Pourquoi le pouvoir d'achat stagne bel et bien depuis dix ans

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Si le pouvoir d'achat au global progresse de 1,3% en 2018 selon l'Insee, cela ne reflète pas le pouvoir d'achat réel ou le revenu disponible réel par unité de consommation. En dix ans, celui-ci a stagné avec une hausse limitée à 0,1% par an. 

Le poids de dépenses pré-engagées pèse davantage dans le budget des ménages.
Le poids de dépenses pré-engagées pèse davantage dans le budget des ménages.

Ce n'est guère une surprise : selon un sondage réalisé par BVA publié le 4 décembre, 81% des Français sont pessimistes sur l'évolution de leur pouvoir d'achat  d'ici 2022. Soit sept points de plus qu'en février dernier. La question du pouvoir d'achat est bien sûr au coeur des débats agités du moment et des revendications des "gilets jaunes". Mais qu'entend-on par pouvoir d'achat? Faut-il se référer au chiffre global de l'Insee qui montre une hausse ces deux dernières années, respectivement de 1,4% en 2017 et 1,3% en 2018? 

Pouvoir d'achat par unité de consommation

En réalité, le pouvoir d'achat réel est celui mesuré par unité de consommation. Dans un foyer, le premier adulte compte pour une unité de consommation, une personne supplémentaire de plus de 14 ans pour 0,5 unité de consommation et chaque enfant de moins de 14 ans pour 0,3 unité de consommation. Pour mieux refléter la situation individuelle moyenne, l'Insee calcule donc un revenu et un pouvoir d'achat par unité de consommation. Et là, les choses sont différentes. 

Stagnation du pouvoir d'achat depuis la crise de 2008

Par unité de consommation donc, le pouvoir d'achat a fortement ralenti depuis la crise de 2008. Sa progression n'est que de 0,1% par an en moyenne entre 2007 et 2017 au lieu de +1,9% par an sur la décennie précédente (entre 1997 et 2017). Pis, si on retranche l'évolution de la démographie (la population s'est accrue en dix ans) et celle de la taille moyenne des ménages qui a baissé (2,2 personnes en moyenne par ménage contre 2,6 il y a vingt ans), le revenu disponible réel par ménage s'inscrit alors en recul (léger) de -0,06 point par an. "La mesure statistique a raison, le ressenti des ménages aussi", en déduit Denis Ferrand, directeur général de l'institut de conjoncture Rexecode. Ce qui fait la hausse du pouvoir d'achat, c'est la hausse de la croissance. Or, il y a un décrochage entre l'évolution du produit intérieur brut et le revenu disponible réel, par ménage et par unité de consommation". Comme le montre la courbe ci-dessous.

 

Hausse des dépenses contraintes

Dans le même temps, les dépenses pré-engagées (logement, factures d'énergie, abonnements internet...) ont augmenté dans ce budget qui ne progresse plus. Et elles pèsent davantage dans le porte-monnaie des revenus modestes que dans celui des ménages plus aisés, comme le montre une étude de la DREES. Elles représentent 38% de la consommation totale des ménages pauvres, 35% de celle des ménages modestes et 22% de celle des ménages aisés. Ce qu'il en reste, une fois ces dépenses payées, c'est le revenu "arbitrable', dont on dispose librement. Et plus il se réduit, plus la hausse de dépenses quotidiennes, comme le carburant pour certains ou les fruits et légumes pour d'autres, apparaît plus difficile à supporter. 

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