Réglementation européenne sur le commerce électronique: Visa tire la sonnette d’alarme

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Visa n’apprécie pas le nouveau projet de réglementation européenne sur le commerce électronique. Qui, selon lui, pourrait sérieusement perturber l’activité commerciale en ligne et compliquer la vie des consommateurs.  

Aujourd’hui, la fraude sur les cartes Visa est faible, limitée à 5 centimes pour 100 euros dépensés.
Aujourd’hui, la fraude sur les cartes Visa est faible, limitée à 5 centimes pour 100 euros dépensés. © Vladimir Gerasimov - Fotolia

L’Autorité bancaire européenne (ABE) a présenté des propositions pour la mise en oeuvre de ce qu’on appelle la strong customer authentication (SCA), ou authentification forte du client. Ce projet, adoptant une approche indifférenciée pour toutes les situations de paiement, propose que toute transaction en ligne au-delà de 10 euros requière des étapes supplémentaires d’authentification lors du passage en caisse, comme la saisie de mots de passe, de codes, voire l’utilisation d’un lecteur de cartes. « Ce nouveau projet menace sérieusement de perturber notre manière d’acheter en ligne. Les mesures proposées créeront divers obstacles et désagréments, y compris davantage de transactions refusées et des parcours d’achat plus longs et compliqués, avec peu ou pas d’avantages pour les consommateurs»,  note dans un communiqué Gérard Nébouy, Regional Managing Director France, Visa. Avant d’ajouter : « Le commerce électronique est un symbole de réussite européenne alors même que l’économie est en berne. Cette initiative menace de ralentir la croissance et de réduire la compétitivité des entreprises européennes face à leurs concurrents partout dans le monde. »

Une enquête effectuée dans cinq pays européens pour le compte de Visa montre l’effet néfaste potentiel de ces évolutions. En pratique, les propositions impliqueraient :

• La fin du passage en caisse rapide. Les mesures proposées mettraient fin au paiement en un clic, même auprès de sites marchands régulièrement fréquentés par le consommateur. De même, les paiements rapides « in-app », au moyen d’applications où le consommateur a choisi de stocker les données de sa carte bancaire, seraient impossibles. Cela concernerait potentiellement 6,6 millions de Français qui ont déjà effectué un achat depuis leur mobile2. Visa estime que la moitié du commerce électronique grand public européen serait affecté. L’enquête montre que près des deux tiers (61%) des consommateurs abandonneraient des achats si des étapes supplémentaires étaient ajoutées au processus de paiement en ligne.

• L’accès restreint à l’achat sur des sites non-européens. Le projet obligerait les sites marchands internationaux à se conformer aux nouvelles règles européennes, faute de quoi les paiements seraient automatiquement refusés. Visa estime que plus de 6 milliards d’euros de paiements pourraient être concernés, soit les deux tiers du total des transactions européennes sur des sites de pays tiers. L’enquête montre que 51% des Européens achètent actuellement en ligne auprès de distributeurs situés en dehors de l’UE.

Une attente plus longue et des problèmes d’utilisation de cartes dans des lieux, comme les péages ou les parkings, où les codes PIN ne sont pas actuellement requis. En France, ceci concernerait plus de 500 millions de déplacements par an3.

Un coup de frein aux nouveaux usages de consommation déjà entrés dans le quotidien des Français, comme les sites de l’économie collaborative et qui proposent des solutions de paiement simplifié. En France, le m-commerce représentait en 2015 un chiffre d’affaires de 6,4 milliards d’euros4 (en hausse de 40% en un an) et la complexification des achats depuis son mobile affecterait clairement cette dynamique.

L’EBA publiera son projet final le 12 janvier 2017. Ces standards répondent aux exigences de la Directive européenne sur les services de paiement (PSD2), qui rend obligatoire l’authentification forte du client (SCA) pour tous les paiements électroniques. « Aucune preuve solide ne permet d’affirmer que tous ces désagréments et perturbations se traduiraient réellement par une réduction de la fraude. Nous avons aujourd’hui mis en place un système qui fonctionne, par une approche que nous appelons « l’authentification basée sur les risques. Celle-ci permet d’évaluer le niveau de risque de chaque transaction, prenant en compte des éléments comme l’appareil utilisé et les habitudes d’achat », précise Gérard Nébouy, dans le communiqué.

 Aujourd’hui, la fraude sur les cartes Visa est faible, limitée à 5 centimes pour 100 euros dépensés. Dans tous les cas, les consommateurs sont protégés des aléas de la fraude : le risque est pris par les commerçants et les banques qui, avec Visa, ont déjà mis en place diverses mesures de sécurité pour prévenir les achats en ligne frauduleux. « Ces dispositions simplifient et fluidifient le parcours d’achat. C’est ce que le consommateur d’aujourd’hui attend», conclut Gérard Nébouy,

A savoir

• 61% des consommateurs européens affirment que des étapes supplémentaires lors du paiement les amèneraient à abandonner leurs achats

• La réduction de l’accès aux sites marchands non-européens pourrait affecter environ 6 milliards d’euros de transactions
• Un coup de frein porté à l’innovation dans le domaine du e-commerce et du m-commerce en Franc

 

 

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