Quand le cash fait sa révolution

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ENCAISSEMENT - Bien que récente, l'automatisation du traitement des espèces est bel et bien engagée dans la distribution. Objectif : limiter au maximum, voire complètement supprimer les manipulations du cash en magasin.

La généralisation de la carte bleue et des cartes de fidélité n'a pas sonné la fin du bon vieux liquide. Dans l'Hexagone, aujourd'hui, plus de 60 % des transactions effectuées dans le commerce de détail se font en pièces et billets. Une proportion qui ne risque guère de diminuer, lorsque l'on sait que la France se situe parmi les pays européens qui utilisent le moins le cash.

Autant dire que les distributeurs n'en ont pas fini avec le traitement des pièces et autres billets, même si les situations sont extrêmement variables d'un magasin à l'autre. « Dans un supermarché de proximité, 60 % des paiements se font en espèces, tandis qu'ils dépassent à peine 20 % dans un hypermarché » rappelle Cécile Imbault, chef de produits retail pour Wincor Nixdorf. Sans parler des différences entre Paris et la province - plus attachée aux paiements en liquide - ou entre secteur alimentaire et spécialisé. « Dans le textile et le bricolage, on a tendance à utiliser beaucoup moins de liquide », note la responsable.

Pourtant, quelle que soit l'importance du flux de cash, les contraintes restent les mêmes pour tous : préparer les tiroirs-caisses, les compter à la fin de chaque service, organiser les passages du transporteur de fonds, etc. Bien sûr, des outils ont été mis à disposition des distributeurs ces quinze dernières années, et la plupart des enseignes sont équipées de machines de traitement mécanisées, trieuses et compteuses. Mais, « si elles facilitent la tâche des caissières et du personnel de back-office, elles réduisent seulement à la marge le temps passé au traitement du cash et n'évitent ni les erreurs ni la démarque », souligne Vincent Saubaber, le directeur général de France Espèces (filiale de Scan Coin).

Un progrès, donc, mais pas une finalité en soi. « La question aujourd'hui est d'aller bien au-delà et d'optimiser tout le circuit du cash en magasins », poursuit Vincent Saubaber. Au stade du back-office, bien sûr, mais aussi en s'attaquant directement à la ligne de caisse. Pour cela, les fabricants n'ont qu'un mot à la bouche : au-to-ma-ti-sa-tion ! Alors que le nord de l'Europe est déjà largement équipé, les automates commencent timidement à investir les magasins hexagonaux. « Depuis un an, l'état d'esprit change chez les distributeurs », remarque Cécile Imbault. « Leurs priorités étaient ailleurs ces quatre dernières années, notamment sur le déploiement des self check out, renchérit Jean-Pierre Maire, le directeur de la division commerces et distribution de Gunnebo France. Aujourd'hui, ils commencent à changer leur fusil d'épaule. »

Un réel gain de temps

Première étape : l'automatisation des opérations de back-office, avec des machines qui non seulement préparent les tiroirs-caisses en lieu et place des caissières, mais aussi trient et comptent la recette. La caissière, elle, n'a qu'à s'enregistrer sur l'automate en début et en fin de service. Les avantages de ces systèmes sont nombreux. Ils réduisent le temps passé par la caissière au traitement du cash, éliminent les erreurs de comptage et permettent le « recyclage » des pièces et billets : reconditionnés par la machine, ils viennent garnir les tiroirs-caisses suivants, et ainsi de suite. L'idée étant de travailler en circuit fermé, afin de faire appel le moins souvent possible aux services des divers prestataires.

Autre avantage : bourrés de software, ces matériels permettent le suivi en temps réel de la recette du magasin. « Chez Leclerc Montbéliard, que nous avons récemment équipé, notre solution s'interface directement avec Infomil, le système d'information du distributeur », explique Jérôme Cousin, le responsable développement de Traidis, qui avance un intérêt supplémentaire à l'automatisation des opérations de back-office : « Elle demande l'acquisition d'une seule machine et ne suppose pas de révolutionner l'organisation du magasin. »

L'étape suivante est plus radicale. Elle consiste à automatiser la gestion du cash au niveau des caisses en installant des « tiroirs-caisses sécurisés ». Composés de modules pièces et billets, ces matériels sont intégrés directement au meuble de check out et ne quittent plus la ligne de caisse. L'argent est introduit dans la machine par le client, qui reçoit en retour sa monnaie, sans que la caissière n'ait à un seul moment manipulé elle-même pièces ou billets. Avantage : la caissière est déchargée de la responsabilité du cash et peut se consacrer à son métier d'« hôtesse » de caisse, le stress du rendu de monnaie en moins. Les erreurs de caisse sont éliminées et il n'y a donc plus d'écart entre les états de caisse et le chiffre d'affaires. Connectés, les tiroirs-caisses sécurisés donnent en temps réel l'état de chaque caisse et envoient des alertes si un réapprovisionnement en monnaie est nécessaire. « La logique de gestion de fonds de caisse est transformée en gestion par caisse », résume Vincent Saubaber. Une vraie révolution, qui suppose une réorganisation complète du circuit du cash en magasins.

Direct à la banque !

Dans le modèle le plus abouti, proposé par la Brinks en association avec trois fabricants de hardware (Wincor Nixdorf, France Espèces et Gunnebo), l'argent est transféré de la machine au coffre grâce à une mallette sécurisée et récupéré sans autre manipulation par le transporteur de fonds. Le magasin est alors déchargé de la responsabilité du cash, qui passe directement du consommateur à la banque, ou presque ! Le magasin Monop' de Boulogne devrait être le premier à expérimenter le système : dès cet été, ses quatre caisses seront équipées de tiroirs automatiques, et le back-office sera supprimé. C'est la Brinks qui récupérera une à deux fois par mois le cash sur les machines.

En poussant la logique jusqu'au bout, certains rêvent d'un système où les sommes déposées dans les automates seraient valorisées en temps réel et créditées immédiatement sur le compte bancaire du magasin. « Ce sont des machines sécurisées qui le permettent » indique Cécile Imbault. « En Hollande, ce type de solutions fonctionne déjà », complète Jean-Pierre Maire. Gilles Gagnier, le directeur France de CashGuard - le plus gros fournisseur de tiroirs-caisses automatisés en Europe - est plus prudent. « La tendance est à l'automatisation, certes. Mais je ne crois pas à un système où le cash serait totalement gommé du magasin. J'imagine plutôt un système mixte, qui inclurait des self check out, des caisses traditionnelles, des caisses équipées de rendu de monnaie automatisé, des automates de back-office, etc. » Vu la diversité des magasins et des besoins, tous les cas de figure semblent en effet possibles !

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Article extrait
du magazine N° 2049

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