Polémique sur la pêche profonde : Intermarché se défend face aux attaques

A quelques jours de la décision du Parlement européen, qui doit statuer sur la pêche au chalut et au filet, les acteurs des deux camps font valoir leurs arguments. L’association Bloom, relayée entre autre par l’auteure Pénélope Bagieu, dénonce une pêche destructrice et non rentable. La Scapêche, premier armateur de France qui appartient au groupement d’Intermarché, tente de se défendre…

scapeche-eaux profondes

Près de 480 000 signatures en quatre jours, une campagne qui recueille près de 300 000 « likes » sur Facebook et une enseigne, Intermarché, pointée du doigt... C’est le résultat de la très efficace campagne (et il faut dire très convaincante) de l’association Bloom (http://www.bloomassociation.org/) partie en guerre contre la pratique de pêche au filets pour les espèces à eau profonde. Une pêche selon l’association très destructrice mais surtout pas rentable et très subventionnée et sur laquelle la filiale d’Intermarché, la Scapêche, a en France un quasi-monopole... C’est ce qu’explique la dessinatrice de BD Pénélope Bagieu à qui l’asso a confié la « mise en scène » de sa campagne de com’. Le résultat: une planche de BD à l’humour féroce qui pointe les écueils de cette pêche, à quelques jours de la décision du Parlement européen sur cette pratique qui aura lieu le 10 décembre prochain.

Très discret en début de semaine, Intermarché a finalement sonné la riposte sous la forme d’une conférence de presse jeudi 21 novembre à Lorient. Voici, point par point la réponse de l’enseigne. A défaut d’avoir gagné sur la forme, l’enseigne peut-elle l’emporte sur le fond? A vous d’en juger.

 

-La pêche au chalut en eaux profondes détruit les écosystèmes sous-marins.

(Extrait de la BD de Pénélope Bagieu)

Des filets qui détruisent tout sur leur passage, c’est le message délivré par l’association environnementale Bloom qui souhaite faire voter la fin de cette pratique. Ces filets, en forme d’entonnoir géants, sont en effet équipés de bourrelets placés au sol pour capturer les espèces de poissons d’eaux profondes. Quelle conséquence à cette pratique ? « Il y a toujours un impact au sol » explicite Alain Bizeau, responsable des expertises pour l’Ifremer et membre du Conseil International pour l'exploration de la mer (CIEM) « Les zones à coraux peuvent subir des dommages car il y a un phénomène de casse qui s’opère au passage du filet ». Mais, précise l’expert, ces zones à coraux ne sont pas les plus plébiscitées par les pêcheurs. La Scapêche précise : « Si le sol est chaotique, nos filets, munis de capteurs, peuvent s’abimer. Ils coutent 20 000 euros, nous n’avons donc aucun intérêt à pêcher sur un tel sol ! », assure Fabien Dulon, directeur de la Scapêche. « Grâce à des sondeurs, l’équipage du bateau voit si le sol est lisse et décide alors de plonger les filets. Nous privilégions les sols sablo-vaseux » assure-t-il.

Reste les conséquences du passage de ce ‘bourrelet’ du filet au sol, « qui revient au passage d’une voiture sur la route, où se trouvent parfois des hérissons » illustre l’expert Ifremer. Qui travaille avec la Scapêche pour alléger le poids de ces bourrelets.

 

- Cette pratique épuise les stocks des espèces de poissons en eaux profondes.

Sur ce point, la Scapêche fait à demi-mot son mea culpa, admettant « des exagérations et des erreurs » dans les années 90. Mais depuis, cette pratique est encadrée. « Depuis le 1er janvier 2004, l’effort de pêche a été divisé par quatre pour permettre le renouvellement des stocks de poissons » assure l’Ifremer. Le ‘gel des empreintes’ permet en outre de fermer provisoirement des zones de pêche pour assurer le renouvellement des stocks. Ces stocks sont ainsi de mieux en mieux maitrisés par les scientifiques : les bateaux, géolocalisés à chaque instant par un système de balise, doivent enregistrer le fruit de leur pêche, qui sera ensuite contrôlé avec les factures de vente. L’ensemble de ces avancées a permis une amélioration des stocks de poissons en eaux profondes : les quotas de pêche, établis sur deux ans pour ces espèces d’eaux profondes, ont été augmentés pour 2013 et 2014.

 

- Cette pêche n’est pas rentable …

Les trois espèces de poissons d’eaux profondes (lingues bleues, sabres noirs et grenadiers de roche) sont vendus entre 2 € et 2.30 euros à la première vente (la criée) quand une langoustine vaut au même moment 4 euros. Pour Océalliance, ces poissons ne sont pas les plus rentables mais correspondent à une demande « Leur gout est neutre et ils ne possèdent pas d’arêtes, c’est pourquoi ils plaisent aux enfants et aux personnes âgées » explique le mareyeur. Pour les armateurs, « Retirer la pêche profonde c’est ôter une activité complémentaire qui représente pour les chaluts 40 % de notre pêche », s’inquiète fabien Dulon, qui s’interroge : « Quel intérêt aurions-nous a conservé une production qui ne serait pas rentable ? ». L’association Bloom rétorque : « Cette activité est rentable grâce au poids des aides européennes »

 

-…Et dopée par des subventions.

La Scapêche a bénéficié de nombreuses subventions, notamment pour le renouvellement de ses chalutiers qui mesurent 46 mètres contre 54 m auparavant. L’association Bloom estime qu’elle a profité de 9 millions d’euros pendant 10 ans. « C’est vrai, répond Jean-Pierre Le Visage, directeur de l’exploitation et de la gestion des quotas pour la Scapêche. Sauf que nous réalisons plus de 43 millions d’euros de chiffre d’affaires par an pour un résultat d’exploitation d’1.4 millions d’euros. La fiscalité française nous taxe à hauteur de 10 %, nous avons donc réinjecté 40 millions d’euros en dix ans. Ces subventions nous aident, mais nous pouvons vivre sans » avance-t-il.

Julie Delvallée et Frédéric Bianchi

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