Querelle de clocher autour du dimanche

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Pendant cinq semaines, des salariés Intermarché, les élus locaux et des petits commerçants ont manifesté chaque dimanche matin devant le Super U de Podensac, en Gironde. Reportage.

- 100 à 200 personnes mobilisées chaque dimanche matin pendant cinq semaines - Un front groupant salariés Intermarché, élus (maires, députés, conseillers généraux) et petits commerçants - Un blog http://pasdecoursesledimanche.unblog.fr/ - Une motion demandant au préfet de surseoir à l'ouverture dominicale doit être soumise au vote d'une trentaine de communes

Des salariés Intermarché manifestant devant un Super U. L'opération est peu banale. C'est pourtant ce qui se passe en Gironde, où des employés des Intermarché de Béguey et Langoiran ont fait le pied de grue, chaque dimanche pendant cinq semaines, devant le Super U de Podensac. Objectif : faire revenir ce Super U sur sa décision d'ouvrir le dimanche matin (ce que la loi autorisait bien avant le texte voté l'été dernier), pour éviter de voir leurs propres magasins contraints, par ricochet, à ouvrir eux aussi.

Le volontariat mis en doute

« Nous nous sommes mobilisés dès l'annonce de l'ouverture de Super U le dimanche 11 octobre », indique Muriel Guyot, salariée de l'Intermarché de Langoiran et porte-parole du mouvement. Les Intermarché qui affirment que leurs patrons s'opposent à l'ouverture du dimanche ont été rejoints par des commerçants traditionnels, des élus, des consommateurs. Une pétition aurait recueilli plus de 6 000 signatures. Et cinq dimanches matins de suite, devant Super U, les écharpes tricolores ont côtoyé les gilets jaunes des Intermarché et les tee-shirts militants, devant des banderoles conseillant au public : « Revenez demain, c'est ouvert ! » Dans le magasin de 2 900 m², une quinzaine d'étudiants et de volontaires travaillaient. Un vo-lontariat que les manifestants mettent en doute.

La décision d'ouvrir le dimanche d'Élie-Jacques Gayffier, PDG du Super U de Podensac, est motivée par la crise et l'implantation de concurrents sur sa zone de chalandise, surtout les hard-discounters, qui ont affecté son chiffre d'affaires. Il rappelle que d'autres magasins du secteur (Intermarché Beautiran ou Langon, Super U Camblanes...) ouvrent le dimanche depuis longtemps.

« Ils font plus de 10 % de leur CA ce jour-là », souligne-t-il, sans comprendre « l'acharnement » dont il s'estime victime. Il émet une hypothèse : « Intermarché fait du tapage chez moi pour détourner l'attention, alors qu'ils s'apprêtent à ouvrir un magasin de 1 500 m² à Saint-Maixant qui, lui, va vraiment faire mal au petit commerce de Cadillac. » Alors, guerre d'enseignes ? « Non, rétorque Muriel Guyot. Nous agirions de même, si un Intermarché décidait d'ouvrir le dimanche. » Après cinq dimanches de mobilisation, le mouvement s'est quelque peu émoussé. Ils n'étaient plus qu'une centaine, le 8 novembre, devant Super U qui estime perdre, à cause d'eux, 30 à 50 % de son chiffre d'affaires dominical.

Faire monter le débat

« Nous ne devons pas lâcher. Cette ouverture rompt l'équilibre commercial », martèle Lily Ballot, commerçante à Cadillac. L'union entre salariés Intermarché et petits commerçants envisage de quitter la rue pour du lobbying. « L'objectif est de monter plus haut, de contacter les élus, indique Muriel Guyot. On sait que l'on ne pourra pas changer la loi, mais le préfet peut prendre des mesures. Nous nous battrons pour que des dérogations se mettent en place. »

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Article extrait
du magazine N° 2113

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