Pourquoi Philippe Mangin fustige le gouvernement et la grande distribution

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Les coopératives agricoles et agroalimentaires ont réalisé 87 fusions et acquisitions en 2013, pour un chiffre d’affaires de 84,7 milliards d’euros. Mais avec des dépôts de bilan, comme Gad, et une fragilisation du secteur de l’abattage que Philippe Mangin appelle à se restructurer.

Philippe Mangin, président de Coop de France critique Benoît Hamon et Michel-Edouard Leclerc à l'occasion de la présentation des chiffres de la coopération agricole.
Philippe Mangin, président de Coop de France critique Benoît Hamon et Michel-Edouard Leclerc à l'occasion de la présentation des chiffres de la coopération agricole.

Philippe Mangin, président de Coop de France, a présenté les chiffres de la coopération agricole lors d’une conférence de presse. La consolidation qu’il appelle de ses vœux pour résister à la crise, reconquérir la consommation intérieure et attaquer l’export, a lieu à marche forcée. Il devrait être ravi. Ce n’est pas le cas: il n’a toujours pas obtenu le CICE pour les coopératives que le président de la République et le gouvernement lui avait promis ; il critique la loi Hamon insuffisante pour résoudre pas les relations difficiles entre fournisseurs et distributeurs ; et fustige Michel Edouard Leclerc qui, sur son blog, " promet encore des baisses de prix sur l’alimentation alors que le rapport Chalmin indique que l’industrie est arrivée au niveau de l’insupportable"…

Bras de fer avec les ministres

Mais c’est d’abord l’affaire du CICE qui le fait bondir. Les ministres lui ont promis moult fois cette niche fiscale qui profite déjà à la distribution et l’industrie privée. Sans résultat, Bruxelles s’y opposerait au motif que les coopératives ne paient pas d’impôt sur les sociétés, sur lequel le CICE est accroché par la loi, même si s’agit de baisser les charges sociales pour les salaires jusqu’à 2,5 smic. Le prochain congrès des coopératives à lieu dans huit jours. Trois ministres seront présents: Guillaume Garot, Benoît Hamon et le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. Philippe Mangin prévient. "Si Stéphane Le Foll n’a pas de solution à cette situation ahurissante d’ici huit jours, ce n’est pas la peine qu’il vienne, je lui ai dit !". Le ministre serait déréférencé du Congrès, en quelque sorte, pour manque de compétitivité dans l’obtention de l’aide.

Le manque à gagner pour les coopératives est de 116 millions d’euros. Le plus étonnant, dans cette affaire, est que les filiales des coopératives, assujetties à l’IS, y ont droit ! Le président de Coop de France détaille une situation kafkaienne. La coopérative qu’il préside emploie 617 salariés dont 368 dans la coop, et le reste dans les filiales. "Au final,  le manque à gagner est de 504.000 euros, sur les 800.000 auquel on aurait pu prétendre. Comment puis-je dire à la Cooperl, qui emploie 3000 personnes, qu’elle n’aura pas droit au 7 millions auquel elle peut prétendre, alors qu’elle fait face à une industrie allemande puissante qui peut employer des travailleurs détachés à 4€ de l’heure!"

Des négociations commerciales "violentes"

Benoît Hamon a eu lieu à un traitement à peine plus doux. "Le fait de mentionner obligatoirement la date d’application des nouveaux tarifs résultant des négociations est une bonne chose, mais nous n’avons pas obtenu que pour chaque réduction, soit mentionnée la contrepartie correspondante. Il y aura donc des problèmes d’interprétation de la loi. Or, les négociations sont d’une extrême violence". Les 13 milliards de fiscalité qui vont peser sur le pouvoir d’achat des ménages et la publicité de Leclerc dans les grands quotidiens refusant les hausses de prix ? "Le discours de Michel Edouard Leclerc est d’une démagogie et d’un populisme inacceptable. Il continue à faire des promesses de baisse alors que l’industrie doit prendre en charge alors qu’elle est devenue le maillon faible. On ne peut pas baisser encore les prix. On fait les frais du combat entre Leclerc et Carrefour, c’est un marchandage insupportable".

Même avec des marges faibles et le dépôt de bilan de Gad, la coopération agricole a continué de se consolider en 2013. 87 opérations de fusions et acquisitions ont été réalisées, portant le chiffre d’affaires à 84,3 milliards d’euros, en hausse de 1%. Quelque 600 millions d’euros de volume d’affaires ont été acquis, tel que les rachats de Pom’alliance par Cap Seine, Lucien Albrecht par Eguisheim, Bakhavor par Agrial, qui absorbe également Senoble et les activités laitières d’Eurial…sans oublier l’acquisition des filiale saumon de Norway Foods par Delpeyrat (Maisadour). En revanche, 300 millions d’euros ont été cédés, notamment l’activité surgelés de la Cecab, ou encore les cessions de Terra Lacta à Bongrain, sans oublier la fermeture d'une usine de Gad. Philippe Mangin appelle d'ailleurs le secteur de l'abattage à se regrouper "pour saturer les outils". Preuve que la restructuration est lancée, 6 coopératives françaises figurent désormais dans le Top 20 des groupes coopératifs européens, et trois réalisent plus de 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

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