Quelles sont les perspectives économiques selon le Bipe ?

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Dans un communiqué, le BIPE, société d’études économiques et de conseil en stratégie, dévoile ses prévisions économiques. A méditer  

Des prévisions à méditer
Des prévisions à méditer © fotolia

« La croissance mondiale s’améliore, c’est un fait, mais ce n’est pas sous l’impact des émergents. Car, les pays émergents, pris dans leur ensemble, maintiennent plutôt leur rythme de croissance. Certains connaissent une sensible amélioration de leur croissance comme l’Inde, d’autres enregistrent une légère accélération de leur activité comme la Chine, quand enfin quelques-uns enregistrent une nette dégradation plongeant même dans la récession comme le Brésil.

La reprise américaine s’affirme. En fait, l’accélération de l’activité mondiale provient essentiellement des États-Unis. Car, la reprise américaine s’affirme : la nette amélioration des anticipations des entreprises américaines annonce une accélération de leurs dépenses d’investissement et de leurs besoins d’embauches, la diffusion de l’optimisme au sein des ménages modestes, encouragée par des créations d’emplois sur un rythme de plus 200 000 par mois depuis le début de l’année, indique quant à elle une consommation toujours plus robuste, alors que la baisse des taux longs devrait favoriser un retour de la croissance de l’investissement résidentiel.

Si les ressorts de sa croissance sont internes avant tout, la compétitivité de l’économie américaine devrait continuer à bénéficier du développement des hydrocarbures de schiste dont les exportations devraient augmenter sensiblement. Tous les clignotants sont ainsi au vert et cette croissance robuste devrait légèrement dépasser 3% en 2015 aux États-Unis. La Réserve Fédérale devrait ainsi commencer à relever ses taux directeurs en 2015 qui devraient atteindre 1,5% fin d’année prochaine.

Zone euro : sous la menace grandissante de la déflation

En zone euro, l’environnement économique est totalement différent. La conjoncture se dégrade depuis quelques mois. La première alerte est provenue de la croissance quasiment nulle du 2ème trimestre alors que les quatre trimestres précédents avaient cru sur un rythme annualisé de +1,0% en moyenne. Cette contre-performance a été enregistrée alors que l’Espagne a réservé une excellente surprise, le PIB augmentant de 0,6% en rythme trimestriel (2,5% en rythme annualisé). En fait, la compétitivité de l’économie espagnole lui permet de rentrer dans un réel schéma de reprise : les gains élevés de parts de marché ainsi que les marges confortables des entreprises ont entraîné dans un premier temps une reprise de l’investissement et se transmettent maintenant aux ménages par le biais des créations d’emplois. Certes, les ménages restent très endettés mais la situation saine des entreprises permet d’anticiper la poursuite de ce cercle vertueux. La croissance devrait y atteindre 2,0% en 2015 après +1,4% cette année.

Le deuxième trimestre a été affecté par l’atonie de l’activité en France, le retour de l’Italie en récession ainsi que par la contraction du PIB de 0,2% en Allemagne. Mais, cette réduction d’activité en Allemagne est en grande partie un aléa statistique : la douceur de l’hiver avait gonflé l’activité dans le secteur de la construction au premier trimestre. Car, la croissance allemande restera tirée par l’investissement résidentiel qui bénéficie d’un marché peu valorisé et de la faiblesse des taux longs, ainsi que par une consommation vigoureuse qui profitera des augmentations importantes de salaire dans les services en prévision de l’instauration d’un salaire minimum au niveau national en 2015. La croissance allemande devrait être de 2,0% en 2015 après 1,6% en 2014.

Cependant, le retournement des anticipations des chefs d’entreprises allemands, enregistrés durant l’été, fait peser une lourde menace sur la croissance de la zone euro alors que l’Allemagne devait y jouer le rôle de locomotive. Probablement issu de l’inquiétude que suscite le conflit ukrainien, la dégradation de la confiance

des entreprises allemandes est susceptible de casser durablement la dynamique de reprise en Allemagne, et donc en zone euro, en entraînant un retournement de la dynamique d’investissement des entreprises puis d’embauches en cas de persistance.

Au vu de cette dégradation des perspectives de court terme d’activité, l’inflation sous-jacente ne devrait pas remonter à cause de la dégradation du pouvoir de marché des entreprises et l’inflation devrait continuer sa baisse qui a été provoquée ces derniers mois par la chute des prix agroalimentaires. L’inflation devrait être de 0,5% en 2014 et de 0,4% en 2015.

Face à cette menace déflationniste plus pressante, la Banque Centrale Européenne (BCE) se devait alors de réagir la semaine dernière : elle a abaissé ses taux directeurs de 10 centimes, afin de redonner confiance aux investisseurs et d’améliorer le pouvoir de marché des entreprises, par le biais notamment d’une plus forte dépréciation de l’euro qui devrait être la conséquence de taux de rémunération des dépôts toujours plus négatifs, abaissé de -0,10% à -0,20%. L’euro devrait poursuivre sa baisse jusqu’à 1,25 $ jusqu’en 2015. La BCE a également annoncé qu’elle allait mettre en place un programme d’achats d’ABS, (Assets Backed Securities), titres adossés à des crédits distribués notamment aux PME, afin d’améliorer la liquidité de ces crédits et d’abaisser leurs taux notamment dans les pays d’Europe du Sud où ils demeurent élevés. Ainsi, contrairement aux États-Unis, la zone euro devrait maintenir ses taux durablement à un niveau proche de 0%, jusqu’à la fin 2015.

France : pas d’amélioration, pas de récession, des déséquilibres structurels persistants

Dans ce contexte, la France devrait continuer à enregistrer une croissance faible et demeurer dans un environnement faiblement inflationniste. Car, en dépit de la persistance de ses problèmes structurels de compétitivité et de leurs impacts défavorables sur l’investissement et l’emploi qui ne devrait pas reprendre, la croissance continuera à être soutenue par la consommation : les dépenses des ménages devraient toujours bénéficier de la croissance sans faille des prestations sociales, rajoutant 1 point de croissance à leur revenu disponible, et d’une hausse du salaire moyen par tête de 1,5% cette année, et de 0,8% l’année prochaine alors que les gains de productivité sont quasiment nuls et que le taux de chômage devrait flirter avec les niveaux de 10,5%, fin 2015.

Ainsi, le soutien de la consommation des ménages à la croissance est-il en France la contrepartie non seulement de la dégradation de la compétitivité des entreprises, avec des augmentations salariales supérieures aux gains de productivité, mais aussi du creusement du trou budgétaire qui devrait passer de 4,2% en 2013 à 4,4% en 2014 et à 4,6% en 2015, affecté également par la faiblesse des rentrées fiscales. En dépit de la hausse du taux de prélèvements obligatoires à 45% en 2014, les recettes fiscales pâtissent d’une inflation (0,6% en 2014 et 0,3% en 2015) et d’une croissance (0,3% en 2014 et 0,7% en 2015) très basses, systématiquement inférieures aux prévisions intégrées dans les lois de finances.

 

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