Pour l'e-commerce, la pénurie de talents n'est pas une fatalité

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Voilà un secteur, le web, qui n'arrête pas de créer des emplois, mais qui n'arrive pas à trouver les talents. Déficit de formation, manque de structuration des entreprises... les facteurs d'explication ne manquent pas, mais les solutions s'esquissent avec des formations idoines et des recrutements plus variés.

« Le marché de l'emploi web se joue au-delà des frontières de l'Hexagone. Nous devons aller chercher les candidats dans d'autres pays et essayer de casser les frontières en termes de recrutements. »NICOLAS RIMASSON, directeur des talentset du développement du groupe Redcats
« Le marché de l'emploi web se joue au-delà des frontières de l'Hexagone. Nous devons aller chercher les candidats dans d'autres pays et essayer de casser les frontières en termes de recrutements. »NICOLAS RIMASSON, directeur des talentset du développement du groupe Redcats© DR

UNE NOUVELLE ÉCOLE POUR LES MÉTIERS DU WEB À VOCATION EUROPÉENNE

Son nom : l'École européenne des métiers de l'internet (EEMI). Ses trois créateurs sont célèbres : Xavier Niel, le patron de Free, Marc Simoncini, fondateur de Meetic et président de Jaïna - fonds d'investissement dans les sociétés du Net -, et Jacques-Antoine Grangeon, PDG de Ventes privées. Date d'ouverture : septembre prochain, dans les lieux prestigieux du palais Brongniart. « Nous allons recruter des étudiants post-bac et essayer de déterminer leur fibre internet », précise Marc Simoncini. Après une année de tronc commun (anglais, économie, droit), les deux autres années seront consacrées aux métiers du Net, avec des stages en entreprises qui occuperont la moitié de leur temps. L'EEMI ouvre à une vingtaine de métiers, l'idée étant d'avoir des diplômés immédiatement opérationnels. Pour les frais de scolarité : 6 500 € pour la première promotion, 9 500 ensuite. Pour la rentrée, l'école mise sur 250 heureux élus. Et pourrait bien s'exporter, une fois la machine lancée.

«Leader de l'e-commerce en France, basé dans le Nord de la France, cherche (désespérément) responsable de trafic. » Et ce, depuis plusieurs mois. Redcats recrute aussi des responsables de site, des chargés de marketing en ligne, des analystes web et des web développeurs, en tout une trentaine de postes... qui ne trouvent pas preneur d'emblée. « Cette année, nous embauchons 60 à 70 personnes pour l'e-commerce, toutes enseignes confondues, précise Nicolas Rimasson, directeur talent et du développement du groupe Redcats. Pour une trentaine, nous avons du mal à trouver les bons profils. Il y a plus de besoin que de candidats disponibles. » Des besoins qui ne devraient pas fléchir dans les prochaines années. Redcats prévoit d'accroître son activité dans l'e-commerce de 55% à 75% de son chiffre d'affaires d'ici à deux ans.

Chiffres

60 000

Le nombre d'emplois dans l'e-commerce en 2010.

+ 9%

L'évolution des embauches en 2010.

45 Mrds €

Le chiffre d'affaires du secteur à moyen terme, contre 31 en 2010

Sources : Insee/Fevad/Astérès

34% La part des salariés de l'e-commerce qui font du télétravail

33% La part de cadres dans l'e-commerce 56% La proportion de femmes.

Source : Insee, Fevad, Astérès

C'est tout le secteur de l'e-commerce qui est concerné par cette vague créatrice d'emplois. Les 82 000 sites marchands actifs recensés en France par Mc Kinsey représentent un quart de la croissance et ont généré 700 000 emplois ces quinze dernières années. « Nous faisons face un peu à une révolution industrielle dans ce secteur, explique Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d'analyse et de prévisions économiques Astérès et auteur d'une étude sur l'emploi et l'e-commerce parue en début d'année. Nous créons beaucoup d'emplois et on en détruit aussi. Entre 2006 et 2009, l'e-commerce a créé 8 300 emplois et ce phénomène va continuer. » Cette année encore, les 820 00 entreprises du secteur tablent sur 35% d'effectifs supplémentaires.

UN SECTEUR QUI EMBAUCHE...

Les entreprises d'e-commerce vont continuer d'embaucher en 2011. Un gros tiers affirment même vouloir augmenter leurs troupes de plus de 10%. Un volontarisme déjà affiché par le passé : entre 2006 et 2009, le secteur a embauché 8 300 personnes.

Part des entreprises, en %, qui veulent augmenter leurs effectifs de 0 à 5 , de 5 à 10% et de plus de 10% en 2011.

Comble du paradoxe, dans un pays où le chômage frôle les 10%, les acteurs du marché ne trouvent pas leur bonheur. Comme l'a souligné Xavier Bertrand, le ministre du Travail, lors d'un colloque sur le sujet qui s'est tenu début mai à l'Assemblée nationale : « J'ai 2,6 millions demandeurs d'emploi et 200 000 offres qui ne trouvent pas preneur. » Et s'adressant aux DRH de Pixmania et Co : « L'objectif pour moi, c'est que vous recrutiez le plus vite possible. » Parole entendue, difficile à traduire en acte. Les profils web intéressent beaucoup de monde. Les métiers du trafic management, qu'il s'agisse de responsable du référencement ou de web analyste, peuvent s'exercer aussi bien chez un pure player, comme Pixmania ou Amazon, que chez un e-commerçant qui aura aussi une activité sur catalogue.

...DES JEUNES,

Les métiers de l'internet représentent un vrai débouché pour les jeunes. Il ne fait pas bon vieillir dans les entreprises du Net, ce qui pose problème pour certaines compétences, comme en informatique.

Répartition des effectifs de l'e-commerce par âge, en %

 

« Des postes aux contours flous »

« Nous connaissons une pénurie sur 20 % de nos emplois, confirme Claude Monnier, DRH de Hi-Media, éditeur de sites internet grand public. Il faut du temps pour recruter et nous avons des postes aux contours flous, des métiers que l'on ne connaît pas bien encore.» Et de conclure : « À nous seuls, nous créons une tension sur un marché fermé. » Ingrid Tisserand, DRH chez Pixmania depuis deux ans, exprime son désarroi : « C'est bien simple, sur certains métiers, comme l'informatique, je ne reçois plus de CV. » « Plus le poste est ciblé et demande de l'expertise, comme ceux de trafic manager ou de développeur web, plus ils sont difficiles à pourvoir », constate Nicolas Rimasson.

La surenchère des talents engendre une surenchère des salaires. Les métiers du web paient bien, environ 20% de plus que les métiers du commerce traditionnel. Un responsable de référencement, poste stratégique, peut prétendre à un salaire annuel de 25 000 E bruts dès son embauche, d'après une étude réalisée par Michael Page sur le sujet. Or, ces postes ne correspondent pas forcément à une formation précise. Ce déficit de formation initiale ne facilite pas le recrutement. Si certains postes peuvent être pourvus par des profils d'école de commerce, d'autres demandent des compétences précises. Le décalage entre le monde éducatif et les besoins d'une profession devrait se résorber en deux-trois ans. L'offre de formation est en train de se structurer. En témoignent la création, cette année, d'un troisième cycle à HEC sur les métiers du web et la naissance de l'École européenne des métiers de l'internet (EEMI) à la rentrée prochaine. Marc Simoncini, PDG-fondateur de Meetic, fait partie des initiateurs des deux projets, aux côtés de ses compères, Jacques-Antoine Grangeon (Ventes privées) et Xavier Niel (Free). « C'est une école sur mesure, pour répondre aux besoins du marché, assure ce dernier. Nos futurs étudiants devront effectuer des stages tutorés tout au long de leurs trois années d'études »

...À DES SALAIRES PLUS ÉLEVÉS

2 300 € net, le salaire moyen dans l'e-commerce, contre 2 000 € net dans le commerce et 2 200 € net, tous secteurs confondus. 16% des salaires à plus de 2 500 €

L'échelle des salaires est large. Dans une situation de pénurie de profils, les enchères montent sur le plan salarial.

Répartition des effectifs selon les rémunérations brutes, en %

 

Des compétences de tous horyzons

Quant à la formation Digital Information for Business dispensée à HEC, et qui a démarré ce printemps, elle a attiré 109 étudiants. Enfin, l'Institut de l'internet et du multimédia voit ses effectifs croître d'une année sur l'autre, avec 1 000 étudiants cette année, contre 700 l'année dernière.

Certaines enseignes prennent les devants. C'est le cas de PPR qui travaille à une « Digital Academy » pour toutes les enseignes du groupe.

En attendant que la formation s'installe, internet offre encore des opportunités... aux non-diplômés. « Dès qu'il y a un nouveau métier, il y a la place pour des autodidactes passionnés », rappelait Pierre Cannet, PDG du cabinet de recrutement Blue Search, spécialisé dans les métiers du Net, lors du colloque du 2 mai. Devant la difficulté à pourvoir les postes, les entreprises ne boudent pas des profils issus du commerce classique. « Nous ne cherchons pas des talents que dans la web économie, mais aussi dans des industries plus traditionnelles, avance Diane Rivière, DRH d'amazon.fr. Ce qui fera la différence, c'est la combinaison des compétences entre une connaissance du commerce et un esprit entrepreneurial très fort. »

...DES DIPLÔMÉS, MAIS PAS SEULEMENT,

Les profils de qualification apparaissent assez variés. Les entreprises du Net soulignent qu'elles embauchent aussi des personnes peu qualifiées. Les formations qui naissent aujourd'hui s'adressent à des titulaires du Bac et se font en trois ans.

Répartition des effectifs de l'e-commerce selon les qualifications en 2010, en %

Redcats adopte ce parti-pris. Cette année, 200 personnes occupant des fonctions classiques seront formées au web. Le véadiste ne raisonne pas seulement au niveau hexagonal. « Le marché de l'emploi web se joue au-delà des frontières de l'Hexagone, estime Nicolas Rimasson. Nous devons aller chercher des candidats dans d'autres pays et essayer de casser les frontières en termes de recrutements. » Ce qui signifie, concrètement, aller chercher les talents là où ils sont, en Grande-Bretagne par exemple ou en Suisse, où Google a une plate-forme. Ou quand les manques stimulent l'imagination.

Marc Simoncini, fondateur de Meetic, dirigera l'école avec Xavier Niel, de Free, et Jacques-Antoine Grangeon, PDG de Ventes privées.
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Article extrait
du magazine N° 2185

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