Quechua, à fond l'innovation !

|

Au coeur des Alpes, le siège de la marque Quechua a développé une organisation originale, de la conception à la vente en magasins, entièrement tournée vers la rapidité. Reportage.

Niché dans la vallée de l'Arve, le siège de Quechua, la marque outdoor de Décathlon, a une vue imprenable sur le mont Blanc et les verts pâturages des Alpes. Pourtant, ceux qui y voient une opportunité de s'adonner à des méditations bucoliques en seront pour leurs frais. « Décathlon a décidé de nous installer ici à la fin des années 90 pour que l'on puisse tester nos dernières créations tout au long de l'année », averti Olivier Colloc, directeur du site de Domancy, et pionnier de l'aventure Quechua.

Cette kyrielle de tests en plein air n'a donc rien d'une promenade de santé pour les employés de Quechua. Leur obsession ? Aller vite ! « C'est le nerf de la guerre, poursuit Olivier Colloc. Quechua innove, mais ce n'est pas encore la Nasa. Nos technologies sont simples, donc la vitesse avec laquelle on peut occuper le terrain en magasins est primordiale. » En clair, à l'image d'un Zara qui a bâti son succès sur sa rapidité d'exécution, Quechua a simplifié son organisation au maximum, en insistant sur la proximité des équipes.

 

« Brainstorming et bricolage » toute l'année

Elle s'illustre avant tout dans la composition des « groupes projets », qui fonctionnent comme des microentreprises au sein de l'entreprise, avec pour mission d'imaginer le prochain best-seller de Quechua. Ils réunissent autour d'une même table les différents métiers impliqués dans leur conception. Marketing, achat, design, ingénieur, logistique... Une petite dizaine de personnes qui planchent à l'année sur un thème précis comme la chaussure, le sac à dos, ou encore le textile. Du brainstorming à l'étude de marché, en passant par le calcul du coût de revient, ils finissent par accoucher d'une « vision », une sorte de catalogue de l'offre qui prend ensuite le chemin de la production.

Du moins quand il n'y a rien de très neuf. Car les produits innovants passent d'abord par une phase de validation dans l'atelier de prototypage, juste à côté du plateau des groupes projets. Tissus en pagaille, matériel usager, planche à découper... On y bricole avec ce que l'on a sous la main. En interne, on parle alors des « monstres ». À l'occasion de notre visite, nous avons ainsi découvert un projet de veste de randonnée doté d'un système de récupération des eaux de pluie, c'est-à-dire du plastique de bâche cousu en forme d'entonnoir dans le dos. Ou encore un sac à dos avec un couvre-siège auto en billes de bois plaqué sur l'armature... Confort garanti ! « Tout le monde peut mettre la main à la pâte, c'est une phase créative », explique Olivier Colloc, directeur du site. Mais attention, les projets les plus sensibles sont tout de même à l'abri des regards indiscrets. Trois « bunkers », des maisonnettes ou appartements situés à quelques kilomètres du siège les hébergent. On y travaille en ce moment d'arrache-pied sur les nouveaux matériaux textiles.

Proximité, rapidité, efficacité

Si le « monstre » apporte satisfaction, il est ensuite confié aux prototypistes. Ils passent alors au stade de la production préindustrielle. Pour cela, un maximum de machines sont installées dans les locaux, pourtant exigus, à l'image de l'atelier de prototypage textile qui a encore été agrandi avant l'été. « On pourrait demander au siège, dans le Nord, de s'en occuper, mais cela nous ferait perdre du temps », estime un employé. Le résultat donne une ébauche très proche du produit fini, même si le design est encore une lointaine préoccupation.

C'est le signal pour lancer la phase des tests. En fonction des résultats, le prototype fera des allers et retours plus ou moins nombreux avec l'atelier. Avant que la tente 2" ne prenne sa forme définitive, il a ainsi fallu élaborer 40 prototypes ! Cette étape détermine en grande partie la durée de gestation, de six mois quand tout se passe bien, jusqu'à deux ans pour les produits plus complexes.

 

Implication personnelle de chacun

Du coup, tout le monde est mis à contribution. « Je suis le premier à confier à ma fille un nouveau sac à dos pour qu'elle le teste en randonnée », témoigne Olivier Colloc, quand il ne s'en charge pas lui-même. Mais Quechua se tourne aussi vers ses clients. Depuis le début de l'année, un pupitre est dressé une fois par semaine près de l'entrée du magasin accolé au siège de Quechua. Le but est de recueillir l'avis des clients sur les dernières chaussures de randonnée sorties des ateliers. Que pensent-ils du prix ? De la technologie ? De leur design ? En suivant ce circuit, la tente 2'', d'abord baptisée Flash, a gagné son nom et son packaging actuels. « C'est aussi en regardant les chiffres de vente qu'on a compris que l'on tenait quelque chose de hors norme ! », se souvient Olivier Colloc, directeur du site de Domancy.

L'impératif de réactivité des équipes des marques Passion est à ce point essentiel pour le groupe Oxylane, qu'il dicte la taille des équipes, voire la naissance de nouvelles marques. « Dès que le nombre d'employés d'une marque Passion est supérieur à 150, il devient pertinent de créer une sous-marque à l'intérieur de son périmètre, explique un cadre dirigeant de Décathlon. Déjà parce qu'il y a un marché pour cela, mais surtout parce qu'il s'agit d'une taille critique en termes de management. Nous devons garder des équipes courtes pour aller vite. » Pour Quechua, ce seuil a été franchi en 2007 avec la création de la marque Wed'Ze, spécialisée dans les sports de glisse d'hiver. Quatre ans plus tard, Quechua est à nouveau proche des 150 employés, tandis que Wed'Ze en compte déjà une cinquantaine. Si officiellement aucune nouvelle marque Passion n'est à l'étude, il ne serait pas surprenant d'en voir une débarquer sous peu...

La genèse de la tente 2", le best-seller de Quechua

1. LA CONCEPTION Les équipes travaillent en « groupe projet » à l'année. En réunissant autour d'une même table les différents métiers de Quechua (marketing, logistique, ingénieur, design, acheteur...), la marque permet des échanges d'informations en temps réel entre eux. Pour valider la pertinence d'une idée, et lancer la conception d'un nouveau produit au plus vite, on ne fait pas mieux. 2. LE PROTOTYPE À côté des bureaux, un atelier permet au prototypiste de bricoler à toute vitesse un « monstre », pour se faire une première idée du nouveau projet. Si le test est concluant, on passe à l'étape des prototypes préindustriels, ce qui peut durer de longs mois. La conception de la tente 2'' a nécessité pas loin de 40 brouillons ! 3. LES PREMIERS TESTS CONSOMMATEURS... Situé au pied du mont Blanc, Quechua teste ses produits toute l'année en conditions réelles. Les employés sont invités à tester les prototypes eux-mêmes, pour ensuite faire part de leurs impressions. Ensuite, ce sont des clients, les habitués bien identifiés du magasin, qui sont sollicités pour donner leur avis. 4. PUIS EN MAGASINS Le magasin de Domancy teste régulièrement en rayons des prototypes sortis des ateliers. Positionnement prix, packaging... Les réactions des clients sont scrutées à la loupe. Ainsi, la tente best-seller de Quechua s'appelait Flash avant d'être rebaptisé 2''. Le premier nom n'évoquait pas assez la notion de rapidité auprès des clients. Il ne reste désormais plus qu'à la commercialiser.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2196

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous