Qui va payer ?

Yves Puget, directeur de la rédaction
Yves Puget, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Alors que son cours de Bourse atteint un niveau inégalé depuis des mois. Que le moral de ses troupes commence à remonter. Que sa vision stratégique devient de plus en plus claire. Et, surtout, alors que sa part de marché pourrait enfin se redresser, le retour en grâce de Carrefour soulève bien évidemment une question : si le numéro deux mondial retrouve effectivement le chemin de la croissance en France, qui va en subir les conséquences ? Car, hélas, il ne faut guère compter sur un sursaut de la consommation pour accroître les ventes. Dit plus crûment, si le gâteau ne grossit pas, il sera nécessaire de grignoter la part du voisin. Alors, qui doit craindre un éventuel retour des équipes de Georges Plassat ?

Depuis quelque temps déjà, les enseignes d'indépendants - Leclerc en tête, les Mousquetaires et U - ont profité des errements stratégiques de Carrefour. Pour ce trio, la question est donc de savoir s'ils ont mangé leur pain blanc. Si les gains générés par le drive vont s'estomper, et si un Carrefour remis en ordre de marche annonce pour eux une période plus rude. Ici ou là, on entend que, faute de croissance assurée et par manque de relais de rentabilité avérés, des indépendants et des franchisés pourraient en profiter... pour changer d'enseigne. D'autres, bien plus nombreux, assurent que le redressement de Carrefour sera plus long que prévu et que leur dynamisme et leur organisation les mettent à l'abri de tout revers. Si tel est le cas, le hard-discount pourrait alors être le grand perdant de cette bataille de prix qui s'engage. Ce format de vente est déjà à la peine et pourrait avoir les pires difficultés à suivre le rythme imposé par les grandes surfaces alimentaires. D'autant plus qu'il dispose de moins de leviers d'action pour répliquer... Et, là aussi, beaucoup de rumeurs circulent autour de Dia.

Dit plus crûment, si le gâteau ne grossit pas, il sera nécessaire de grignoter la part du voisin.

On peut aussi s'inquiéter pour lesdites petites et moyennes enseignes. Pour elles, la question est de savoir quelle stratégie adopter. À l'instar de Match ou de Cora, doivent-elles faire le dos rond et attendre des jours meilleurs ? C'est-à-dire se concentrer avant tout sur leur métier, sur leurs points forts. Et surtout ne pas en sortir, ne pas s'égarer, ne pas s'éparpiller. Ou, bien au contraire, comme Géant, doivent-elles « prendre le taureau par les cornes » ? Certains dirigeants sont persuadés qu'ils sont dans l'obligation d'agir, de prendre des risques. Qu'ils ne peuvent plus se contenter de voir leur part de marché s'éroder et leur chiffre d'affaires dégringoler. Mais n'est-ce pas déjà trop tard. En filigrane de ce débat, certains vont jusqu'à imaginer que la période que nous traversons sera propice à quelques transferts ou échanges d'enseignes... Car, si le retour de Carrefour se confirme - pour l'instant le match ne fait que commencer -, il faut bien comprendre qu'il s'opérera au pire moment pour bon nombre de concurrents. Avec des marchés qui dévissent, un e-commerce qui progresse, des consommateurs inquiets, des tensions sur les prix et les marges... Pour certains, la facture du retour de l'inventeur de l'hypermarché pourrait donc être salée.

 

Dit plus crûment, si le gâteau ne grossit pas, il sera nécessaire de grignoter la part du voisin.

 

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Article extrait
du magazine N° 2265

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