Marchés

Pourquoi Leclerc, Système U et Intermarché ferment leurs magasins bretons ce matin

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Tous les magasins bretons de Leclerc, Système U et Intermarché, ont décidé collectivement de fermer leurs portes ce mercredi matin, de 9h à 10h. Une action inédite, qui vise à la fois à témoigner de leur solidarité face aux difficultés de l’industrie agroalimentaire sur leur territoire, et à lancer l’alerte sur les conséquences de la future éco-taxe transport. « Elle pénalisera les Bretons, dans un contexte déjà particulièrement difficile », dénoncent les trois enseignes d’indépendants, au diapason des industriels, éleveurs ou agriculteurs. Rémy Jestin, le président de la Scarmor (Leclerc), et Hervé Le Goff, associé Super U à Brest Kerédern, expliquent à LSA les raisons de la colère bretonne.

Face à la tempête économique qui frappe la Bretagne et dévaste le secteur agroalimentaire local, avec les difficultés conjuguées des éleveurs, des abattoirs Gad, ou des volaillers Doux et Tilly-Sabco, les enseignes indépendantes de la grande distribution marquent leur solidarité au travers d’une action collective inédite.

"Ce mercredi matin, tous les magasins des enseignes indépendantes Leclerc, Système U et Intermarché, fermeront leurs portes de 9h à 10h, et nous déclencherons les alarmes incendies à midi, y compris dans nos entrepôts, explique à LSA Rémy Jestin, le président de la Scarmor, la centrale d’achat bretonne de Leclerc. Nous voulons, à travers cette action, marquer notre soutien et notre solidarité au mouvement régional de toute l’industrie agroalimentaire."

"Désastre économique"

Les distributeurs indépendants répondent de cette manière à l’appel de Jakez Bernard, président de Produits en Bretagne (PeB), qui a proposé à l’ensemble des acteurs du territoire de donner l’alerte à l’opinion et aux pouvoirs publics sur la situation économique de Bretagne, en déclenchant les alarmes ce midi. « Si rien n’est fait de façon urgente, la Bretagne connaîtra un désastre économique et humain sans précédent », a alerté le président de PeB, dans un communiqué.

Outre le soutien à des filières agroalimentaires dont certains comparent la gravité de la situation à celle de la sidérurgie dans les années 1980, les acteurs vont aussi rappeler leur opposition à la future écotaxe transport, qui frappera les 800 000 camions français et étrangers de plus de 3,5 tonnes transportant des marchandises et circulant sur le réseau national non payant. L’Etat table sur des recettes de 1,2 Mrd€ en année pleine. Repoussée une première fois, l'écotaxe doit entrer en vigueur le 1er janvier 2014. Eleveurs, agriculteurs, transporteurs, industriels, distributeurs… sont  vent debout, à l’unisson, contre cette taxe.

"La Bretagne s’éloignera encore de l’Europe"

"Cette écotaxe, même à taux réduit en Bretagne, va encore aggraver la situation économique, prévient Hervé le Goff, associé Système U au supermarché de Brest-Kerédern. Les transporteurs ne sont pas en mesure de supporter cette taxe, et nous ne pouvons de notre côté la répercuter, même en partie, aux consommateurs bretons, encore plus dans un contexte économique difficile ! La Bretagne est un territoire excentré, le transport routier reviendra encore plus cher et, l’autre risque, c’est de décourager des entreprises de venir s’installer sur notre territoire."

"Avant d’être distributeurs, nous sommes Bretons et solidaires de notre territoire, Leclerc, comme Intermarché et Système U, est né dans l’Ouest, insiste Rémy Jestin. Notre action collective entre indépendants de ce mercredi matin, qui est une première, doit alerter sur le fait que la Bretagne s’éloigne de plus en plus du centre de l’Europe. Si les entreprises régionales sont taxées une fois de plus, nous ne pourrons même plus vendre nos produits locaux en couronne parisienne. Cela coûtera moins cher de les importer d’Allemagne ou même du Brésil, puisqu’ils n’auront à supporter la taxe qu’une fois. Et nous n’avons pas d’autres solutions, pour aller de Nantes à Paris, que d’emprunter la route!"

Il cite un exemple emblématique, mis en avant par les agriculteurs de la FDSEA: "Avant d'être vendu, le poulet breton est un poussin que l'on transporte au poulailler. Puis il est conduit à l'abattoir, avant de rejoindre un distributeur puis un point de vente. Il y aura autant de taxes versées que de déplacements !"

Une action historique

"Nous sentons depuis longtemps que le tissu économique est en grande difficulté, reprend Hervé le Goff (Système U). Si l’écotaxe est maintenue, cela deviendra catastrophique. D’autant qu’une bonne partie de la taxe n’ira pas dans les caisses de l’Etat, mais servira à financer le coût du service et l’installation des portiques de détection poids lourds sur les routes !"

Une situation d’urgence qui motive l’action collective historique des enseignes d’indépendants. Les chaînes intégrées, de leur côté, n’ont pas eu le feu vert de leurs directions pour fermer elles aussi leur magasin.

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