Qui prendra la barre de Findus et d'Iglo ?

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Les deux marques de surgelés salés, appartenant à des fonds d'investissements, font couler de l'encre quant aux rumeurs concernant leurs ventes respectives. Derrière ces affaires qui pourraient passer pour de simples tractations se cache un mouvement de consolidation du marché des surgelés. De nouveaux fonds seraient les mieux placés pour mener à bien ce chantier.

La mer est lipide, sans nuage à l'horizon. Mais derrière ce paysage idyllique, en apparence, il ne se passe pas un mois sans vague concernant des nouvelles rumeurs de ventes et de rachats sur le marché des surgelés. Après le cas de Findus, appartenant au fonds d'investissements britannique Lion Capital, qui a fait couler de l'encre depuis le début de l'année quant à son éventuelle acquisition, il s'agit, cette fois-ci, de la marque de surgelés salés Iglo, propriété d'un autre fonds, Permira, qui serait désormais à vendre. Une information officiellement non confirmée. Cette rumeur n'a pourtant rien d'un hasard. Les désengagements de Permira (qui détient Iglo depuis 2006 après l'avoir racheté à Unilever pour 1,7 milliard d'euros) et de Lion Capital (propriétaire de Findus depuis 2008) s'inscrivent dans une logique de calendrier. En effet, le cycle de vie d'un fonds dans un groupe n'excède en général pas plus de trois ou quatre ans.

 

Plusieurs repreneurs sur les rangs

S'ajoute à cela un besoin de dégager du cash pour les deux propriétaires. Lion Capital enregistre une dette de plus de 700 millions d'euros due aux mauvais résultats de Findus dans la zone nordique. Et Permira, qui souhaiterait se diversifier, envisage, pour se désengager d'Iglo, une introduction en Bourse ou une vente. Cette dernière étant l'hypothèse la plus probable, car la plus rentable. « Permira estime que les perspectives de croissance ne sont plus si bonnes et que c'est le bon moment pour se désengager. C'est une grosse affaire, plusieurs repreneurs seraient déjà sur les rangs », confie Yves Marin, senior manager chez Kurt Salmon. Une « grosse affaire » valorisée à hauteur de 3 milliards d'euros, en regard des 200 millions de Findus zone Europe du Sud, dont la France fait partie.

 

« Trop de crocodiles dans la marre »

Si, en surface, il ne semble s'agir que de simples rachats d'entreprises, ces mouvements ne représentent toutefois que la partie émergée de l'iceberg. En coulisses, c'est une vraie stratégie de marché qui se déroule. Car la catégorie des surgelés européens n'est pas simple. « Elle a des fondamentaux sains et continue d'enregistrer de la croissance, mais, en GMS, le marché est difficile. Il y a trop de marques. Les fonds présents ont déjà engagé un processus de consolidation, en Europe, mais il n'est pas abouti. Entre Buitoni, Iglo, Findus, Bonduelle, Tipiak, Dr. Oetker et les MDD, il y a trop de crocodiles dans la marre », indique Jean-Daniel Pick, associé du cabinet de conseil OC et C Strategy Consultants.

Selon lui, la consolidation du marché doit passer par des abandons de marques et par la rationalisation de l'outil industriel. Car si certains fabricants sont sortis de ce marché, comme Unilever et Nestlé, il n'y a pas eu d'abandons de marques pour autant. Certaines pourraient alors jeter l'éponge et d'autres seront rachetées pour des fusions. Et pour mener à bien cette aventure, les fonds sont considérés comme les acteurs les mieux placés. Ce sont d'ailleurs eux qui se pressent sur les rangs.

Pour le cas de Findus, Permira avait fait parler de lui, il y a quelques semaines, concernant son intérêt pour l'actif. L'affaire avait capoté pour des raisons financières, selon des sources proches du dossier. Désormais, si aucun repreneur potentiel n'a montré le bout de son nez, tout laisse à croire que des tractations sont en cours avec d'autres fonds. Dans la logique d'une clarification du marché, « le futur repreneur d'Iglo pourrait s'y intéresser », indique un analyste.

 

L'Asie à l'affût des groupes européens

Chez Permira, les candidats sont nombreux. Avec un chiffre d'affaires de 1,1 milliard d'euros, Iglo suscite les convoitises des fonds américains, comme Blackstone, des britanniques BC Partners et de Cinven. « Ces deals sont étudiés depuis longtemps par des fonds européens », ajoute Jean-Daniel Pick. Cela, sans compter les fonds asiatiques. De récents exemples montrent que ces derniers s'intéressent de près aux groupes agroalimentaires européens. Le chinois Bright Foods s'était penché sur les ventes de Yoplait et de United Biscuits ; Petit Navire a été cédé à l'industriel thaïlandais Thaï Union Frozen Products ; Orangina à l'industriel japonais Suntory et Nutrition et Santé au laboratoire pharmaceutique japonais Otsuka. Et si les fonds restent les acquéreurs les plus envisageables, on ne peut exclure un éventuel repreneur industriel.

La traversée sera donc longue pour mener ces affaires à bon port, et des nuages sont à prévoir pour apercevoir à nouveau l'horizon.

FINDUS

Matthieu Lambeaux, DG France Activités Poissons (nature, cuisinés, panés et en sauce), légumes, pomme de terre et plats cuisinés

Propriétaire actuel Lion Capital 2,01 Mrds € Le CA en 2011 (+ 7% vs 2010) 200 M € La valorisation de l'actif (zone Europe du Sud, dont la France)

Source : Findus

 

IGLO

Alain-Dominique Faure, pdt France Activités Poissons (nature, gratinés et panés), légumes et poulet Propriétaire actuel Permira 1,7 Mrd € Le CA groupe, CAM à fin sept. 2011, (+ 40% pour la France vs 2010) 3 Mrds € La valorisation de l'actif

Source : Nielsen ; origine : Iglo

 

Pourquoi les fonds quittent le navire ?

Un effet calendrier qui explique les désengagements de Permira sur Iglo (dans le capital depuis 2006) et de Lion Capital sur Findus (propriétaire depuis 2008). Le cycle de vie des fonds n'excédant en général pas trois à quatre ans. Lion Capital veut dégager du cash pour rembourser sa dette de plus de 700 millions d'euros. Permira, qui pourrait envisager de se diversifier, souhaite se désengager d'Iglo par une introduction en Bourse ou par une vente, l'option la plus probable. Un marché des surgelés salés mature qui doit se clarifier avec trop de marques présentes.

De nouveaux capitaines pour tenir le cap

Selon les rumeurs, les fonds américains Blackstone, britanniques BC Partners et Cinven, seraient intéressés par Iglo. Permira s'était rapproché de Findus, selon de sérieuses rumeurs, il y a quelques mois, mais l'affaire avait échoué. Depuis, l'affaire serait en attente. Les fonds asiatiques, qui s'intéressent de plus en plus aux groupes agroalimentaires européens, pourraient éventuellement venir se mettre sur les rangs. Déjà, le chinois Bright Foods s'était tourné vers Yoplait et United Biscuits ; l'industriel Thai Union Frozen Products a racheté Petit Navire ; le japonais Suntory est devenu propriétaire d'Orangina-Schweppes et le laboratoire japonais Otsuka de Nutrition et Santé. Dans le cadre d'un mouvement de concentration, des gros industriels pourraient également se mettre sur les rangs.

2,7 Mrds €

Le chiffre d'affaires 2011 des surgelés salés en France, CAM à fin février 2012, + 2,8% vs 2011

Source : SymphonyIRI

 

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Article extrait
du magazine N° 2222

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