Quand la réalité rejoint la fiction

|

Alors que le high-tech avance de plus en plus vite, les technologies de demain pourraient rattraper, voire dépasser la science-fiction. À condition que le consommateur les adopte...

« Le wow effect »

Des mains gantées qui s'agitent dans le vide et qui manipulent, à distance, des écrans holographiques : une des scènes les plus célèbres du film Minority Report, grâce à son « wow effect » (l'effet de surprise et d'émerveillement provoqué par un produit high-tech). Moins de dix ans après la sortie du film, la technologie est disponible dans le commerce grâce à Kinect de la Xbox 360.

Des écrans omniprésents et multiformes

Flexible, comme le Kinetic de Nokia (ci-dessous), transparent, comme le projet d'Haier (en bas, à gauche) ou encore tactile et omniprésent dans la maison, comme le projet futuriste de la société Corning (ci-contre), créateur de l'écran de protection de l'iPhone 4 (voir, sur internet, la vidéo A Day Made of Glass)... Il n'y a rien qui symbolise plus le futur du high-tech que l'écran. Fenêtre interactive vers une infinité de contenus (vidéos, photos, internet...), l'écran de demain sera en superhaute définition, tactile, pliable et aussi fin qu'une feuille de papier. Avant peut-être de disparaître complètement, remplacé par des hologrammes en trois dimensions semblables à ceux de Star Wars. Des prototypes encore à l'état d'expériences.

De portable à portatif

Après être devenu portable, s'être affiné à l'extrême et transformé en tablette tactile, l'ordinateur pourrait vivre de grands chamboulements. Un scénario possible : l'écran disparaît au profit d'une projection holographique. C'est le projet de l'ingénieur Pranav Mistry, qui présentait, il y a quelques mois, son prototype SixthSense (ci-dessus). Il s'agit d'un appareil qu'on porte sur soi (le PC donc) et qui projette sur les murs, les tables... l'écran et le clavier virtuel.

L'ordinateur quantique

Côté processeur, l'avenir relèverait de la pure science-fiction. L'ordinateur quantique fait rêver les geeks. Mais, il ne s'agit encore que d'un concept. En utilisant les particules élémentaires de la matière, qui ont la propriété de ne pas se situer à un seul endroit à la fois, ce processeur pourrait calculer en qubits (quanta bits) et non en bits. Ainsi un ordinateur quantique de 8 qubits aurait la puissance de calcul de 256 ordinateurs actuels, et une machine de 40 qubits celle de... mille milliards de PC. Vertigineux. De tels outils ne devraient pas exister avant bien longtemps, s'ils existent un jour.

Le contrôle à distance

Les télécommandes, souris, voire même les écrans tactiles pourraient bien apparaître comme les vestiges d'un passé révolu à nos descendants. Les écrans pourraient à l'avenir être contrôlés avec la main, comme Tom Cruise dans Minority Report. C'est déjà possible depuis la sortie de Kinect de Microsoft (en bas, à droite). Et l'accessoire ne se limite pas aux jeux vidéo puisque les abonnés de Canal+, via la Xbox, pourront accéder aux services de la chaîne cryptée en agitant la main. Et bientôt avec la voix. L'étape suivante sera-t-elle celle du contrôle par l'esprit? Le chinois Haier présentait ,à l'IFA de Berlin, un prototype de casque relié au front et au lobe de l'oreille, le Brainwave (ci-contre), censé analyser les ondes cérébrales. En réalité, l'appareil réagirait à l'afflux sanguin qui évolue en fonction du niveau de concentration. Malgré un résultat pas fameux pour le moment, ce prototype est la première tentative du genre.

Quand l'alimentation se désincarne

Le fil de l'alimentation, voilà sur quoi butent les designers, qui veulent développer des produits plus fins et plus dépouillés. Pour les appareils sédentaires (téléviseurs, chaînes hi-fi...), après le wi-fi pour le transfert de données, c'est le transfert d'électricité, sans fil, qui pourrait arriver. C'est, une fois encore, Haier qui semble le plus prompt à adopter cette technologie appelée WiTricity, développée par une équipe du MIT. L'idée : créer un champ magnétique entre un émetteur et un récepteur pour transmettre du courant. À cette heure, Haier, qui devait commercialiser son premier modèle en 2011, n'a toujours pas annoncé de date précise.

Des batteries transparentes et superpuissantes

Pour les appareils nomades, pas de problème de fil, mais plutôt de batterie. Trop volumineuses ou de trop faibles capacités, c'est souvent le talon d'Achille des appareils mobiles. L'avenir, là aussi, porte d'alléchantes promesses, comme la batterie transparente et flexible Lithium ion de l'université de Stanford (ci-dessus). Mais c'est la capacité qui devra surtout progresser. Et c'est vers l'industrie automobile que se tournent les fabricants de produits high-tech. Samsung a évoqué la possibilité d'utiliser, dans ses PC, des batteries Lithium air qui ont des capacités de stockage dix fois supérieures à celles des actuelles Lithium ion.

LA PROMESSE DE LA TENDANCE« Améliorer l'interface entre l'homme et la machine »

«Depuis une trentaine d'années, les plus grandes avancées dans le high-tech sont liées à l'amélioration de l'interface entre l'homme et la machine. Il faut se rappeler que l'interface graphique des systèmes d'exploitation (NDLR : la présentation en icônes et non plus en lignes de code) a permis de démocratiser le PC. Aujourd'hui, ça passe par les écrans tactiles, le contrôle vocal ou la détection de mouvement. Mais l'avenir c'est aussi le cloud computing. L'ensemble des applications informatiques n'est plus stocké chez l'utilisateur, mais sur le réseau. Accéder à vos données, partout, sur tous vos appareils, sera bientôt considéré comme acquis. »

Au panthéon cinématographique des geeks, deux films font l'objet d'un culte particulier. La saga Star Wars, évidemment, avec ses sabres laser, ses vaisseaux qui atteignent des vitesses supraluminiques, ses hologrammes, ses robots... Et Minority Report, l'adaptation ciné de la nouvelle éponyme de Philip K. Dick réalisée par Steven Spielberg, dans laquelle Tom Cruise manipule des écrans à distance, lit des livres sur des écrans souples ou se fait repérer par des caméras à reconnaissance oculaire. Des univers qui ont quitté le champ de la fiction pour rejoindre celui de la science et, demain, sans doute, celui du grand public. « C'est déjà le cas, estime Marc Jalabert, le nouveau directeur de la branche grand public de Microsoft France. La technologie de Kinect qui pouvait s'apparenter, il y a peu, à de la science-fiction est accessible à n'importe qui. Et ça ne concerne pas que le jeu vidéo, mais tous les usages multimédias. Les utilisateurs peuvent surfer dans l'univers de Canal+ avec les mains et la voix. » Ce que décrit ce cadre de Microsoft c'est ce que fait Tom Cruise dans Minority Report. Cette technologie, qui était du domaine du fantasme de geek en 2002, est entrée, en 2010, dans nos salons.

 

Concrétisation expresse

Ce n'est pas la première fois qu'une innovation naît dans un imaginaire de fiction avant d'être produite, mais la nouveauté, depuis quelques années, c'est la diminution étonnante du délai entre l'apparition du concept technologique et sa concrétisation. Près de cinquante ans se sont écoulés entre l'apparition du sous-marin électrique imaginé par Jules Verne, le Nautilus, et la construction des premiers modèles. Une poignée d'années entre les écrans portatifs de Minority Report et les tablettes actuelles. Et avec cette accélération technologique, il est de plus en plus difficile de bluffer les consommateurs. L'exemple de l'informatique est symptomatique. « Les gammes ont beau se renouveler et les processeurs évoluer, le PC a pris un coup de vieux », constate Agnès Van de Walle, directrice de la division IT de Samsung France. La faute aux tablettes et à l'accélération technologique dans laquelle se perd le public. Bien souvent, ce dernier confond technologie existante, fictionnelle et à venir. Dès lors, il est plus difficile aujourd'hui d'imaginer les technologies de demain.

 

Besoins réels

Une chose est néanmoins certaine, l'écran sera omniprésent dans les années à venir. Géant et tactile dans le salon, miroir dans la salle de bains ou encore transparent et flexible sur le téléphone mobile, comme le montre la société Corning dans une vidéo d'anticipation sur internet. Des prototypes étonnants qui ne verront, pour certains, jamais le jour. Car combien, au final, répondent à de vrais besoins ?

Petit retour en arrière. Au milieu des années 90, le monde des jeux vidéo et de l'informatique n'avait d'yeux que pour les casques de réalité virtuelle. Certains pronostiquaient même la mort de la télé. Près de vingt ans plus tard, leur seule évocation fait sourire les accros à la techno. L'appareil est resté une utopie. Tout comme certaines technologies qui paraissaient révolutionnaires, mais qui ne correspondaient pas à un vrai besoin pour l'utilisateur.

C'est le cas de l'écran laser qui devait remplacer les LCD, car proposant une meilleure image et ayant une durée de vie plus longue. Le problème, c'est qu'il consommait beaucoup plus d'électricité qu'un produit LCD concurrent et coûtait cinq à six fois plus cher. Résultat : les consommateurs ont préféré passer au LCD éclairé par des leds.

Qu'en sera-t-il du cloud computing (les fichiers ne sont plus stockés chez l'utilisateur, mais à distance, sur un serveur) qu'on nous présente comme étant la solution ? Le streaming et la VOD sont les prémices de cette révolution, qui pourrait consister à ne plus disposer que d'interfaces réduites (de simples écrans connectés au réseau) pour accéder à l'ensemble des logiciels et fichiers en tout genre.

C'est le rêve de la firme américaine OnLive qui a lancé l'année dernière, aux États-Unis, son service de jeux vidéo sans console, ni PC. Une simple box permet d'accéder à des serveurs sur lesquels sont stockés les jeux. Une idée séduisante que la société peine à rendre rentable, les consommateurs redoutant encore d'être tributaires d'un réseau internet qui n'est pas fiable à 100%.

 

Le logiciel roi

À l'avenir, la technologie sera ainsi très dépendante de l'économique. Alors qu'il devient de plus en plus coûteux de développer de nouvelles technologies (cf. les joint-ventures dans la télévision pour la fabrication de dalles), les fabricants pourraient cesser une course à la puissance, en décalage avec les attentes du public. C'est le cas en informatique où la loi de Moore, selon laquelle la puissance des processeurs double tous les deux ans, ne se vérifie plus depuis 2004.

Les réussites récentes high-tech préfigurent celles de demain. La Wii de Nintendo, la console la moins puissante du marché, est celle qui a séduit le plus large public dans le monde. Idem pour l'iPhone d'Apple, qui n'est pas le smartphone le plus sophistiqué du marché, mais qui a su conquérir le public grâce à une interface maligne et accessible.

Et c'est là que l'avenir est sans doute le plus riche en promesses. La puissance des processeurs, la définition des écrans ou la finesse des smartphones n'intéressent qu'une frange minime des clients. En revanche, le système qui permet de surfer d'un service à l'autre en remuant des bras ou par la parole, ou l'application qui permet de se repérer en réalité augmentée dans une grande ville, sont de vrais nouveaux usages. Dans le futur, les innovations les plus spectaculaires seront sans doute sous la forme de lignes de codes sans fin sur des écrans d'ordinateur. Steve Ballmer, le président de Microsoft, le dit souvent : « Le futur, c'est le logiciel. »

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2204

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message