Prospectus, cotiser plus pour recycler mieux

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Si les distributeurs, représentés au conseil d'administration de l'organisme Ecofolio, ne peuvent contester l'augmentation de l'écocontribution, ils attendent en retour de vraies réponses sur le recyclage du papier. Un support garant de trafic qu'il sera difficile de dématérialiser...

« Ce n'est pas une taxe que nous impose l'État, mais une décision des acteurs de la filière papiers, qui font face à leurs responsabilités », précise d'emblée Géraldine Poivert, directrice générale d'Ecofolio, l'organisme agréé qui orchestre la collecte et du recyclage des papiers en France. Il est vrai que le rehaussement de 23% de l'écotaxe - dite écocontribution par son organisme collecteur - sur les montagnes de catalogues et prospectus produites par notre pays a tout, vu de loin, d'un nouveau tour de vis gouvernemental pour tirer tribut. Pourtant, « c'est une redevance concertée entre les acteurs publics et privés de la filière, après quinze mois de travail, poursuit Géraldine Poivert, votée par le conseil d'administration d'Ecofolio pour atteindre les nouveaux objectifs que lui a fixés le ministère de l'Écologie dans le cadre de sa renégociation d'agrément ». Les objectifs assignés sont de faire passer de 47% actuellement à 55% en 2016, puis à 60% en 2018, la part des papiers collectés sélectivement, puis recyclés. « Nous allons vers une meilleure écoconception des produits », constate Julien Dubourg, chez de projet développement durable chez Altavia.

 

Régime minceur

Si les distributeurs - occupant cinq des treize sièges des administrateurs d'Ecofolio - acceptent la pilule, ils ne cachent pas leur amertume. « C'est un effort financier de plus à consentir dans une situation économique difficile pour les enseignes, souligne Philippe Joguet, directeur du développement durable de la FCD, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution. La grande distribution subit déjà quelque 80 impôts et taxes à acquitter ! »

« Une augmentation de 9 € par tonne est loin d'être négligeable pour les métiers de la vente à distance en difficulté, considère Marine Pouyat, chargée des affaires environnementales à la Fevad, la Fédération e-commerce et vente à distance. Aussi la conditionnons-nous à une vraie rationalisation de la filière recyclage, alternative aux solutions d'incinération ou de mise à la décharge. »

Ecofolio lie évidemment le renforcement de l'écocontribution à une promesse de résultats en « recyclant davantage et mieux ». « La filière sera plus performante si l'on favorise la gestion du papier à part », confirme Serge Papin, président de Système U. Le défi étant de revenir au triflux - séparation des papiers non souillés des emballages, à côté des autres déchets -, plus économique en coûts de recyclage.

En attendant, les distributeurs semblent déjà avoir engagé un régime minceur pour leurs prospectus et catalogues. « 2012 est l'année où s'amorce un processus de récession du papier », déclare le président d'A3 Distrib, dont l'entreprise pige l'ensemble des prospectus, et qui constate une chute des volumes de 9% sur un an. « Ce qui, au nouveau tarif de l'écocontribution, extrapole une économie de quelque 3,7 millions d'euros sur les seuls tonnages de prospectus. »

 

Les accros du papier

Bien des enseignes ont commencé à rationaliser la fréquence et les formats de leurs émissions papier. « Nous distribuons un seul catalogue valable un an, et pas plus de quatre courriers adressés, précise Caroline Gastaud, responsable développement durable Ikea France. Nos brochures de Noël et de printemps étant déjà dématérialisées sur notre site. » De même, King Jouet a recentré ses opérations en deux éditions - 6 millions de catalogues au printemps et 7,5 millions à Noël.

Reste qu'on ne supprimera pas le papier, « car il est générateur de trafic, démontre Alain Guinberteau. 17 à 18% des ventes se font en promo. Si on supprime le prospectus, le magasin pourrait perdre 30% de clients, notamment en non-alimentaire ». « Nos clients sont très attachés au support papier, appuie Marine Pouyat (Fevad). 30% des acheteurs à distance souhaitent être informés des nouveautés et des promos par courrier papier, et 21% achètent à distance grâce aux catalogues. » De même, « le catalogue de Noël est le seul adressé à l'enfant, qui y fait ses choix, le découpe... », insiste Sébastien Pingault, directeur commercial du groupe King Jouet.

Jusqu'où faut-il croire à la dématérialisation des prospectus, engagée notamment par Leclerc ? Matthias Berahya-Lazarus, président de Bonial France, invite « les enseignes à faire contre mauvaise fortune bon coeur en investissant dans des solutions digitales alternatives plus ciblées, moins chères et tout aussi efficaces ». Mais « il y a tout simplement une difficulté physiologique, assure Rodolphe Bonnasse, directeur général du groupe CA Com. Un bon prospectus permet de visualiser 200 à 400 produits en deux ou trois minutes. Cette rapidité n'est pas possible sur smartphone. » De plus, « le monde digital est loin de proposer l'intégralité des prospectus trouvés en boîtes aux lettres. On ne trouve en ligne qu'un quart de la promotion prospectus », note Alain Guinberteau. Et, ultime argument, « les premiers à prendre entre leurs mains les prospectus pour y débusquer les bonnes affaires sont ceux-là même qui n'ont pas les moyens de s'acheter un smartphone, support emblématique de la dématérialisation ! »

LES CHIFFRES

  • 39 299 Le nombre de versions de prospectus sur un an à fin octobre 2012 (tous circuits de distribution utilisant la boîte aux lettres)
  • - 5,5% La variation sur un an

Source : Panel A3 Distrib

  • - 9% La chute, en poids, des prospectus, d'après les statistiques de collecte de 2 000 personnes, entre les périodes avril-novembre 2011 et 2012

Source : A3 Distrib

  • 15 millions Le nombre de catalogues uniques distribués par an par Ikea France

Éclairage sur l'écocontribution

Qu'est-ce que c'est ? Cette somme, collectée chaque année par Ecofolio auprès des acteurs économiques « émetteurs » diffusant, distribuant ou fabriquant des papiers sur le marché français, est reversée comme soutien financier aux collectivités locales en charge de la gestion des déchets. Elle permet de les accompagner vers des modèles de recyclage plus performants.

  • + 23% La hausse de l'écocontribution pour 2013, applicable sur les tonnages 2012. Elle passe de 39 à 48 € HT par tonne émise. L'enveloppe des versements financiers aux collectivités et à la filière est ainsi revalorisée à environ 70 M€ par an.
  • 1 million de tonnes Le poids du commerce et de la distribution dans le tonnage total de papiers graphiques mis à disposition des utilisateurs, estimé à 3,77 millions de tonnes en 2011 par l'Ademe (hors non distribués)

Sources : Ecofolio/Ademe

Ce qu'ils en disent

  • Le conseil d'Ecofolio conditionne ces efforts financiers à une rationalisation de la collecte et du tri des papiers. Notre défi étant d'entraîner les collectivités locales vers des gains de productivité. En revenant, notamment, aux poubelles dédiées aux seuls papiers, plus économiques en matière de collecte et de recyclage (150 à 200 € la tonne) que celles où sont mélangés les emballages (500 € la tonne). »

  Géraldine Poivert, directrice générale d'Ecofolio

  • Pour favoriser le recyclage en mode triflux, plus économique que le biflux, nos magasins pourraient devenir des centres de regroupement volontaires des gisements de papiers, les clients y apportant leurs magazines, journaux, prospectus... »

Serge Papin, président de Système U

  • Au-delà de la hausse, le vrai enjeu est dans le barème écodifférencié qu'Ecofolio doit mettre en place sur les contributions aux tonnages de 2013. Le système de malus et de bonus appliqué aux papiers recyclés insufflera un vrai encouragement à l'écoconception des prospectus. »

Caroline Gastaud, responsable développement durable d'Ikea France

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Article extrait
du magazine N° 2255

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