Déconfinement: quels protocoles le jour de la réouverture des magasins?

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Le gouvernement a tranché, jeudi 12 novembre : les commerces fermés le resteront pendant quinze jours au moins. Une réouverture début décembre n’est envisagée qu’à condition de repenser un protocole sanitaire dans les magasins approuvé par les scientifiques. Eventail de ces mesures et leurs limites en 7 points, plus la question centrale de la date.

Le Premier ministre, Jean Castex, a exhorté les Français à la patience lors de sa conférence de presse, le 12 novembre.
Le Premier ministre, Jean Castex, a exhorté les Français à la patience lors de sa conférence de presse, le 12 novembre.

"Je sais quelles sont les angoisses des commerçants qui n’aspirent qu’à pouvoir travailler et qui sont très inquiets de ne pouvoir rouvrir assez tôt avant les fêtes de fin d’année. Notre objectif est bien de pouvoir y parvenir, mais ce moment n’est pas encore venu." En une phrase, le 12 novembre, Jean Castex, le Premier ­ministre, a douché les derniers espoirs des professionnels. Leur inquiétude, le mot est faible, leur cri d’alerte n’a donc pas été entendu. Répondre à l’urgence sanitaire tout en maintenant un semblant de vie économique, ce qui passe par le sacrifice des commerces physiques jugés « non essentiels », continue d’être la ligne de crête du gouvernement : « Il serait irresponsable d’alléger le dispositif dès maintenant. Notre objectif est bien de parvenir à ouvrir avant Noël. C’est une décision lourde, mais il ne fallait pas céder à la pression au risque de tout compromettre et de devoir refermer après pour tout le mois de décembre. » Les professionnels avaient prévenu : une fermeture prolongée aura des conséquences sur la marge et la trésorerie, notamment à cause des stocks constitués qu’il faudra payer… Mais avec quel argent, faute de chiffre d’affaires ? L’État, fidèle à sa politique du « quoi qu’il en coûte », a répondu par la voix de Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie. Fonds de solidarité, activité partielle, exonération des charges sociales et une mesure renforcée : le crédit d’impôt sur les loyers, qui passe de 30 à 50 % pour les bailleurs qui acceptent de faire une croix sur le loyer de novembre pour les commerces de moins de 250 salariés. Au-dessus, jusqu’à 5 000 salariés, le crédit d’impôt porte sur les deux tiers du loyer. Reste à prouver que ces ­mesures seront suffisantes. 

des courses sur rendez-vous 

Prendre rendez-vous avant de venir en magasin ? Cette pratique est déjà largement répandue chez les cuisinistes ou dans les centres auto et, depuis le premier déconfinement, des ­enseignes d’autres secteurs, telles Marionnaud, Okaïdi ou Oxybul, ont mis en place cet outil. « Au départ, il nous servait surtout à caler des rendez-vous pour le retrait des achats en click & collect et éviter que nos clients attendent dans la rue », explique Catherine De Bleeker, directrice d’Oxybul. C’est pour éviter de revoir des queues se former sur les trottoirs que le gouvernement souhaiterait la mise en place de rendez-vous.

Le projet ne fait pas l’unanimité : « Ce n’est pas réaliste. C’est jouable pour un commerce recevant quelques clients par heure, mais pas pour les grandes surfaces », argue Jean-Luc Treutenaere, président du Syndicat des distributeurs de loisirs culturels. Yohann Petiot, de l’Alliance du commerce, renchérit : « Il n’y a pas de modèle économique derrière : faut-il prévoir un vendeur pour un client ? » Via leur fédération, les jouettistes, eux, se sont mis en commun pour mandater un prestataire afin de mettre au point une sorte de « Doctolib du jouet » proposant aux clients des créneaux de trente minutes pour faire leurs achats en magasin.

Faisabilité : si les solutions techniques existent, la prise de rendez-vous sera compliquée à mettre en place pour les enseignes à fort trafic… ou pour les hypers et supermarchés mêlant achats alimentaires et non alimentaires.

Des horaires d’ouverture élargis 

Pour tenter de lisser la fréquentation, les fédérations et enseignes proposent d’élargir les horaires et de recourir à l’ouverture dominicale. « Il faut que l’on puisse obtenir d’ouvrir tous les dimanches, partout en France. Dans l’Ouest, par exemple, ils ouvrent juste deux dimanches », défend Yohann Petiot. Même son de cloche dans le jouet où tous les spécialistes se disent prêts à travailler le dimanche et à élargir de deux heures, soit une le matin et une le soir, leur amplitude horaire habituelle. Encore faut-il que les salariés soient en nombre suffisant… Alors que tous les contrats des saisonniers – qui permettent, par exemple, au jouet de doubler ses effectifs pour Noël – ont été suspendus, les enseignes sont prêtes à reprendre leurs embauches au plus vite. « Mais plus on retarde la réouverture, plus on risque de devoir faire face à un afflux de clientèle que l’élargissement des horaires et les dimanches travaillés ne suffiront pas à absorber », prévient Romain Mulliez, président de PicWicToys et coprésident de la FCJPE.

Faisabilité : si elle pose quelques soucis de recrutement et d’aménagement des contrats de travail, cette mesure est plutôt plébiscitée par les commerçants soucieux avant tout de pouvoir enfin retravailler et tenter de sauver la saison.

Un durcissement de la jauge 

« L’idée de retravailler la jauge fait l’unanimité », indique Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la Fédération du commerce associé (FCA). Cette mesure, qui consiste à calculer par magasin une fréquentation maximale de personnes, avait été l’une des clés du déconfinement en mai. Pour cette deuxième édition, les enseignes sont prêtes à durcir la jauge pour convaincre le gouvernement de rouvrir les points de vente. Au printemps, la directive consistait à compter 4 m² par personne. Désormais, les différentes fédérations proposent de 8 à 10 m² par personne. Dans le secteur de l’ameublement, Patrick Prigent, président de la Confédération nationale de l’équipement du foyer (Cnef), propose même « une jauge de 20 m², calquée sur le classement en catégorie 5 pour le risque incendie ». Un seul flou perdure : sur quelle surface appliquer le calcul ? Toute la superficie, en ne comptant pas la réserve, en soustrayant l’espace occupé par les meubles, etc. ? Sans clarification, chaque distributeur appliquera un calcul différent.

Faisabilité : la mesure est facile à déployer et fait l’unanimité chez les commerçants. Il est fort probable que le gouvernement l’impose pour ce deuxième confinement.

Un renforcement des procédures de filtrage-comptage 

Là encore, cette mesure est issue du premier protocole de déconfinement. Un contrôle est fait à l’entrée des magasins pour compter les entrées et sorties. Sur le plan opérationnel, les différentes fédérations ne s’engagent pas sur des systèmes précis, mais sur le respect de la jauge. Cela peut se faire par un système D avec une mise à disposition limitée de chariots ou de paniers, sous la supervision d’un vigile ou d’un employé. Il existe également de nombreuses solutions pour automatiser le comptage des entrées et sorties, et même bloquer la porte. Lidl a, par exemple, équipé la quasi-totalité de son parc d’un tel système, avec un feu rouge à l’entrée si la fréquentation dépasse les 200 personnes dans un magasin de 1 000 m².

Faisabilité : la mise en place d’un système de contrôle de la fréquentation va de pair avec l’instauration d’une jauge. Il y a peu de chance que le gouvernement impose une solution précise. Il demandera simplement un strict respect de la fréquentation.

Un accueil et une orientation par des « welcomers » 

Pour limiter la fréquentation, les fédérations prônent aussi la mise en place d’une personne à l’entrée du point de vente. Dans certaines enseignes comme Orange, Yves Rocher ou King Jouet, ce type de poste existe déjà afin d’améliorer l’expérience client. Leur rôle serait renforcé car ils peuvent aussi limiter le trafic en magasin en donnant une commande de click & collect ou en guidant les consommateurs sur la zone de la boutique qui les intéresse.

Faisabilité : aucun frein opérationnel, il suffit de dédier une personne à temps plein pour orienter les clients. Des enseignes ont déjà ce type de poste en magasin.

Le shopping en solo 

Imposer ou recommander vivement aux consommateurs de privilégier les courses en solo ? C’est une hypothèse qui ne ravit pas les professionnels, surtout ceux du jouet et de la culture, dont les magasins sont habitués à accueillir, à quelques semaines de Noël, les familles et leurs bambins. Pourtant, l’expérience a été tentée, en Italie notamment, au sortir du premier confinement au printemps. « Faire venir seul le client ? C’est difficile à accepter pour nous qui avons des magasins familiaux », estime Jean-Luc Treutenaere, président du Syndicat des distributeurs de loisirs culturels, qui réunit la Fnac, Cultura, ou les Espaces culturels E. Leclerc.

Faisabilité : il paraît difficile de le rendre obligatoire, mais cela peut être vivement conseillé.

L’application Tous AntiCovid 

Téléchargée par plus de huit millions de Français au 12 novembre, l’application Tous AntiCovid a plus de succès que la première version qui n’avait convaincu que 1,2 million de citoyens. Faut-il en faire un laissez-passer avant d’entrer dans un restaurant, une université ou un magasin ? Certains professionnels trouvent que la solution n’est pas si mauvaise, à condition que cela ne soit pas rendu obligatoire. Car alors se poserait la question du contrôle des données personnelles. Dans les restaurants, la prise des coordonnées des clients n’aurait apparemment pas donné grand-chose, beaucoup laissant des numéros fantaisistes. Contrairement aux Allemands ou aux Anglais, qui sont deux à trois fois plus nombreux à avoir téléchargé une telle application, les Français sont toujours rétifs à ce genre de proposition.

Faisabilité : difficile de demander aux commerçants de vérifier que chaque client qui franchit leur porte a bien téléchargé l’application.

Magali picard, Clotilde chenevoy et Véronique yvernault

  • Depuis la fin du premier confinement, certaines enseignes comme Oxybul permettent la prise de rendez-vous en ligne.

  • Lidl a d’ores et déjà installé un système de comptage automatique qui permet de bloquer les portes quand la jauge de fréquentation maximale d’un magasin est atteinte.

  • Le 12 novembre, 8 millions de Français avaient déjà téléchargé l’application Tous AntiCovid.

Pas avant le 1er décembre

Le plaidoyer de certains pour rouvrir les commerces physiques le dernier week-end de novembre, qui marque traditionnellement le coup d’envoi des achats de Noël, mais aussi le Black Friday, n’a pas été entendu. Les magasins fermés depuis le 30 octobre ne rouvriront pas avant, au mieux, le 1er décembre. Ce qui désespère les représentants du jouet, par exemple. « Une réouverture globale début décembre est, pour les activités saisonnières comme la nôtre, une terrible nouvelle économiquement car nous ne pourrons pas rattraper notre retard. C’est aussi un contresens sanitaire car elle créera un pic de fréquentation dans les commerces au lieu de lisser l’affluence comme l’aurait permis une ouverture progressive », proteste Philippe Gueydon, directeur général de King Jouet et coprésident de la fédération du secteur. Sans compter l’impact sur les stocks, chiffrés à 1,2 milliard d’euros dans le jouet. Cependant, comme l’a dit le ministre de l’Économie, « le calendrier fixé est un motif d’espoir pour les commerces ». Bruno Le Maire a juste laissé entrevoir ce que pourraient être les nouvelles règles sanitaires : une jauge renforcée et des prises de rendez-vous « là où c’est pertinent ». Des règles qui devront recevoir l’aval du comité scientifique.

 

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Article extrait
du magazine N° 2628

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