« Prendre en compte les peurs qu'engendre la RFID »

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Le destin de la Radio Frequency Identity (RFID), dite étiquette intelligente, serait de remplacer le code-barre, et, ainsi, de révolutionner le monde de la distribution. Kevin Ashton a conscience qu'il faut, auparavant, rassurer les consommateurs et les citoyens.

LSA Alors que les tests sur la RFID se multiplient et que des acteurs comme Gillette affichent leur désir d'essayer le potentiel de la technologie au niveau des produits, il semble que les associations de consommateurs se mobilisent contre elle. Leur peur principale : être espionné. Pensez-vous que c'est légitime ?

Kevin Ashton - Au fond, peu importe. Ces peurs existent. C'est une réalité qu'il faut prendre en compte. En prenant la juste mesure des choses. Aujourd'hui, une enquête menée aux États-Unis, au Japon comme en France, en Allemagne et au Royaume-Uni montre que les consommateurs sont plus préoccupés par des sujets comme la santé, l'argent, ou la sécurité que par la RFID. Cependant, interrogée sur la question, une large majorité déclare préférer voir les questions de respect de la vie privée résolues, avant de voir arriver la puce sur les produits. Nous sommes très en amont d'une situation de crise. En aucune façon, la RFID ne se verra appliquée sur les produits avant cinq ans, ne serait-ce que pour des questions de coûts. Aujourd'hui, le prix d'une puce RFID, selon les volumes commandés, oscille entre 0,5 et 1 $. Avant qu'il s'établisse autour de 10 cents, nous avons le temps de trouver les réponses adéquates aux préoccupations des consommateurs.

LSA Une réponse technologique ?

K. A. - Tout dépend comment vous l'entendez ! S'il s'agit d'expliquer que la portée de la puce ne dépasse pas les 2,5 m, et que par conséquent l'espionnage est difficile, non. Nous n'entrerons pas dans ce débat. Et nous encouragerons nos membres, distributeurs, industriels ou fournisseurs de technologie, à faire de même. Il est impossible de garantir que ce qui est vrai à un instant T le sera toujours demain. Il faut répondre par des actions concrètes. Comme garantir un droit à l'information. Le consommateur doit voir indiqué sur le produit qu'il contient une puce RFID. Ensuite, il doit avoir le choix. Celui de pouvoir désactiver la puce. La « tuer », pour qu'elle ne puisse plus émettre de signaux à la sortie du magasin. Dans ce cadre-là, la réponse est technologique, et des développements sont en cours pour détruire la puce. Enfin, il faut donner aux consommateurs un contrôle sur les informations collectées. Montrer que la puce n'est pas là pour stocker des renseignements sur les personnes, mais sur le produit. Et si une association doit être faite entre les deux, alors il faut établir un code de bonne conduite quant à l'usage des informations. D'ores et déjà, des règles, des lois très précises ont été élaborées pour le respect des libertés individuelles. Au-delà même d'une question morale, c'est un impératif pour la bonne marche du commerce que de s'engager sur ce principe.

LSA Est-ce sur ces trois points que vous allez communiquer auprès du grand public ?

K. A. - Nous allons d'abord convaincre - ce qui ne devrait pas être difficile - nos membres de s'engager dans cette démarche, pour rassurer le consommateur. Ensuite, il faudra lui montrer les avantages et les bénéfices de la technologie.

LSA Quels sont-ils ?

K. A. - Ils sont nombreux. À titre d'exemple, aux États-Unis, 93 000 personnes meurent chaque année faute d'avoir pris le bon médicament, ou bien parce qu'ils ont acheté une contrefaçon sans même que le distributeur soit au courant. La RFID peut éviter ces incidents. Lorsqu'une défaillance technique est décelée sur un produit, ne serait-il pas souhaitable pour les consommateurs d'être avertis par les magasins ? Peut-être pas pour une bouteille d'eau, mais pour un siège bébé... ! Ou encore, ne serait-il pas agréable d'imaginer faire ses courses sans avoir à attendre aux caisses pour régler ses achats ? Là encore, la RFID peut aider...

LSA Justement, ne pensez-vous pas que la perspective de magasins sans caissières fasse peur dans les pays où le chômage augmente ?

K. A. - La problématique sociale devra aussi être anticipée. Surtout en France, où les syndicats sont puissants. Pourtant, je suis persuadé que le magasin sans caissières arrivera. Sur le long terme, les avantages sont trop nombreux, tant pour les enseignes que pour les consommateurs. Je ne pense pas que ces derniers accepteront un surcoût pour avoir des caissières dans le rôle où nous les connaissons aujourd'hui. Mais il est évident que la phase de transition sera délicate. Il faudra prévoir les programmes de formations, les reconversions. À terme, les caissières elles-mêmes en bénéficieront, puisqu'elles pourront aller vers un métier à plus haute valeur ajoutée, moins répétitif.

Cependant, il est clair que ce sujet ne sera pas éludé au sein de l'Auto-ID Center, même s'il ne fait pas partie de nos priorités d'aujourd'hui. Tout simplement parce que l'échéance est lointaine. Je ne pense pas qu'il y ait de l'hypocrisie de la part des distributeurs lorsqu'ils disent ne pas travailler sur le sujet. Aujourd'hui, et pour les deux ou trois prochaines années, ils concentrent leur efforts sur la chaîne d'approvisionnement.

LSA Le consommateur en percevra-t-il certains bénéfices ?

K. A. - Ils seront réels, mais discrets. S'il est rare que la vie des entrepôts déclenche un intérêt débordant, il n'en reste pas moins que le grand public serait fasciné de voir à quel point il est complexe de faire venir un produit manufacturé dans un rayon. Grâce à la visibilité qu'elle donne sur la chaîne, la RFID va permettre aux acteurs du secteur de faire disparaître des dysfonctionnements qui coûtent cher au consommateur final, jusqu'à 5 % du prix du produit. Des tarifs plus bas, des produits plus frais, voilà les bénéfices consommateurs pour les premières années.

LSA Parlons d'une dernière peur, celle de l'impact des ondes radio sur la santé. Qu'en est-il réellement ?

K. A. - Cette crainte vient de la polémique sur les téléphones portables. Or, l'Organisation mondiale de la santé a estimé que ces ondes n'étaient pas nuisibles pour l'homme. Pour la RFID, sachant que les ondes sont moins puissantes, il en va de même.

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Article extrait
du magazine N° 1831

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