Services & Livraison

Pourquoi les distributeurs s'allient aux plates-formes de livraison

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Pendant le confinement, Casino et Carrefour se sont associés avec Deliveroo et Uber Eats, spécialistes de la livraison de restauration à domicile, pour livrer les courses alimentaires. Un rapprochement pour répondre à la demande et aussi pour créer un nouveau canal de vente.

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franprix_deliveroo.jpeg© © Deliveroo

Une armée de livreurs à vélo ou en scooter patientent les yeux rivés sur leur smartphone avec, à leurs pieds, d’énormes sacs à dos glacières. La scène ne se déroule pas en Chine devant un Hippo Fresh – les supermarchés de produits frais d’Alibaba – mais à Boulogne-Billancourt (92), entre un Franprix et un Big Fernand, près d’un Carrefour Market. Les livreurs sont des coursiers indépendants affiliés à Uber Eats, Deliveroo ou Glovo. Leur mission : récupérer et livrer le plus vite possible une commande qu’un client aura passée sur l’une de ces plates-formes.

De fait, si la restauration reste le cœur de l’offre de ces plates-formes, les produits d’épicerie ont gagné en importance. La crise sanitaire a accéléré le mouvement, mais les velléités de développer l’offre autour des PGC étaient déjà présentes depuis plusieurs mois. « Notre ambition est de proposer au plus grand nombre une livraison de repas et de produits du quotidien tout en apportant plus de revenus aux commerçants, confirme Bastien Pahus, directeur général d’Uber Eats France. La pandémie n’a fait que renforcer ces projets. Nous disposons d’une technologie développée pour la logistique urbaine. Après le transport de personnes, nous ciblons celui de marchandises. » Même idée chez Deliveroo : « L’offre épicerie est un pilier important pour nous dans la mesure où elle s’inscrit dans notre stratégie de diversification pour étoffer l’offre de repas proposée à nos clients », assure Kevin Mauffrey, directeur commercial pour la France.

Des coûts limités

Côté distribution, les ambitions pour ce nouveau canal de vente sont tout aussi fortes. E. Leclerc a commencé depuis un mois la livraison sur Deliveroo avec une dizaine de magasins. Carrefour a annoncé le 1er avril un accord avec Uber Eats, signant une exclusivité pour les livraisons en dehors de l’Île-de-France. Plus de 278 magasins sont déjà reliés à la plate-forme et le distributeur vise 500 points de vente d’ici à la fin octobre. Et fin 2019, le distributeur avait annoncé un partenariat avec l’espagnol Glovo pour livrer Paris et ses alentours en trente minutes. Le groupe Casino a formalisé, lui, en avril, un accord avec Deliveroo, après avoir testé le service avec Franprix. L’enjeu consiste à fournir à toutes les enseignes du groupe une livraison express sur l’ensemble de l’Hexagone.

Pendant le confinement, ces partenariats ont permis aux distributeurs de répondre à l’explosion de la demande de livraison à domicile, sans investir outre mesure. Il y a des coûts informatiques pour connecter les magasins à la plate-forme, mais la rémunération repose sur un principe de commissions, qui varie de 15 à 25 %. Chez Monop’, Olivier Rego, directeur de l’enseigne, confirme : « Le partenariat avec Deliveroo nous donne accès à un service national sans avoir à investir dans notre infrastructure ou des achats de trafic. Avec 102 magasins, nous n’avons pas la taille critique pour le faire en direct, d’autant que les clients limitent les téléchargements d’applications sur leur smartphone. »

Amélie Oudéa-Castéra, directrice exécutive transformation digitale, e-commerce et data de Carrefour, constate aussi ce boom de la livraison à domicile : « Avec le confinement et la crise sanitaire, les volumes de commandes de Glovo ont été multipliés par deux en France. En Italie, on est sur du x8 et du x4 en Argentine. » En revanche, selon elle, l’objectif du partenariat dépasse la question logistique, car ces plates-formes représentent un nouveau canal de vente pour une nouvelle clientèle. « L’appli Uber Eats, ce sont 9 millions de téléchargements. Nous touchons par ce canal un nouveau bassin d’audience, plus jeune, qui démontre une forte appétence pour les offres de prêt-à-manger. »

Néanmoins, certains experts du retail pointent le risque de désintermédiation de ce canal de vente pour les distributeurs. Un non-sujet pour les enseignes. Certes, elles n’ont pas accès aux informations clients, mais elles comptent se démarquer via l’offre. « Le tout est de la ”boutiquer” », explique Olivier Rego. Les clients choisissent Monop’, car ils y trouvent des solutions déjeuner ou pour l’apéritif. La recherche se fait par enseigne et non par produits : c’est bien nous qu’ils choisissent. »

Une rentabilité à éprouver

Chez Carrefour aussi, un soin particulier est apporté à l’offre. Ainsi, 1 500 références sont accessibles via Glovo et 250 chez Uber Eats, composées de produits du quotidien et des spécificités propres à chaque magasin. « Nous travaillons avec Uber Eats sur les indicateurs de vente et suivons la satisfaction client pour définir le bon assortiment », précise Amélie Oudéa-Castéra. Et aussi le bon prix. Les distributeurs ne fixent pas librement leurs tarifs. Chez Monop’, les produits sont vendus plus cher qu’en magasin, « car il faut amortir les coûts de livraison express qui ne sont pas neutres », justifie Olivier Rego.

On retombe donc sur les problématiques de logistique du dernier kilomètre qui plombent l’e-commerce alimentaire. Sur ces plates-formes, le client est habitué à participer aux frais de livraison, même si cela ne couvre pas tout, alors que cette facturation passe moins bien sur les sites des enseignes. Verdict dans quelques mois pour éprouver la rentabilité de ce modèle et confirmer l’attrait des clients pour ce nouveau canal de vente. ???Clotilde Chenevoy

Les enjeux : 

  • Cibler de nouveaux clients pour les distributeurs avec une offre de livraison de courses alimentaires propreà ce canal et positionnéesur le prêt-à-manger.
  • ? Fournir un service express en trente minutes, dont une partie est payée par le client.
  • ? Diversifier l’offre pour les plates-formes en sortantde la seule restauration.

 

LES CHIFFRES

0,5 %

La part de la livraison à domicile e-commerce dans le CA des PGC, à + 48,5 %

Source : Nielsen, CAM à juin 2020

3,3 Mrds €

Le CA estimé de la livraison de repasà domicile en 2018.Il doit doubler d’ici à 2022

47 %

des Français se sont déjà fait livrer un repas

16 €

de ticket moyen en livraison le midi et 17 € le soir

Source : cabinet Food Vision

 

Les alliances: 

Casino veut aller vite avec Deliveroo

Se faire livrer ses courses en trente minutes, c’est la promesse que veut tenir le groupe Casino en signant un partenariat avec la plate-forme de livraison Deliveroo. Franprix et Monop’ sont déjà utilisateurs du service, et des tests ont débuté en mai pour Monoprix, Géant, Casino Supermarchés et Casino Proximités. L’objectif consiste à connecter 1 500 magasins d’ici à 2021 au niveau national.

Carrefour voit grand avec Glovo et Uber

Carrefour a signé en octobre 2019 un accord avec Glovo, acteur espagnol de livraison à domicile pour la France, l’Espagne, l’Italie et l’Argentine. En France, il livre Paris.Et début avril, le distributeur s’est rapproché d’Uber Eats, signant une exclusivité pour la fourniture de produits de grande consommation en dehors de l’Île-de-France. Viaces deux plates-formes, Carrefour propose des produits du quotidien livrés en mode express à une nouvelle clientèle.

 

 

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