Pull : les fabricants européens font de la résistance

· Pour lutter contre l'importation et répondre aux exigences de la grande distribution, les industriels européens de la maille et du tricot misent sur le circuit court et l'actualisation.

Le pull-over made in Europe est-il irrémédiablement menacé par l'importation en provenance du monde entier ? Si l'on en croit les données du marché français, on peut le penser : sur 144,8 millions de pièces vendues en 1995 (sweatshirts compris, source Fédération de la maille), 85% sont importées. Dont près d'un quart proviennent d'Italie, nos autres grands fournisseurs étant le Maroc (12%), le Portugal (7%), l'Inde et l'île Maurice (5% chacun). Deux pays européens figurent donc parmi les cinq premiers, ramenant le débat à de plus justes proportions.

Des Français talentueux

Il n'empêche qu'être un tricoteur européen travaillant pour la grande distribution n'est pas simple. Les centrales privilégient souvent le « grand import » pour leurs collections d'entrée de saison et cherchent leur réassort ou leurs gammes fabriquées en circuit court auprès de sous-traitants. Une stratégie que leur reprochent souvent les tricoteurs qui déplorent les difficultés rencontrées par les industriels pour vendre leurs créativité, voire leurs marques.

Or, il existe en France, et encore plus en Europe, des fournisseurs de talent. En commençant par le Tarn, où l'on trouve aussi bien Tricotages castrais que Gout - deux spécialistes du jacquard qui ont su instiller de la créativité dans leurs collections -, ou la région roannaise avec des fabricants tels Cukier pour les marques propres de Paridoc, Casino et Auchan.

Sur le marché du pull-over, la survie des industriels européens passe en partie par le circuit court (70% de leur activité, bon an mal an), une exigence toujours plus forte de la part des grands distributeurs, qu'ils soient généralistes ou spécialistes. Même s'ils pratiquent des arbitrages sévères entre grand import et production européenne, ceux-ci puisent toujours chez les industriels des spécificités nationales. « Nos clients comme Promod et Camaïeu recherchent les nouveautés. Grâce à notre maîtrise des coupes et des séries, nous assurons un réassort en un mois», déclare Irène Pappas, responsable de la société qui porte son nom, spécialiste grec de la maille féminine. « A la différence des traditionnels pulls jacquard importés, nos actualisations s'inspirent surtout de la mode féminine », estime Georges Cytron, directeur général de Cukier. « La maille femme privilégie les touchers agréables. Pour l'homme, le sportswear (polos en coton) et l'influence Missoni avec ses couleurs vives se réservent la part belle », nuance Anne-Marie Madiot, directrice de création pour le cabinet Leherpeur. Et l'intarsia (style Burlington avec effets géométriques) devrait bientôt conquérir les linéaires.

L'entreprise portugaise Iver mise par exemple sur les nouvelles matières (laine et coton mélangés, lambswool). « Avec nos articles en maille livrés en vingt-cinq jours pour le réassort, nous sommes crédibles pour les hypermarchés et les succursalistes », affirme Elie Asseraf, associé gérant pour Iver France.

Concurrence saine

« Même si les exportations italiennes ont connu un net fléchissement avec la réévaluation de la lire en 1996, la maille italienne continuera à rayonner en Europe », soutient Bruno di Giacomo, responsable du bureau d'Intersélection à Milan. La collaboration entre Transalpins et distributeurs se renforce. L'entreprise Valda, en Toscane, travaille déjà avec Carrefour et Promod. « Des contacts sont pris avec Kiabi et Auchan pour écouler nos articles en mérinos et shetland », affirme Claudia Brunetti, directeur export. Le dynamisme de ce fabricant lui permet d'exporter 70% de sa production.

« 1996 restera l'année du style français pour la silhouette (épurée) et celle de la mode italienne (Miuccia Prada) », conclut Claudia Brunetti. « Il faut prendre conscience des exigences du consommateur en termes de mode et de couleur », résume John Goodman, directeur général de l'entreprise britannique Open House Knitwear. Un conseil à méditer. Histoire de ne pas se laisser manger la laine sur le dos.
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Article extrait
du magazine N° 1528

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