PPR sort de la distribution à marche forcée

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La Fnac et Redcats sortiront plus vite que prévu du périmètre de PPR. Un choix pragmatique qui soulève de nombreuses questions, surtout pour la Fnac.

PPR
PPR© DR

François-Henri Pinault est un homme patient, mais il connaît ses limites. Près de quatre ans après avoir annoncé la mise en vente de la Fnac et de Redcats, le patron du groupe PPR a sifflé la fin de la récréation le 9 octobre. Puisque la Fnac ne trouve pas de repreneur, elle sera cotée à compter de mi-2013. Quant à Redcats, la vente des activités rentables, comme Redcats USA, Cyrillus et Vert Baudet, est en route, octroyant un sursis à la Redoute et Daxon, en pertes.

Une surprise ? Pour Redcats, pas vraiment. Les difficultés récurrentes de La Redoute et de Daxon sont connues depuis le début. Victimes de la révolution internet, les ventes en France de La Redoute ont encore reculé de 3% l'an dernier, selon le cabinet PwC. Alors que la conjoncture ne cesse de se dégrader, la tentation de vendre les activités rentables est devenue trop grande...

François-Henri Pinault accélère le recentrage de PPR sur le luxe

  • Fatigué de voir son action décotée à cause des mauvais résultats de Redcats et de la Fnac, « FHP » s'est décidé à vendre le premier par morceaux, et, plus surprenant, à confier l'avenir du second à la cote. Pour PPR, le risque est faible. Le recentrage autour du luxe et du lifestyle (Gucci, Puma...) devrait augmenter le cours de l'action, peut-être même au point de compenser la perte de la Fnac, dont la valeur est estimée entre 500 millions et 1 milliard d'euros.

L'option originale de la scission

Même les syndicats se montrent fatalistes. « À un moment donné, cela fait tellement longtemps qu'on attend qu'il faut bien que ça tombe..., admet Jean-Claude Blanquart, délégué central de la CFDT à La Redoute. Il nous faut une réponse sur la perspective d'une vente complète ou par appartement. »

Le cas de la Fnac est plus délicat. Des rumeurs de cotation en Bourse couraient depuis plusieurs mois, mais le choix d'une scission reste une option originale. Aujourd'hui, PPR signifie qu'il veut tourner la page de la distribution une bonne fois pour toutes. « Je pense que c'est aussi bien un aveu d'échec qu'un signe offensif de la part de Pinault », analyse un ancien cadre dirigeant de PPR. Depuis que la Fnac est en vente, François-Henri Pinault a en effet toujours privilégié le scénario d'une vente à un prix élevé, et de préférence à un acteur industriel. Selon nos informations, une offre du fonds Wendel avait été déclinée en 2008, jugée trop faible. PPR doit s'en mordre les doigts... Là où Conforama a été repris par un acteur mondial du meuble, le sud-africain Steinhoff, la Fnac ne peut pas compter sur cette option. Sa taille et son profil, à cheval sur les marchés de l'édition et des produits techniques, en font un Ovni sur le marché international de la distribution. Entre-temps, la valeur de la Fnac a baissé, certains disent de moitié, pour un prix évalué entre 500 millions et 1 milliard d'euros.

Alexandre Bompard bientôt seul aux commandes de la Fnac

  • Que vaudra la Fnac en Bourse ? Difficile à dire. La scission de PPR, qui doit intervenir courant 2013, arrivera un peu tôt pour mettre en avant les résultats du plan « Fnac 2015 », mené par son PDG. Mais si les incertitudes qui pèsent sur les marchés de la Fnac ne plaisent pas aux investisseurs, l'agitateur gagnera en autonomie de décision et d'action pour se redresser.

Un timing surprenant

Pour une introduction en Bourse, le timing est également surprenant. « La Fnac est un dossier compliqué, estime Delphine Mathez, senior partner chez Roland Berger. C'est un cas unique de voir un distributeur confronté à la disparition successive de trois de ses principaux marchés. » Après la musique et la vidéo, les jeux vidéo et la librairie sont aussi sous la pression de la dématérialisation. En attendant, il est trop tôt pour tirer des conclusions des effets du plan d'Alexandre Bompard, PDG de la Fnac.

« Les nouveaux concepts démarrent, nous n'avons pas encore de retour », confirme Hervé Gomis, délégué syndical central CFDT à la Fnac. La modernisation des magasins commence tout juste, les nouveaux univers jouets et électrodomestique ne sont présents que sur la moitié du réseau, et les premières franchises n'ont pas encore vu le jour...

Si l'on rajoute la concurrence féroce d'Amazon et de Cdiscount, certains analystes n'hésitent pas à brandir la menace d'une débâcle boursière. « Ce qui fait rêver la Bourse aujourd'hui, c'est une entreprise qui annonce ses objectifs et qui s'y tient, explique l'un d'eux. Les marchés achètent de la visibilité, de la tranquillité d'esprit. Quelle peut être l'histoire boursière de la Fnac ? Je n'en sais rien. »

Jean-Michel Noir va se concentrer sur le redressement de La Redoute

  • Redcats sera bien vendue par appartement. Plombée par les pertes de La Redoute et de Daxon, la filiale de VAD ne trouve pas repreneur. En attendant, Redcats USA, ainsi que les spécialistes Cyrillus et Vertbaudet, quitteront le groupe rapidement. Ces deux derniers intéresseraient le Groupe Zannier.

Une bonne opération boursière ?

Pourtant, ce serait mal connaître François-Henri Pinault de croire qu'il ne sait pas ce qu'il fait. D'un point de vue strictement boursier, l'action PPR baissera peu si la Fnac sort de son périmètre, pas plus de quelques euros compte tenu de sa faible valorisation. « Comme la distribution a mauvaise presse en Bourse, le calcul de la valeur d'une action PPR sera plus favorable quand elle sortira du groupe », poursuit notre analyste. Mécaniquement, l'action PPR pourrait ainsi compenser la perte de la Fnac.

Ensuite, le patron de PPR restera actionnaire à plus de 40% de l'enseigne. Et d'après une étude de la banque Morgan Stanley, l'essentiel des scissions de ces dernières années se sont traduites par des surperformances de ces sociétés.

Le cas de Dia, dont le chiffre d'affaires est assez proche de celui de Fnac, séparé de Carrefour en juillet 2011, est emblématique. En quelques mois, le numéro trois mondial du hard-discount a retrouvé des couleurs, et, surtout, des moyens pour se développer. Il vient de signer notamment le rachat des près de 1 200 boutiques Schlecker et de leurs quatre entrepôts en Espagne et au Portugal. « Cette belle acquisition n'aurait certainement pas pu se faire du temps de Carrefour », explique un analyste. La Fnac sait ce qui lui reste à faire.

LES CHIFFRES

PPR

  • 12,1 Mrds € Le chiffre d'affaires en 2011
  • 1 Mrd € Le résultat net part groupe en 2011
  • + 11,1% La hausse des ventes en 2011
  • 40% La part des ventes réalisées par le pôle luxe

Source : PPR

Fnac
  • 4,165 Mrds € Le chiffre d'affaires en 2011
  • 100 M€ Le résultat opérationnel courant
  • - 3,2% Le recul des ventes en France en 2011
  • 154 Le nombre de magasins
  • 14 082 Le nombre d'employés à fin 2011

Sources : PPR, PwC

Redcats
  • 3 Mrds € Le chiffre d'affaires en 2011
  • 11 608 Le nombre d'employés
  • 54% La part de ventes hors de France

Sources : Redcats, Hors Avenue et Somewhere

LES FAITS

  • Un conseil d'administration devait se tenir le 9 octobre chez PPR pour valider un projet de scission, accompagné d'une cotation en Bourse, de la Fnac.
  • La vente par appartement de Redcats est à nouveau d'actualité. Redcats USA, Cyrillus et Vert Baudet auraient déjà trouvé preneur.

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Article extrait
du magazine N° 2245

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