« Pourquoi nous fermons Vente-privée en Amérique » : interview exclusive de Jacques-Antoine Granjon

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Vente-privée vient d’annoncer qu’il abandonne son aventure américaine. Aux États-Unis, le site d’e-commerce créé par Jacques-Antoine Granjon n’aura jamais réussi à percer ni à trouver l’équilibre financier. Interview.

10 millions de dollars de pertes par an, le "JAG" a choisi d'arrêter les frais
10 millions de dollars de pertes par an, le "JAG" a choisi d'arrêter les frais

LSA - Pourquoi arrêter Vente-Privée aux états-Unis après seulement trois ans là-bas ?
Jacques-Antoine Granjon - D’abord, je tiens
à dire qu’on n’a pas à rougir de ce que l’on a fait
là-bas. Nous sommes partis de rien et nous avons au final recruté 1,2 million de membres, organisé
600 ventes et réalisé 50 millions de dollars de chiffre d’affaires. Mais ce n’était malheureusement pas suffisant et cela fait un an qu’on se pose la question de se retirer. Fin 2013, nous avons décidé de nous donner un an de plus : nous avons placé des équipes françaises, réduit les coûts… Mais, au final, le site
n’a jamais été rentable aux États-Unis.

LSA - Combien perdez-vous par an ?
J.-A. G. - La société, malgré un chiffre d’affaires de 50 millions de dollars, perd à peu près 10 millions de dollars chaque année. Et nous avons fini par comprendre qu’on ne résorberait jamais ces pertes. Cela est dû à la structure du marché américain. Là-bas, les marques travaillent principalement avec des grossistes. Donc nous devons passer par eux pour nous fournir, ce qui fait moins de marge pour nous. Par ailleurs, aux États-Unis, les sites font des promos permanentes et les outlets sont partout. Nous avons donc décidé d’arrêter d’investir notre argent à perte.

LSA - Mais vous connaissiez la difficulté du marché américain avant de vous y lancer…

J.-A. G. - Oui, et j’ai toujours pensé et dit que ce serait difficile. Nous pensions pouvoir réussir
en mettant l’accent sur les marques européennes. Mais, comme je vous l’ai dit, il fallait passer
par des grossistes. Nous n’avons peut-être pas assez pris en compte les spécificités locales,
je vous le concède. Il n’y avait par ailleurs pas assez d’appétence des Américains pour notre site.
Si vente-privee.com rencontrait son public dans les villes, les consommateurs de l’Amérique profonde n’avaient rien à faire de ce site français et de ses marques. Et puis là-bas, les consommateurs renvoient beaucoup leurs produits, bien plus qu’en France. Ce qui est très coûteux pour nous.

LSA - American Express était-il le bon partenaire, selon vous ?

J.-A. G. - Oui, on ne regrette pas de s’être associés à eux. « Am Ex » c’est 42 millions de porteurs
de carte aux États-Unis et nous pensions que cela suffirait pour avoir des membres. Or, ce n’est pas parce que vous avez une « Am Ex » que vous vous inscrivez automatiquement sur vente-privée…
Nous avons eu au final 1,2 million de membres, il nous en aurait fallu 3 ou 4 millions pour être rentables… Mais nous n’avons jamais voulu dépenser de l’argent pour « acheter » des membres.
Ce n’est pas notre business model. Nous allons maintenant nous concentrer sur la France et les sept autres pays d’Europe dans lesquels nous sommes présents. Nous tournons la page américaine
avec regret, mais nous continuerons à y penser pour d’autres développements futurs.

1 commentaire

Flo007

29/10/2014 12h31 - Flo007

Bravo JAG d'avoir tenté. Il s'est payé une expérience du marché américain qui lui servira pour une prochaine approche :-) un serial entrepreneur n'abandonne jamais

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