Quand le drive piéton bute sur l'orthographe...

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L’expression est apparue au début des années 2010 avec des essais chez Auchan, Carrefour et Cora. Puis, elle a été «médiatisée» en 2017 avec l’ouverture d’un drive piéton E.Leclerc à Lille. Aujourd’hui, tous les distributeurs, ou presque, ont des projets dans leurs cartons. Mais comment écrire un drive piéton au pluriel sans faire une faute d’orthographe ? Explication. 

Un piéton n'est pas un adjectif!
Un piéton n'est pas un adjectif!© François Lecocq

Faut-il écrire "un drive piétons" (un drive pour piétons) ou "des drives piéton" (des drives où l'on va en piéton) ? La bonne réponse est "des drives piéton" et, a fortiori, évidemment, "un drive piéton".  Pourquoi ? Parce que piéton n'est pas un adjectif, mais un nom, utilisé en apposition à un autre nom (en l'occurrence, drive). Pour déterminer s’il s’accorde au pluriel, il faut savoir s’il agit en apport de qualification ou de complémentation.

Le nom en apport de qualification attribue une caractéristique essentielle à l’autre nom. Les deux renvoient au même être ou au même objet. Entre le nom en apport de qualification et le nom qu’il caractérise, on peut ajouter qui est ou qui est comme : date qui est une limitejupe qui est comme un ballonroman qui est comme un fleuve.

Au pluriel, le nom en apport de qualification a tendance à s'accorder: des dates limites, des romans fleuves.

Mais dans le cas qui nous occupe, on ne peut pas dire un « drive qui est comme un piéton ». Nous sommes donc dans le cas d’un apport de complémentation. Son emploi demeure avant tout perçu comme le résultat d’une réduction syntaxique, comme dans le cas des bijoux fantaisie (des bijoux pleins de fantaisie), des cafés crème (des cafés à la crème), des légumes vapeur (des légumes à la vapeur) ou des opérations commando (chacune des opérations est menée par un commando). Donc: des drives piéton.

Si vous voulez briller en société, relancer une conversation languissante ou perdre tous vos amis en une seule soirée, c’est un bon sujet. Car c’est typiquement une situation où la grammaire n’est pas gravée dans le marbre. On peut donc argumenter et contre-argumenter ad libitum. Un plaisir d’esthète.

Brigitte Vivier (LSA)

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