Marchés

Remue-ménagedans les aspirateurs

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À partir du 1er septembre, l’étiquette énergie devient obligatoire pour les aspirateurs traîneaux et balais avec fil. Objectif : limiter la course à la puissance en watts et développer d’autres critères comme la performance d’aspiration ou le niveau sonore. Une intention louable… mais qui fait débat.


Une révolution industrielle ! Au sein du Groupement interprofessionnel des fabricants d’appareils d’équipement ménager (Gifam), on ne mâche pas ses mots pour commenter l’arrivée de l’étiquette énergie sur les aspirateurs traîneaux : « La sonnette d’alarme avait été tirée il y a plus de dix ans par les fabricants eux-mêmes alertant sur la montée de la puissance en watts des appareils : certains avaient des moteurs très puissants, donc très énergivores, mais ne dépoussiéraient pas. C’était aberrant ! Imaginez si, pour des voitures, on vantait les modèles les plus gourmands en carburant », explique Patrick Ledévéhat, directeur technique du Gifam.

« Une lecture plus pertinente »

Désormais, les aspirateurs traîneaux et les balais avec fil afficheront leur consommation d’électricité, mais également leur efficacité en dépoussiérage selon le type de sol, leur niveau sonore et même leur capacité à retenir la poussière ! « L’étiquette permet une lecture plus pertinente pour distinguer un aspirateur efficace d’un autre simplement énergivore », confirme Cécile Carré, chef de produits entretien des sols chez Seb. Même chez Dyson, pourtant déçu du protocole retenu pour calculer les notes (lire ci-dessous), l’arrivée de l’étiquette énergie est saluée : « Nous sommes ravis du seuil de puissance imposé, mais l’étiquette ne va pas assez dans le sens des consommateurs », explique Virginie Rescourio, responsable de la marque Dyson en France. Un débat que la justice, saisie par Dyson, tranchera…

Les R & D mises à contribution

En attendant, dès la rentrée prochaine, les aspirateurs s’orneront de cette étiquette. Avec, à la clé, un grand ménage dans les rayons : « Pour la première fois, l’arrivée de l’étiquette est assortie d’une limitation de puissance à 1 600 W, seuil qui sera réduit à 900 W en 2017 », rappelle Patrick Ledévéhat. Problème : selon Dyson, 80% des produits vendus en avril dernier présentaient une puissance supérieure au seuil fatidique de 1 600 W. « Seuls 10% des aspirateurs traîneaux commercialisés disposaient d’une puissance inférieure à 1 400 watts », précise Virginie Rescourio. Chez les fabricants, les équipes de R & D n’ont donc pas fini de plancher pour mettre les moteurs au régime ! Quant aux distributeurs, ils devront adapter leur linéaire : « Chez Seb, nous avons renouvelé 100% de nos gammes avec des appareils de classe A, avec et sans sac. Mais il est probable que certains fabricants asiatiques ne parviendront pas à atteindre les nouveaux seuils et devront sortir du rayon », observe Cécile Carré. De quoi rebattre les cartes du marché des aspirateurs traîneaux, dont Dyson et Rowenta (Seb) se disputent le leadership (le premier étant leader en valeur, le second en volume) face à une foultitude d’intervenants.

Reste à savoir comment le public réagira : « Il faut réussir à faire évoluer les mentalités. Avant, les principaux critères de choix étaient la puissance et le prix. Désormais, un discours plus riche pourra s’instaurer entre les vendeurs et leurs clients », explique Patricia Michel, responsable de la communication du Gifam, qui a édité un guide destiné aux distributeurs et un pour le grand public (sur le blog du Gifam choixresponsable.com). Les clients comprendront-ils, par exemple, les indications concernant les différents types de sols ? « Ces mentions peuvent créer la confusion, surtout que les consommateurs veulent pouvoir utiliser leur aspirateur dans toute la maison », prévient Cécile Carré. Plus optimiste, le Gifam y voit plutôt la possibilité de créer de nouveaux segments de marché avec des appareils de plus en plus spécialisés.

L’étiquette énergie, un vrai casse-tête

  • Pour les fabricants
    À partir du 1er septembre 2014, seuls les aspirateurs présentant une puissance inférieure à 1 600 W pourront être mis sur le marché. Ce seuil baissera à 900 W en 2017
  • Pour les distributeurs
    Si les enseignes pourront continuer à écouler les stocks d’anciens appareils, l’arrivée de l’étiquette énergie promet de bouleverser l’assortiment, mais aussi l’agencement.
  • Pour le public
    Les Français devront changer leurs habitudes d’achat, habitués à choisir selon la puissance, le design ou le prix. Les nouveaux critères permettront d’affiner l’achat, à condition d’user de pédagogie.

Dyson vent debout

« Nous ne sommes pas contre l’étiquette, mais elle doit être améliorée », précise Virginie Rescourio, responsable de Dyson en France. Le fabricant reproche que la mesure de l’efficacité soit réalisée avec des appareils vides alors que certains perdent de l’aspiration à l’usage et que le coût des consommables (329 € sur cinq ans selon Dyson) ne soit pas pris en compte. Dyson a décidé d’apposer sur ses produits un message expliquant sa décision de déposer, fin 2013, une requête devant le tribunal de l’Union européenne.

« L’introduction de l’étiquette énergie va redynamiser le marché des aspirateurs en apportant une meilleure lisibilité des performances réelles des appareils et plus uniquement sur la seule puissance de leur moteur, leur design ou leur prix. »

Patrick Ledévéhat, directeur technique du Groupement interprofessionnel des fabricants d’appareils d’équipement ménager (Gifam)

Cette lettre (de A à G) montre la capacité de l’aspirateur à retenir les poussières et tient compte de la qualité des filtres, sacs et étanchéité générale.

Ces deux items allant de A à G indiquent la performance de dépoussiérage sur tapis/moquette et sur sols durs. Le pictogramme unique ou mixte indiquera soit une machine dédiée à certains sols, soit une polyvalente.

Le niveau sonore de l’appareil est présenté en décibels en puissance maximale. En 2017, il devra être inférieur à 80 dB.

Cet item indique la consommation d’énergie annuelle, calculée sur la base d’une heure d’utilisation par semaine pour 87 m².

La classe énergétique, allant de A à G, est calculée en fonction de la consommation en électricité de l’aspirateur et de ses performances de dépoussiérage.

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