Pourquoi je suis contre le moratoire sur les centres commerciaux [Edito]

|
oeil

Jean Castex, le premier ministre, a demandé aux préfets d’utiliser toutes les possibilités de recours afin d’interdire les projets de centres commerciaux et un projet de loi pourrait être présenté en ce sens. Le débat n’est pas nouveau. Régulièrement, un moratoire est réclamé par des gouvernements, des élus, des associations ou des lobbys. Et les arguments sont bien souvent les mêmes. Il s’agit toujours de la défense du petit commerce de centre-ville contre celui de périphérie. Et depuis quelque temps, on y ajoute les questions environnementales avec l’artificialisation des sols. Et, quel que soit l’argutie utilisée, je reste contre cette interdiction pure et simple. On peut, et même il faut, débattre sur le trop-plein de m² dans certaines zones. Il est nécessaire d’admettre que des projets sont surdimensionnés, voire parfois pharaoniques. Comme il est urgent de protéger notre environnement et de veiller à ne pas transformer les centres villes en déserts commerciaux. Ces débats économiques, environnementaux, sociaux, sociétaux et urbanistiques sont utiles et même impératifs. Je n’ai aucun mal à dire et reconnaître que des autorisations peuvent être plus rares, plus difficiles à obtenir. Mais pourquoi diable tout interdire en masse et sans discernement et pourquoi faut-il à chaque fois dénigrer le commerce? Pourquoi faut-il toujours penser qu’un problème complexe ne peut se résoudre que par une solution simpliste, dogmatique, voire populiste? Voilà pourquoi je suis contre cette idée que je considère comme saugrenue.

Je suis contre le moratoire car il renforce les places acquises. Sans de nouveaux concurrents, les commerçants en place ne se battent plus sur les prix, rénovent moins leurs magasins, offrent moins de services. N’en déplaise à quelques bougons, la concurrence stimule. Certains l’imaginent dévastatrice moi je la rêve créatrice.

Je suis contre le moratoire car l’époque des très nombreuses ouvertures est révolue. Le gouvernement confond l’impact médiatique d’une telle mesure avec ses réelles conséquences économiques. Nationalement, cela ne se verra guère. Localement, cela sera dommageable.

Je suis contre le moratoire car il laisse à penser que la notion de centre commercial est uniforme. Or, parmi eux, il en existe des grands et des petits. Pourquoi les premiers (plus de 100 000 m² avec plusieurs dizaines de millions de visiteurs par an), qui défrayent la chronique médiatique, doivent-ils entraîner avec eux des petites unités (on parle de centres à partir de 20 boutiques sur une surface minimale de 5 000 m²) dont généralement personne ne parle…

Je suis contre le moratoire car il n’intègre pas les nouvelles offres commerciales et donc ne répond pas aux attentes des Français. Un ajournement de tous les projets signifie bien souvent un gel des rénovations des centres. Des sites qui pâtissent souvent de leur âge… Et si l’offre n’est pas au-rendez-vous des points de vente, l’e-commerce en sera le grand bénéficiaire. Effet boomerang garanti et dévastateur.

Je suis contre le moratoire car il ne comprend pas l’évolution de la population. Il faut en effet 5 à 7 ans pour voir sortir de terre un centre commercial. Or pendant ce laps de temps, des zones de chalandise perdent de la population et d’autres en gagnent.  Alors comment expliquer à ces habitants, qu’ils seront, dans 5 à 7 ans, tassés dans de bâtiments trop vieux ou trop étriqués. Le gel comminatoire est une vue parisienne et centralisatrice méprisant quelque peu la province et le local avec ses attentes et ses besoins. Le pyrénéen Jean Castex et l’ancienne députée de la Somme Barbara Pompili, sont-ils les mieux placés pour dire si les habitants de Pornic en Loire-Atlantique ont besoin ou non d’un nouveau centre commercial à l’Est ou à l’Ouest de l’agglomération? J’en doute…

Je suis contre le moratoire en raison de son impact sur l’emploi. Pour ceux qui construisent ces centres et ces magasins, bien évidemment. Mais aussi pour ceux qui vont y travailler. L’avenir du magasin passe de plus en plus par la démonstration, la dégustation, l’animation et, dans l’alimentaire, par la fabrication sur place. Autant d’emplois en moins. Quel dommage!

Je suis contre le moratoire car il ne tient pas compte de la réalité de l’artificialisation des sols. Le commerce et les services ne sont à l’origine que de 5% de la hausse des espaces artificialisés entre 2006 et 2014. Ils arrivent ainsi en 6e position après l’habitat, les réseaux routiers, l’agriculture et ses bâtiments, la construction et les sports et loisirs. N’est-ce pas étrange que d'imposer uniquement aux centres commerciaux un objectif de «zéro artificialisation des sols» sans mettre une telle contrainte pour les stades de sport, les salles de spectacles, les complexes cinématographiques… Des activités qu'on retrouve de plus en plus souvent dans... les centres commerciaux

Je suis contre le moratoire car il me paraît nécessaire de laisser les entrepreneurs… entreprendre. Ils ne sont pas des agents économiques irrationnels. Ils investissent après de nombreuses études qui démontrent que la rentabilité est possible car leur projet répond à une demande et non à un fantasme.

Oui, - sous réserve d’une réglementation redéfinie et probablement plus stricte économiquement et écologiquement-, je suis contre le moratoire des ouvertures de centres commerciaux. Mais visiblement, j’ai peu de chance d’être entendu puisque aujourd’hui il est beaucoup plus simple d’interdire que d’imaginer et de créer. 

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter