Quels centres-villes résistent?

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Plutôt que de stigmatiser encore le déclin du commerce en centre-ville, la fédération du commerce spécialisé Procos a voulu, dans son palmarès inédit de 23 cités, valoriser les initiatives exemplaires.

centre-ville commerçant

«De la santé des commerces de nos centres-villes dépendent la vie de la cité et même la société de demain, déclare Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos. On peut continuer de déplorer leur dégradation. Nous avons préféré mettre en lumière les villes où l’action locale a su entretenir et développer leur performance. » Ainsi a été lancé le premier palmarès des centres-villes marchands les plus dynamiques (hors Paris et région parisienne). Après avoir étudié plus de 200 villes françaises, Procos a établi son classement, réparti en quatre grandes catégories.

 

Les « grandes agglomérations » sont les mieux loties, avec des taux de vacance faibles (7%) et des performances commerciales liées à la présence de grandes enseignes et de cadres à revenus élevés. Dans ce panel des 27 plus grands centres-villes de France (avec une population en unité urbaine supérieure à 240 000 habitants), Procos a élu Strasbourg lauréate, avec un centre-ville érigé en pôle commercial numéro un de l’agglomération par le chiffre d’affaires. Si Nantes tire profit d’une classe moyenne bien représentée en centre-ville, Toulouse bénéficie de sa dynamique démographique et de sa qualité de vie. Grenoble et Rennes ont su, pareillement, développer leurs pôles de périphérie, sans déstabiliser leur centre.

Deuxième catégorie, les 54 « grandes villes moyennes », dont la population est comprise entre 70 000 et 240 000 habitants en unité urbaine. « Leurs performances commerciales sont nettement inférieures à celles des grandes agglomérations. À plus de 10%, le taux de vacance moyen est alarmant, et les performances des enseignes Procos sont, en moyenne basse, 17 points en deçà de leur chiffre d’affaires moyen en France », précise l’étude. Cependant, le ratio actifs/emplois y est encore favorable et le nombre de commerces, supérieur à 350, offre une masse critique suffisante.

Première, Colmar se singularise par son haut taux de commerces alimentaires et culturels, et par le dynamisme de ses commerçants indépendants. Annecy, ville touristique aux portes de la Suisse, affiche un taux d’actifs élevé, tandis que Chartres jouit du bon niveau de sa classe moyenne supérieure et… du faible niveau de développement de sa périphérie. Quant à La Rochelle, elle affiche un taux exceptionnel de 3% seulement de vacance commerciale.

 

Le tableau de la vacance s’assombrit pour les « petites villes moyennes ». Soit 68 cités dont l’unité urbaine compte entre 35 000 et 70 000 habitants. Le plus souvent unique point de centralité pour des territoires ruraux, 50% de ces villes connaissent un taux de vacance supérieur à 10%. Et un cinquième des taux au-delà des 15%. Les préfectures sont celles qui tirent le mieux leur épingle du jeu, plus encore quand elles sont éloignées des grands centres urbains. Ville reconstruite après-guerre, Saint-Lô a modernisé avant l’heure son appareil commercial, accessible et doté de grandes cellules. Quant à Lons-le-Saunier, elle joue sur son centre-ville coquet, piéton et pourvu d’une dizaine de parkings !

 

L’action locale prime

« Vive le tourisme ! » peuvent clamer les 17 villes dont la capacité d’accueil (hôtellerie, camping…) dépasse de 10% la population locale. Ces unités urbaines hébergent entre 20 000 et 90 000 habitants. Toutes bénéficient de leur apport extérieur de population, avec un taux de vacance inférieur à 7%. Les villes du classement bénéficient principalement de l’attractivité des côtes – exception faite de Beaune. Menton et Deauville réalisent des chiffres d’affaires supérieurs à l’indice 100 de moyenne nationale. Forte de son taux de vacance de 3,5%, Saint-Malo occupe la première place au classement des « villes touristiques ».

Au-delà de ces critères quantitatifs, les enseignes adhérentes Procos ont été invitées à élire leurs centres-villes « coups de cœur ». Ont été désignées : Aix-en-Provence, forte de l’attractivité de son patrimoine historique et de sa politique d’animation ; Bordeaux, qui s’est hissée au top des villes où il fait bon vivre ; et Mulhouse, qui a su redynamiser son cœur de ville mis à mal par l’essor de sa périphérie en mettant en place le projet politique Mulhouse Grand Centre. En effet, « c’est bien la mobilisation des acteurs locaux, davantage que les décisions nationales, qui sauvegardera nos centres-villes », conclut Emmanuel Le Roch.

Leurs atouts

  • Une accessibilité multimodale et la présence d’équipements structurants.
  • Les emplois et le maintien d’une population à bons revenus.
  • Un dynamisme administratif, culturel et touristique.
  • Un développement concerté et contenu des zones de périphérie.

 

Échapper à la vacance commerciale

Les villes moyennes sont les premières atteintes par l’augmentation du taux de vacance des locaux commerciaux.

9,5%

Le taux moyen de la vacance en centre-ville, en 2015, contre 7,2% en 2012

Plus de 10%

Le taux observé dans près de la moitié des centres-villes, contre seulement un sur dix en 2001

Source : Procos

 

Le premier classement Procos des centres-villes commerçants * par ordre de classement

Grandes agglomérations

Ville lauréate : Strasbourg (67)

Un milliard d’euros de chiffre d’affaires ! C’est ce que réalisent les 1 000 commerces de son centre-ville. Ce qui en fait le principal pôle marchand de l’agglomération, devant l’ensemble commercial Mundolsheim, en périphérie nord.

Les autres villes distinguées * : Nantes (44), Toulouse (31), Grenoble (38) et Rennes (35).

Petites villes moyennes

Ville lauréate : Saint-Lô (50)

Avec 215 commerces pour une unité urbaine d’environ 25 000 habitants, c’est un très petit centre-ville. Riche d’une offre de proximité, mais aussi d’enseignes de renom, ce cœur de ville garde sa clientèle captive, éloignée des pôles shopping, tels que Caen, à cinquante minutes en voiture.

Les autres villes distinguées * : Lons-le-Saunier (39), Bastia (2B), Gap (05) et Bayeux (14).

Villes touristiques

Ville lauréate : Saint-Malo (35)

Avec 550 commerces pour une unité urbaine de moins de 50 000 habitants, son centre-ville est aussi pourvu que celui de plus grandes cités comme Reims ou Le Mans. Malgré une concurrence périphérique musclée, ses 8 millions de nuitées touristiques sauvegardent ce cœur marchand.

Les autres villes distinguées * : Menton (06), Deauville (14), Beaune (21) et La Baule (44).

Coups de cœur des enseignes

Les trois villes distinguées * : Aix-en-Provence (13), Bordeaux (33) et Mulhouse (68)

Le patrimoine historique d’Aix-en-Provence attire 800 000 visiteurs par an. Grâce à sa politique de transport, de rénovation et d’emploi, Bordeaux se classe en tête des villes où il fait bon vivre . Enfin, avec Mulhouse Grand Centre, les élus ont su renforcer l’accessibilité et l’attractivité d’un centre-ville fragilisé par l’essor de sa périphérie.

Grandes villes moyennes

Ville lauréate : Colmar (68)

Avec près de 550 commerces pour moins de 100 000 habitants dans son unité urbaine, le centre-ville de Colmar dépasse la moyenne de sa catégorie d’environ 400 points de vente. De quoi satisfaire les 3,5 millions de touristes qui visitent la ville chaque année.

Les autres villes distinguées * : Annecy (74), Chartres (28), La Rochelle (17) et Caen (14).

 

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Article extrait
du magazine N° 2445

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