Quatre dossiers chauds pour les professionnels

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DossierMesures gouvernementales - Semaine chaude pour les acteurs économiques et le gouvernement : le prix du lait flambe, le triple net « sec » se profile - sauf miracle -, les délais de paiement restent en embuscade et la rumeur d'une taxe nutritionnelle refai


Le triple net « sec » se profile


Le Secrétaire d'État à la Consommation rencontre à tour de bras les professionnels pour parvenir à un consensus avant de présenter un texte devant le Parlement. Avec la pression mise par le président de la République sur ce dossier, le calendrier défile à toute vitesse. Un rétroplanning a été mis au point, qui ne laisse que quatre ou cinq semaines. Or, le consensus en question aura beaucoup de mal à être adopté. La « plate-forme » industrie-commerce, front uni basé sur l'acceptation du triple net, en l'échange de CGV non négociables, est mal en point : les enseignes veulent « négocier les tarifs ». « La réforme du seuil de revente à perte est insuffisante. Elle doit s'accompagner de la suppression des marges arrière et de la possibilité de négocier les prix avec les fournisseurs pour être efficace », assure Jacques Beauchet, membre du directoire du groupe Carrefour. « Erreur, estime un proche du dossier. Les industriels vont rejeter tout en bloc et mobiliser leurs députés, pour que seul le triple net " sec " soit accepté, et que tout le formalisme juridique permettant de sanctionner la revente à perte et les marges arrière illégales reste en place. D'ailleurs, Patrick Ricard et Bernard Arnault ne pourront admettre que le Dom Pérignon et le Ricard soient revendus à moitié prix chez Leclerc sans pouvoir réagir juridiquement. »
Au départ, le triple net, exigé par Nicolas Sarkozy, a ravi la distribution. Même l'Union du commerce de centre-ville (UCV), dirigée par Jacques Perrilliat, grand défenseur de la loi Galland, s'est convertie ! Mais si la réforme devait devenir le triple net « sec », les enseignes se retrouveraient avec plus de concurrence et toujours autant de risques juridiques ! Luc Chatel doit rapprocher les points de vue. Deux groupes de travail, l'un juridique, l'autre commercial, ont été créés. Ils devaient se réunir pour la première fois lundi 17. Avec l'Espérance de parvenir à s'accorder sur un plat de résistance acceptable pour tous. Ou en rester à l'apéritif, un triple « sec ».

Le lait bout, le beurre flambe

Mardi 18 ou mercredi 19, l'interprofession laitière devait se réunir pour établir une « recommandation » sur le prix du lait. Au Space, où le président de la République est venu dire qu'il « les soutiendrait face à la grande distribution », les producteurs attendaient de très fortes hausses. « Les prix ont crû de 8 % depuis début 2007, et ils vont augmenter beaucoup plus fortement, de 25 à 30 % », a indiqué à LSA un des leaders syndicaux du Cotentin, bastion de la production laitière. Les cours payés par les industriels vont grimper en valeur absolue de 50 € par millier de litres, et passer la barre historique des 300 €. « Même à ce niveau, le cours du lait en France reste inférieur de 12 % à celui de l'Allemagne. Rappelons que depuis trois ans, il baissait de 20 % », ajoute Pascal Ferey, président de la FDSEA de la Manche.
La guerre des approvisionnements commence même à faire rage. Des industriels espagnols viennent « passer des contrats » avec des producteurs français du Sud-Ouest, où Lactalis a dû consentir des augmentations de 30 % !
Les hausses prévues dans la recommandation interprofessionnelle devront être répercutées « dans la minute » dans les tarifs des industriels, ce qui devrait provoquer un bel émoi dans les centrales d'achats. Dans la foulée du prix du lait, celui du beurre va s'envoler. En Allemagne, Aldi, qui avait refusé un train de hausses, a été contraint à une valse des étiquettes pour éviter de voir ses rayons vidés... par des industriels, des boulangers et des pâtissiers à la recherche de beurre pas cher.

Les délais de paiement menacés

Jeudi 13, le secrétaire d'État aux Entreprises recevait pour une nouvelle réunion les membres de l'Observatoire des délais de paiement, présidé par l'économiste vedette du Crédit agricole, Jean-Paul Betbèze. Hervé Novelli considère, en effet, que les délais de paiement en France, parmi les plus élevés d'Europe, créent « une situation préjudiciable pour les entreprises de taille moyenne, qui sont précisément une priorité pour le gouvernement ».
La séance plénière en présence du ministre a permis de « fabriquer un agenda et de mesurer les délais de paiement par secteur », précise Jean-Paul Betbèze à LSA. L'étude concernera le transport (qui bénéficie de délais à trente jours et qui peut servir d'exemple), l'automobile (bilan d'un code de bonnes pratiques), l'aéronautique, les collectivités, le travail temporaire et la distribution. «Pour nous, les délais de paiement font partie de l'offre commerciale, considère Gérard Atlan, président du Conseil du commerce de France. Mais je crains que le gouvernement ne souhaite tout de même les réduire. » « Les délais de paiement ne nous posent pas de problème, constate un grand industriel. Ils correspondent au prix de la certitude d'être payé et sont répercutés dans le prix au consommateur. Ce qui nous gêne, ce sont les retards par rapport au contrat prévu, notamment d'une grande enseigne allemande. »
L'Ania n'est pas en pointe sur le sujet : les trois quarts de l'industrie alimentaire bénéficient d'une réglementation avec des délais courts. À la Feef, le dossier ne paraît pas prioritaire non plus. « Il y a déjà eu beaucoup d'avancées, note Éric Renard, porte-parole. Nous n'avons pas de souhait quant à une réduction des délais. Cependant, il faudrait que ceux des fournisseurs et des distributeurs soient équivalents. » « C'est rigoureusement le problème des délais de paiement. Nous devons affiner les analyses à ce sujet, lance Jean-Paul Betzbèze. Mais nous ne sommes qu'un Observatoire. C'est le ministre qui décidera des mesures qu'il souhaite prendre. »

La taxe nutritionnelle ressort

« Il n'y a rien, ni d'officiel, ni d'officieux » ; « C'est le flou total, on ne sait pas ce que le gouvernement veut faire » ; « Le dossier est sur le bureau de Claude Guéant et de Roselyne Bachelot » ; « Non, il est à Bercy »... La taxe « nutritionnelle » ou « sur les produits gras et sucrés », n'existera peut-être jamais, mais on en parle beaucoup... sous le manteau.
Les lobbies sont toutes oreilles ouvertes pour éviter qu'une nouvelle taxe vienne frapper leurs produits. Elle aurait non seulement un impact financier non négligeable, mais aussi un effet d'image pour le moins désastreux. Pour certains membres du gouvernement, notamment Martin Hirsch qui la préconisait avant l'été, le fait qu'une taxe s'applique à des produits qui auraient un lien avec l'obésité et le surpoids, une maladie qui coûte cher à une Sécurité sociale en lourd déficit, a sa logique. L'UFC-Que Choisir ? est sur la même longueur d'onde et réclame une augmentation de la taxation. « Nous souhaitons que le gouvernement porte la TVA des produits transformés gras et sucrés à 18,6 % au lieu de 5,5 %, et réduise celle sur les fruits et légumes de 5,5 % à 2,1 %», indique François Carlier, directeur adjoint au sein de l'Association de consommateurs. Mardi 18, celle-ci devait tenir une conférence de presse sur le thème « Publicités télévisées, marketing alimentaire, mettons fin au harcèlement des enfants ! »
L'Association nationale des industries alimentaires (Ania) ne souhaite pas s'exprimer sur ces rumeurs de taxes, pour la bonne raison que le gouvernement n'a pas statué dans un sens ou dans l'autre. L'Ania défend son idée de participer à l'éducation nutritionnelle de la population via une fondation baptisée « Alimentation et Vitalité », les entreprises s'engageant à participer financièrement pour soutenir les actions définies en relation avec l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et l'Institut français de la nutrition (IFN).

Sylvain Aubril


« Nous n'avions pas prévu une telle dérive des marges arrière. Nous soutenons désormais l'adoption du triple net proposé par le président de la République. »
Jacques Perrilliat, président de l'Union du commerce de centre-ville (UCV)

« Le lait UHT premier prix est à 0,55 E. Lorsque les prix à la production ont baissé de 20 %, le prix en rayon n'a pas diminué. Peut-être ne bougera-t-il pas avec la hausse ? »
Pascal Ferey, président de la FDSEA de la Manche

« Nous devons débattre de l'utilité d'un alignement des délais des paiement des fournisseurs sur celui des distributeurs. »
Jean-Paul Betbèze, président de l'Observatoire des délais de paiement.

« Le gouvernement doit augmenter la TVA sur les produits gras et sucrés pour faire face à l'incessante progression de l'obésité. »
François Carlier, directeur adjoint, UFC-Que choisir ?

LSA Le Journal de la Distribution - N° paru 2012 - le 20-09-2007
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