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Pourquoi la Corse lance-t-elle sa première marque collective de vin?

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Epaulées par le Conseil Interprofessionnel des vins de Corse, les quatre principales coopératives corses vont commercialiser au printemps une signature pour un vin IGP rosé de qualité dédié à la grande distribution. Voici pourquoi et comment. Ses atouts et ses faiblesses.

A vin original, bouteille spéciale.
A vin original, bouteille spéciale.© Sylvie Leboulenger

Soutenues par le Conseil Interprofessionnel des vins de Corse (CIVC), les quatre principales coopératives corses - Union des Vignerons de l’Ile de Beauté, groupe Uval, les Vignerons d’Aghione et la Cave coopérative de Saint-Antoine - lancent ensemble une signature pour un vin IGP rosé de qualité : Ile de Rosé. "Lors de notre séminaire de 2014, nous nous sommes mis d’accord pour lancer une marque collective", rappelle Bernard Sonnet, directeur général du CIVC. Le but ? "Valoriser les vins IGP rosés, première production viticole de l’Ile de Beauté puisqu’ils représentent 73% des IGP (soit 177 000 hectolitres en 2015) ou encore 47% de la production totale de vins (IGP et AOP) de l'île. Las. Essentiellement commercialisés en GMS, en Bag-in-Box et/ou sous MDD, ces rosés IGP ne sont pour l’heure pas suffisamment valorisés aux yeux des coopérateurs (environ 110 € l'hectolitre vendu en vrac). La nouvelle bouteille ainsi que son contenu ont été conçus pour remédier à cette situation. Ce vin sera vendu entre 6,3 et 6,95 euros la bouteille, ce qui est cher pour un IGP. Voici comment les vignerons corses ont peaufiné cette marque pour que les consommateurs soient prêts à mettre ce prix dans leur nectar.

1/Une bouteille allégée et embossée

Ce vin dédié à la GMS dispose d’une bouteille originale, de forme bourguignonne allégée avec une "Corse" et le nom de marque embossés au milieu de cette bouteille créée par le spécialiste des solutions d’emballage, Concept Emballage. "La Corse ressemble à un joyau sur la bouteille. Un joyau qui est rappelé sur l’étiquette", détaille Caroline Franchi, responsable marketing et communication du CIVC. Fabriquée en Italie, cette bouteille a été produite dans un premier temps à 250 000 exemplaires. Concept Emballage a également prévu des box, des cartons prédécoupés et une PLV pour mettre en valeur ces vins en magasin. Il n’y aura pas de Bib signé Ile de Rosé pour le moment. Seul hic. Comme le nom de marque est embossé, cette bouteille ne pourra servir à un IGP blanc, par exemple.

2/Un vin de plus en plus « raisonné »

Si la bouteille est originale, il fallait également un vin moins commun que ceux vendus aujourd’hui pour justifier son prix. Le CIVC a donc été mis à contribution. Ses équipes techniques ont recensé près de 50 "actions" durables à mettre en œuvre, à plus ou moins court terme, de la vigne à la mise en bouteille. Citons la réduction du taux de souffre (-40%), des intrants chimiques (-70%), utilisation de levures corses, bouchage avec un bouchon Diam's fabriqué avec du liège corse…. A l’arrivée, ce vin est issu de vignes élevées en viticulture raisonnée. Pourquoi pas en bio ? "En rentabilité, ça ne passait pas, explique Eric Poli, président du CIVR. Notamment parce qu’il faut que tout le domaine soit en bio, ce qui pose problème. Dans cinq ans, nous nous reposerons cette question ».

3/Un assemblage typiquement corse

Le cahier des charges de ce vin a été revu pour l’occasion. Outre les actions durables, ce nectar IGP rosé doit contenir à minima 60% du cépage endémique, le sciacarellu (sciaca signifie "craquant" en corse), les 40% restants pouvant changer selon les millésimes. "C’est un vin facile d’accès", reconnait Eric Poli. Pour la coloration, les viticulteurs ont choisi un rosé pêche, tendre et rafraîchissant.

A noter que le sciacarellu représente localement les 20% d’encépagement, et bientôt 25%. « Ce cépage se replante de plus en plus », confie le président du CIVC.

4/Un GIE pour la commercialisation

Pour éviter les soucis, aucune des quatre caves impliquées dans cette démarche collective ne commercialisera ce rosé. Sa commercialisation sera confiée à un GIE (groupement d’intérêt économique) qui devrait être constitué vers la mi-février. Placé sous l’égide du CIVC, ce GIE devrait être "dirigé" par Thierry Lemoine, actuel directeur export des Vignerons d’Aghione.

5/ Une marque pour un seul circuit

Cette marque collective a été créée spécialement pour la GD continentale. "Si 10% de nos vins IGP rosés étaient vendus sous cette marque, ce serait bien", indique Paul Klein, manager associé d’Abso, cabinet conseil en études et en organisation de filières agroalimentaires, qui a conseillé le CIVC dans cette démarche. Présentée courant janvier, cette signature a "plu aux acheteurs", assure le CIVC qui prévoit une arrivée effective dans les rayons pour le mois de mai. Selon nos informations, les négociations avec Carrefour seraient bien avancées.

6/Un prix valorisé

Nous l’avons dit, le prix de vente d’une bouteille signée Ile de Rosé oscillera entre 6,3 et 6,95 €. Un prix élevé pour un IGP et, en tous cas, bien plus élevé qu’un IGP rosé de Corse vendu en Bib. Nous en avons trouvé à 2,79 euros le litre, en Bib de cinq litres, sur le site CDiscount. "Nous nous sommes comparés à l’IGP Sables de Camargue. Et puis, la Corse a une forte attractivité pour le consommateur", poursuit Eric Poli. Les Français seront-ils prêts à débourser plus de six euros pour ce rosé qui leur rappellera les vacances ? L’avenir le dira. A noter qu'actuellement, le choix des vins corses à petits prix est vaste ainsi que celui des vins AOP, vendus aux alentours des 10/15 € le col. Il n'y avait donc pas d'offre à 6/7 euros. La création de cette signature comble donc un manque.

7/Une communication décalée

A la fois moyen de financer une campagne et moyen de se faire connaitre, le crowdfiunding est à la mode. Alors, ce rosé va bientôt faire l’objet d’une campagne de deux mois sur un site de crowdfunding spécialisé agri/agro. "Celui-ci est en cours de recherche. Nous espérons lever 50 000 € et nous remercierons les crowdfounders par des bouteilles, ce qui fera connaitre la marque à cette communauté très active sur les réseaux sociaux", détaille Paul Klein. Les réseaux sociaux ? C’est précisément le canal privilégié par l’agence Insign, spécialisée dans le lancement de marque. "Nous avons notamment crée le hashtag « ilederosé » que nous activerons particulièrement lors de soirées afterwork autour de la marque", précise Claudine Pagon, créatrice et directrice de cette agence.

 

 

 

 

 

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