aussi le premier achat de poire de la saison. S'il est déçu, il s'en détourne pendant plusieurs mois. »

Déçu, le consommateur l'est de plus en plus souvent. La consommation de poires ne cesse de décroître depuis le début des années 80. En 1983, elle était de 6 kg par an et par habitant. En 1996, le ratio est tombé à 4,1 kg. En francs constants, la part des dépenses que les Français consacrent à ce fruit ne cesse, elle aussi, de diminuer. Elle ne dépasse guère 4% du budget mensuel consacré aux achats de fruits d'hiver.

Concurrencée par les fruits exotiques qui inondent les rayons de mars à novembre, la poire s'est progressivement banalisée, réduite à son image familiale et traditionnelle. Producteurs et distributeurs s'interrogent donc aujourd'hui sur les moyens de lui redonner la place qui devrait être la sienne sur les tables françaises.

Un produit à protéger

En 1996, l'Afcofel avait consacré 4 millions de francs au soutien de ce fruit, notamment en favorisant l'approvisionnement des magasins en poires affinées. Un programme ambitieux mais difficile à mettre en oeuvre : l'objectif avait été fixé à 2 000 tonnes de poires « stickées » d'un logo permettant de les différencier. 300 tonnes seulement ont été commercialisées. « Le chaînon manquant de l'opération, c'est l'emballage, confie Catherine Garma-Dhorne, responsable du projet à l'Afcofel. On ne peut pas vendre des poires mûres à point sans un emballage pour protéger ce fruit fragile. » Malgré les restrictions budgétaires annoncées pour la campagne 1997 - l'enveloppe consacrée cette année à la poire ne dépassera pas 2 millions de francs - l'Afcofel continue de militer activement pour le développement d'un emballage adapté, à l'image de ce qui existe pour les fraises par exemple.

Véritable nerf de la guerre dès qu'il s'agit de résoudre les problèmes de qualité en matière de fruits et légumes, l'emballage apparaît comme une piste de plus en plus sérieusement prise en compte par les distributeurs. Sans pour autant faire l'objet d'une véritable initiative concertée de la part des enseignes, qui privilégient le vrac.

Quelques magasins, chez Promodès et Leclerc notamment, exigent cet effort de leurs fournisseurs. En particulier pour les poires d'automne et d'hiver : la comice et la passe-crassane, avec son pédoncule cacheté de cire. Pour certains chefs de rayon, seules ces deux variétés correctement valorisées permettent aujourd'hui de développer l'offre en préemballé.
Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1551

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Recevez chaque semaine l’essentiel de l’actualité des marchés, des distributeurs et des fournisseurs de produits alimentaires.

Ne plus voir ce message