Marchés

Pourquoi les bonbons ont le teint pâle

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La nouvelle réglementation européenne sur les colorants azoïques a un impact fort sur le marché de la confiserie. Contraints d'abandonner les couleurs vives, les fabricants sont passés au pastel.

Un voile terne semble s'être posé sur la confiserie. Fini les crocodiles Haribo d'un vert lumineux, ou les Smarties aux couleurs flashy. Désormais, les tons pastel, obtenus à partir de colorants naturels, sont de mise. Prévue de longue date (juillet 2008), la réglementation européenne relative aux colorants azoïques a eu un impact inimaginable sur l'offre, depuis sa mise en oeuvre en juillet dernier.

En effet, alors que le choix était laissé aux fabricants de supprimer ces additifs ou, à défaut, d'apposer une alerte sur leur packaging, beaucoup ont opté pour une gestion radicale de l'affaire. « Compte tenu de l'attente de " naturalité " du marché, nous avons choisi d'anticiper la législation et avons arrêté d'utiliser des colorants azoïques dès la fin de l'année 2009 », précise Jean-Philippe André, président de Haribo France. La marque préférée des enfants a même poussé plus loin en s'imposant de ne plus utiliser que des colorants d'origine naturelle. Ce à quoi elle est presque parvenue aujourd'hui, exception faite du « bleu Schtroumpf », particulièrement difficile à obtenir naturellement. 

 

Blocage intellectuel des distributeurs et des clients

Et pour ceux qui se sentaient prêts à assumer une telle mention sur leur pack, surtout pour des produits de consommation adulte, ce sont les distributeurs qui ont refusé. C'est notamment le cas de la Confiserie du Roy René, pour le lancement de Calicocktail, des calissons salés pour l'apéritif. Prévus rouge tomate, vert olive et orange poivron, ils ont baissé d'un ton - de plusieurs même. « Il y a un blocage intellectuel en France sur ce sujet. Confrontés à la pression des distributeurs et des clients, nous avons trouvé de nouveaux colorants », explique Maurice farine, PDG de l'entreprise aixoise.

 

Plus fades et moins appétants

Techniquement, le changement reste évidemment complexe, surtout pour les couleurs les plus vives : rouge, jaune et orange sont particulièrement difficiles à obtenir sans les colorants azoïques. « Nous avons dû sacrifier nos plus belles couleurs. Certaines ont perdu en luminosité, d'autres ont été supprimées. Les produits retravaillés sont plus fades, moins appétants », regrette Michel Poirrier, PDG de Sucralliance, gros fabricant de bonbons MDD et producteur de Festi, la marque de dragées leader en grandes surfaces. Il est d'ailleurs l'un des rares à conserver quelques références (trois sur les vingt de la gamme) contenant des colorants azoïques : rouge, violet et vert. « Pour 80% des couleurs, nous avons trouvé des solutions, pas pour toutes », indique-t-il.

Comme Haribo, Nestlé a fait le choix du terne. Ses Smarties sont ainsi passés de couleurs pop à des tons pastel, mais la marque assume ce choix et le revendique. À l'avant de ses packs, un nouveau macaron, haut en couleurs, lui, affiche : « sans colorant artificiel ».

Les nouvelle règles du jeu

Depuis le 20 juillet 2010, date de l'application du règlement européen (CE) n° 1333/2008 sur les additifs alimentaires, les fabricants doivent obligatoirement appliquer une mention spécifique sur les aliments contenant des colorants azoïques (E110, E104, E122...). Une phrase particulièrement pénalisante puisqu'elle touche aux plus jeunes : « Peut avoir des effets indésirables sur l'activité et l'attention chez les enfants. » Si, pour l'instant, les fabricants ont le choix entre l'abstinence et cette phrase douloureuse, une réflexion est déjà engagée pour durcir cette réglementation et interdire purement et simplement les colorants azoïques.

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