Marchés

Quand les produits passent au crash test...

|

Pas de pitié ! Avant d'arriver sous le sapin, les produits non alimentaires passent de nombreuses épreuves. Objectif : s'assurer de leur non-dangerosité, mais aussi détecter tous les éventuels problèmes, faiblesses de composant ou vieillissement anormal. Un bachotage d'importance : pour cet examen d'entrée sur les linéaires, chaque épreuve est éliminatoire !

Le camion est soumis à 210 heures d’ensoleillement estival pour vérifier la résistance des couleurs et des matériaux.
Le camion est soumis à 210 heures d’ensoleillement estival pour vérifier la résistance des couleurs et des matériaux.

528

alertes nationales ont été lancées en France en 2012, dont la moitié concernant des jouets (risque de suffocation) et des appareils électriques.

Source : DGCCRF

D'abord, lui arracher les yeux. En vain. Ensuite, l'écarteler. Un échec. Les coutures résistent encore. Le nounours passe donc à l'épreuve du feu. Il résiste bien... avant de finalement s'enflammer. Expériences néfastes d'un enfant ingénieux ? Non, une simple série de tests du Bureau Veritas, à Villeneuve-d'Ascq (59). Chaque année, ce laboratoire de l'expert français de la certification reçoit quelque 8 000 échantillons de jouets et articles textiles. « Au total, nous disposons de plus de 1 300 laboratoires et bureaux répartis dans 140 pays », rappelle Marc Boissonnet, senior vice-président, en charge de la communication et du marketing de Bureau Veritas. De quoi assurer de multiples « tortures-tests » aux nounours du monde, comme à nombre d'articles.

Et, en la matière, l'imagination est sans limite. Dans le laboratoire de Fontenay-aux-Roses (92) les appareils électriques et électroniques sont isolés dans des cages de Faraday, attifés de capteurs en tous genres, placés dans des enceintes climatiques, analysés chimiquement, laissés aux « mains » de robots les actionnant des dizaines de milliers de fois, voire détruits par explosion !

Les tests de conformité représentent, en moyenne, un budget de 0,1% du chiffre d'affaires d'un fabricant de textile et de 0,5% dans le jouet

Marc Boissonnet, senior vice-président chargé de la communication et du marketing de Bureau Veritas

 

Les fabricants en première ligne

« Au-delà de la vérification de la conformité des produits, nous travaillons avec les fabricants, distributeurs ou grossistes pour identifier et prévenir les risques », explique Marc Boissonnet. Sans oublier les analyses de produits prélevés par les douanes ou les Autorités de la concurrence...

La plupart des fabricants sont aussi équipés. « Chez Seb, nous disposons d'un grand laboratoire près de Lyon, d'un autre en Chine via notre filiale Supor, ainsi que de différents laboratoires dans nos bureaux d'études », confirme Alain Marlier, directeur qualité. Le groupe teste chaque année entre 300 et 400 produits.

Les épreuves démarrent dès la conception, « pour évaluer nos prototypes en allant au-delà des normes requises, détaille Rolland Tellier, responsable qualité de Meccano France. Par exemple, pour vérifier qu'un enfant ne peut pas se coincer les doigts avec l'un de nos jeux de construction. » Idem chez Well, qui fait également tester ses collants et mi-bas par un panel d'experts. « Ils répondent à des questionnaires très précis, sur le modèle des goûteurs en alimentaire, et notent la brillance, l'élasticité... », relève Stéphanie Courtois, directrice du marketing.

Une fois le prototype validé, place aux tests en usine. Chez Eminence, des robots étirent des milliers de fois l'élastique des slips et boxers, « qui sont homologués pour résister à 100 cycles de lavage et de séchage », ajoute Dominique Seau, président d'Eminence. FagorBrandt, de son côté, réalise plus de 500 essais dans son laboratoire près d'Orléans (45). « Tous nos appareils subissent des épreuves d'endurance avec des robots, pour tester la porte d'un four, par exemple. En dix mois, nous pouvons simuler la vie de l'appareil au sein d'une famille pendant dix ans », explique Thomas Raffegeau, directeur marketing de FagorBrandt.

L'objectif ? « S'assurer que l'appareil ne présente pas un comportement anormal en conditions d'usage accéléré ou que l'un de ses composants vieillisse trop vite », répond Alain Marlier. Et Thomas Raffegeau de renchérir : « Notre but est de détecter un éventuel problème avant de le découvrir via les remontées des clients. »

 

Des consommateurs en soutien

Outre les robots, les produits passent aussi souvent entre les mains d'utilisateurs. Les testeuses de Well « portent au moins dix fois nos produits, parfois en aveugle ou, pour les mi-bas, mixés avec des produits concurrents : la testeuse porte un mi-bas différent à chaque pied, mais ses chaussures restant les mêmes, nous pouvons ainsi évaluer nos produits en conditions réelles d'utilisation », précise Stéphanie Courtois. Conditions réelles aussi chez Carrefour qui a fait tester sa chemise antitaches à ses collaborateurs. « Les résultats ont été bluffants : du café lancé sur la chemise glissait sans salir », raconte Françoise Clément, directrice du textile chez Carrefour.

 

Une surveillance au long cours

Les tests ne s'arrêtent pas avec la sortie du produit. « Nous retestons nos produits tous les deux ans environ. Et, bien sûr, dès qu'un composant est modifié », explique Alain Marlier.

Le tout sans hésiter à tenter des usages anormaux. Par exemple ? « Pour les Cocotte-Minute, nous les testons après avoir mis hors d'état la soupape et autres dispositifs de sécurité », poursuit Alain Marlier. Mais les clients sont souvent plus créatifs encore : « Un enfant avait fait tomber dans son oreille l'un de nos téléphones. Depuis, nous les les fabriquons plus gros », se souvient Stéphane Drilhon, directeur marketing de Playmobil.

Bien sûr, tous ces tests ont un coût, « entre 5 000 et 7 000 € par jouet », évalue-t-on chez Meccano, qui y consacre 500 000 € par an. « Mais cela vaut le coup, argue Thomas Raffegeau. Car nous réduisons ainsi les frais de réparation et soignons notre image de marque. » Quitte, parfois, à improviser : « Nous avons dû trouver des partenaires pour recycler les tonnes de marc de café générées par les tests de nos machines à café », confie Alain Marlier. Assez pour y lire l'avenir du groupe Seb pour les prochaines décennies !

LES ENJEUX RÉGLEMENTAIRES

  • LES TESTS DE CONFORMITÉ des produits sont obligatoires. Ils incombent à l'entreprise ayant réalisé leur première mise sur le marché, c'est-à-dire soit le fabricant lui-même, soit l'importateur. Ces derniers peuvent faire les tests eux-mêmes ou les déléguer à un expert de la certification. À noter : les distributeurs peuvent exiger du fabricant qu'il justifie que ses produits ont bien été testés.
  • LES AUTORITÉS PEUVENT PRÉLEVER DES PRODUITS n'importe où : chez le fabricant, directement en rayon... En cas d'infraction, le contrevenant risque jusqu'à 37 500 € d'amende et deux ans de prison.

L'ÉPREUVE DU FEU

LE DÉFI Résister à une flamme haute de 2 centimètres pendant trois secondes

  • Pour tester le risque d'inflammabilité des peluches, les experts de Bureau Veritas approchent un chalumeau et, en cas de prise du feu, calculent la vitesse de propagation. « Une grande peluche s'est enflammée une fois, déclenchant l'alarme incendie. Mais au final, on observe peu de non-conformité au feu », nuance Chantal Philippe, directrice des opérations du laboratoire de Bureau Veritas à Villeneuve-d'Ascq (59). On a eu chaud !

ET AUSSI Bureau Veritas fait passer aux fours à micro-ondes le test de la patate : une pomme de terre percée de clous est placée dans l'appareil, allumé à la puissance maximale. Une fois le légume calciné (et si le four n'a pas pris feu), les techniciens vérifient que la cavité et les joints ont résisté aux flammes.

LE PIÈGE ÉLECTROMAGNÉTIQUE

LE DÉFI Mesurer les ondes émises par les appareils isolés dans une cage de Faraday

  • Téléphones mobiles, appareils électroniques ou ménagers... Tous ces produits passent par la cage de Faraday. Cette pièce, blindée et isolée des ondes extérieures, permet de mesurer les perturbations électromagnétiques que peuvent générer les appareils. Pas question, par exemple, de brouiller la télévision dès que le four à micro-ondes est en route ! Ce test permet aussi d'observer les ondes des mobiles sur le cerveau, reconstitué avec un mannequin rempli d'un liquide synthétique aux mêmes propriétés que la tête humaine.

LE SUPPLICE DE L'ÉCARTÈLEMENT

LE DÉFI Supporter une traction de 9 kilos pendant dix secondes

  • Sophie la Girafe, les figurines Playmobil et autres joujoux passent cette épreuve. Très utilisé pour les jouets, le test d'étirement vise à vérifier la résistance d'un objet à une pression de 90 newtons (soit 9 kg) pendant dix secondes. L'objectif : s'assurer que les coutures d'une peluche ne risquent pas de craquer et de libérer leur bourre, ou que les yeux d'un nounours ou qu'une petite pièce ne puissent être arrachés.

LE TEST D'ÉTOUFFEMENT

LE DÉFI Ne pas passer dans un cylindre de 3,17 cm de diamètre

  • Haro sur les petits éléments ! Test incontournable dans le jouet et autres produits destinés aux plus petits, ce cylindre reproduit la trachée d'un enfant : aucune pièce ne doit pouvoir y passer. Playmobil a ainsi conçu une gamme spécialement adaptée aux moins de trois ans où les petits accessoires, comme les chapeaux, sont soit bannis, soit attachés à la figurine.

L'EXPÉRIENCE DE LA CHUTE

LE DÉFI Subir une chute d'une hauteur de 85 cm cinq fois de suite

  • Plus dure est la chute ! Sur un tapis simulant la dureté moyenne du sol, l'objet est lâché cinq fois de suite d'une hauteur de 85 cm. Pour réussir, il ne doit pas se casser, ni s'abîmer. Les techniciens vérifient qu'aucun angle d'un jouet ne soit devenu coupant. ET AUSSI FagorBrandt et Seb procèdent à des tests de chute de leurs appareils une fois emballés sur une hauteur de près de 1 mètre afin de vérifier qu'ils résistent à des incidents de déménagement ou de manipulation. Ils simulent également en laboratoire les vibrations du transport routier.

LA RÉSISTANCE À L'ENDURANCE

LE DÉFI Soutenir des conditions d'utilisation intensive

  • Jour-nuit, jour-nuit... Chez Bureau Veritas, des robots actionnent jusqu'à 50 000 fois des interrupteurs. D'autres branchent et débranchent des prises électriques ou tordent un cordon électrique 5 000 fois, ouvrent et ferment la porte d'un four 10 000 fois. Chez FagorBrandt, les réfrigérateurs sont aux mains des robots pour simuler, en dix mois, une utilisation de dix ans chez les consommateurs. Chez Seb, les bouilloires sont remplies, chauffées, vidées puis reremplies et ainsi de suite. ET AUSSI Chez Eminence, des robots testent la résistance de l'élastique des slips et boxers, également lavés et séchés une centaine de fois.

LES CHOCS CLIMATIQUES

LE DÉFI Endurer les effets météorologiques

  • Que se passe-t-il si un enfant oublie son Playmobil dehors tout un été ? Pour le savoir, la marque place ses produits dans une enceinte climatique reproduisant, en 210 heures, l'ensoleillement moyen d'un été en Europe. « Le but est de vérifier que les couleurs ne s'affadissent pas, que le plastique ne fonde pas ou ne devienne pas cassant », indique Stéphane Drilhon, directeur marketing de Playmobil. En gros électroménager, les fabricants testent aussi les variations de températures faisant passer leurs appareils d'un environnement pouvant aller de - 50 à + 300 °C. « Et même jusqu'à 500 °C pour un four à pyrolyse », précise Thomas Raffegeau, directeur marketing de FagorBrandt. Les tests permettent aussi de simuler différents taux d'humidité, d'environnements salins ou d'altitude.

L'EXAMEN CHIMIQUE

LE DÉFI Vérifier l'absence de substances nocives

  • Pour tester l'innocuité des matériaux, les techniciens des laboratoires prélèvent des échantillons de plastique ou de métal qu'ils passent ensuite dans des tubes à essai. Pour le jouet, ils recherchent la présence de substances dangereuses et réalisent des tests de migration en cas d'ingestion. En textile, des tests de migration par la peau sont réalisés. Seb vérifie aussi le risque de migration au contact des aliments.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

X

Recevez chaque semaine les actualités du marketing et de la communication online et offline des marques et des distributeurs.

Ne plus voir ce message