Marchés

Pour des achats groupés entre centrales d’achat … à condition de les éco-conditionner [Tribune]

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TRIBUNE D'EXPERTS Toujours plus gros, toujours moins cher… Lancée sur fond de guerre des prix, la course à l’échalote de la concentration des centrales d’achat dans la grande distribution touche à sa fin. Analyse de Christian-Guillaume Marchal, directeur Conseil, Filières alimentaires durables de Greenflex. 

Ligne production
Ligne production© prescott09 - Fotolia
Christian-Guillaume Marchal, Directeur Conseil des Filières alimentaires durables chez Greenflex.
 
Ces dernières années, des regroupements se sont multipliés : Système U et Auchan, Cora et Carrefour, Intermarché et Casino. A la clé, économies d’échelle et pression augmentée sur les fournisseurs pour proposer des prix toujours plus bas aux consommateurs et atteindre le graal dans les comparateurs de prix. Si bien qu’aujourd’hui, il ne reste plus que 4 ou 5 centrales d’achat en France, situation quasi-oligopolistique que les industriels dénoncent haut et fort. Tout nouveau rapprochement parait désormais impossible, tant il est probable qu’il serait immédiatement sanctionné par les autorités de la concurrence. 
 
Pour autant, le constat est cruel : un acteur individuel – aussi gros soit-il – se trouve aujourd’hui dans l’incapacité de transformer ses filières d’approvisionnement notamment quand il s’agit d’imposer des critères environnementaux ou sociaux ambitieux. Que pèse Système U à l’étranger ? Que représente Carrefour pour un fournisseur de jouets en plastique en Chine ? Que représente le débouché en compotes pour l’industrie du pruneau ? Comment inciter un changement de pratiques agricoles chez des milliers de producteurs individuels ? C’est bien le paradoxe, ces grandes centrales d’achat (sauf à s’appeler Walmart) seraient trop faibles pour faire bouger les filières et permettre à de meilleurs produits d’arriver sur les étals des supermarchés… 
 
Pourquoi ? Tout simplement parce que les filières d’approvisionnement sont devenues d’une complexité extrême, dispersées entre des multiples acteurs et ventilées aux quatre coins du monde. Changer des modes d’approvisionnement s’avère un parcours du combattant, coûteux en temps et en énergie, sans certitudes sur le résultat. Peu d’acteurs s’y risquent, les plus volontaires se lancent à dose homéopathique, comme Carrefour qui vient de lancer une fraise sans pesticides ou Casino avec des légumes surgelés Agriplus. C’est le cercle vicieux de l’immobilisme : l’amont attend qu’un débouché existe et l’aval peine à donner une vision simple de ses attentes. Résultat : peu d’innovations en rayon, des scandales toujours plus médiatisés, un consommateur toujours plus sceptique et une transition agro-écologique peu visible. 
 
Alors comment lever ce blocage ? Les centrales d’achat ont un rôle majeur à jouer. Une possibilité serait de mettre en place des achats éco-conditionnés groupés entre structures. L’objectif de ces « centrales d’éco-achats» ne serait pas une quête d’un prix toujours plus bas mais l’intégration d’exigences environnementale et sociétale. Mutualiser les forces, réduire les risques et donner de la visibilité aux fournisseurs pour induire des changements dans les modes de production. Pour des raisons évidentes de concurrence et de différenciation, ces associations se feraient entre acteurs de secteurs différents. Imaginons Système U avec Sodexo ou Carrefour avec Danone. Ces démarches filières pourraient même faire l’objet d’un marquage commun : le consommateur retrouverait le même logo dans sa cantine, sa boulangerie ou son supermarché, ce qui valoriserait au maximum la marque. 
 
Restera à démontrer aux autorités de la concurrence les résultats d’une telle démarche partenariale via des bénéfices environnementaux et sociétaux tangibles : nous avons éliminé le travail des enfants dans les champs de nos fournisseurs de fruits en Amérique latine, nos producteurs ont doublé l’usage de techniques alternatives aux pesticides, nous avons pu exiger l’élimination de substances problématiques des jouets pour enfants. Faire bouger les filières demande d’innover, c’est aux résultats que ces structures nouvelles pourront être jugées !
 

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