Politiquement correct…

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Logiquement, au 1er janvier 2015, tous les commerces devront être accessibles aux personnes handicapées, qu’il s’agisse d’un handicap physique, auditif, visuel ou mental. À défaut, des sanctions pénales sont prévues. Dès lors, on entend ici et là que cette loi est trop stricte, qu’elle ne devrait pas s’appliquer à tous les magasins, qu’elle est coûteuse ou qu’elle générera des baisses de chiffres d’affaires alors que la conjoncture n’est pas glorieuse.

Si ces avis ne sont pas toujours politiquement corrects, ils expriment le sentiment de commerçants qui rechignent à tout chambouler en temps de crise, qui ne comprennent pas pourquoi la totalité des points de vente, mêmes les plus anciens, les plus petits ou les plus spécialisés, doivent se mettre aux normes. Rien à voir avec ces malotrus qui pensent que les personnes à mobilité réduite peuvent faire leurs courses sur internet ou qu’il existe bien trop de places réservées sur les parkings ! Sur ce sujet, les limites de l’indécence, voire de la bêtise, sont parfois franchies.

Au-delà de ces excès, il convient de dépassionner le débat puisque la loi Handicap date de 2005 ! En neuf ans, les enseignes ont eu le temps de se préparer. C’est pourquoi des associations pestent contre les quelques conditions de report qui ont été apportées récemment et rappellent qu’une loi prévoyait dès 1975 de tels aménagements. Malheureusement, il faut comprendre que ces délais sont nécessaires et que l’objectif, aussi louable soit-il, ne peut être atteint par tous tant le commerce additionne des contraintes logistiques très différentes et des réalités économiques très diverses. Et n’en déplaise à ceux qui considèrent que les distributeurs ne s’intéressent pas à ces questions et gardent les yeux uniquement rivés sur leur marge, il leur faudra bien admettre que, sur cette question de l’accessibilité, de notables efforts ont déjà été réalisés ces dernières années.

Quant aux commerçants qui ne sont pas encore convaincus de la nécessité de tels travaux, qu’ils regardent les chiffres : 10 à 15% des Français vivent avec une ou plusieurs déficiences, et plus de 45% souffrent d’une forme de handicap, même légère... Il ne s’agit donc pas d’une question mineure. Et ceux qui ne sont toujours persuadés du devoir d’investir, qu’ils se penchent sur les données concernant le vieillissement de la population : 22,3 millions de Français seront âgés de 60 ans ou plus en 2050, contre 12,6 millions en 2005 !

Des commerçants l’ont bien compris. Ils imaginent déjà de menus agencements – « repose-fesses » aux caisses ou dans le magasin, éclairage renforcé pour les malvoyants… –, qui vont naturellement dans le bon sens, d’autant plus qu’ils répondent aux attentes des consommateurs. Aujourd’hui, en effet, les Français réclament des magasins plus conviviaux, plus spacieux. Ils veulent de la place, du confort. Ils ne veulent plus des alignements de gondoles, mais des démonstrations et des mises en scène. La loi Handicap impose justement dans les magasins neufs des allées secondaires d’une largeur de 1,40 m. Une hérésie pour ceux qui ont pensé pendant des années que le commerce consiste à multiplier les références et à additionner un maximum de mètres linéaires !

Au final, si les distributeurs peuvent considérer la loi Handicap comme une contrainte budgétaire supplémentaire – ce qui est parfaitement exact – ils peuvent aussi la voir comme une formidable opportunité de recomposition des surfaces de vente et d’adaptation aux évolutions sociologiques et sociétales.  ypuget@lsa.fr 

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Article extrait
du magazine N° 2316

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